Le peuple en a marre des querelles, déclare le premier ministre tunisien sortant

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Le Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, avait assuré début février qu'il voulait "tenir (sa) promesse faite devant le peuple" (Photo: )
Le Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, avait assuré début février qu’il voulait « tenir (sa) promesse faite devant le peuple »

Mise à Jour 21-02-13, 8h45

Le président tunisien Moncef Marzouki a approuvé vendredi la désignation par le parti islamiste Ennahda d’Ali Larayedh, actuel ministre de l’Intérieur, au poste de Premier ministre, a annoncé le porte-parole de la présidence, Adnène Mancer, rapporte l’AFP.

M. Larayedh aura un délai de 15 jours pour composer son gouvernement et présenter son programme au chef de l’Etat.

Le premier ministre démissionnaire tunisien Hamadi Jebali a déclaré dans son discours d’adieu jeudi 21 février que le peuple en avait marre des querelles et des tiraillements de la classe politique. Il a profité de son allocution pour distribuer les blâmes, alors que la Tunisie se trouve plongée avec sa démission en pleine crise institutionnelle.

Le premier ministre tunisien sortant, Hamadi Jebali, a refusé de se succéder à lui-même et de constituer un nouveau gouvernement.

La Tunisie, est donc sans premier ministre depuis le mardi 19 février, quand a démissionné Hamadi Jebali, incapable en l’absence du soutien de son propre parti, Ennhda, de former un gouvernement apolitique de technocrates pour calmer le jeu jusqu’aux prochaines élections.

La loi relative à « l’organisation provisoire des pouvoirs publics » est maintenant examinée à la loupe pour trouver une issue à cette nouvelle crise. Rien n »y est explicitement prévu en cas de démission du premier ministre. Si l’article 19 envisage le limogeage du premier ministre par l’Assemblée constituante, rapporte la presse, rien ne semble prévu en cas de démission. Ce qui semble par contre un peu plus clair, c’est que désignation d’une premier ministre doit se faire en coformité avec l’article 15 de la même loi, qui stipule que: « Le président assigne au candidat du parti qui a remporté le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée de former le gouvernement ».

L’instance consultative du parti au pouvoir Ennahda s’est donc réunit pour proposer un nom

Il semble en tout cas exclus maintenant que Jebali se succède à lui-même. Dès l’annonce de sa démission, il avait déclaré : « Je ne demande rien pour moi-même. Tout ce que j’exige, c’est pour notre peuple », précisant que « toute nouvelle alternative [de formation d’un gouvernement]ne peut être envisagée que si elle garantit la réussite de la transition et, pour le dire clairement met le gouvernement au service du peuple, à l’abri des tiraillements, à partir d’un programme clair et d’une plateforme politique solide, sans exclusion aucune ».

Ennahda doit alors lui trouver un succeseur. Le parti islamiste au pouvoir affirme vouloir « présenter au président de la République le nom d’un successeur avant la fin de la semaine » et les noms de quatre candidats au poste de premier ministre sont évoqués : Ali Larayedh (ministre de l’Intérieur), Mohamed Ben Salem (ministre de l’Agriculture), Noureddine Bhiri (ministre de la Justice) et Abdellatif Mekki (ministre de la Santé).

D’ici là, la crise institutionnelle s’ajoute à la crise politique.

Le discours d’adieu d’Hamadi Jebali

Dans son discours d’adieu, le chef de gouvernement démissionnaire a déclaré pour sa part qu’il profitait de l’occasion pour s’adresser au peuple, craignant de ne pas avoir d’autres occasions pour le faire.

Il a tenu à apporter des éclaircissements sur les raisons de son refus de constituer un nouveau gournement et à établir les responsabilités de chacun dans cette affaire avant de terminer son allocution en s’excusant d’avoir failli à la têche.

Il a expliqué son refus de la proposition de reconduction faite par Ennahdha en disant que la formule de gouvernement de coalition prônée par le parti n’avait aucune chance de réussite, soulignant qu’il n’a pas agi par entêtement, mais par pure conviction que la formule proposée était sans utilité.

ll a, certes, endossé la responsabilité de l’échec, mais a aussi pointé du doigt le gouvernement, les partis au pouvoir, les autres partis, tout particulièrement ceux qui avaient assisté aux deux rounds de tractations et mais avaient fait échouer son initiative, affirmant que le peuple en avait marre de leurs querelles et leurs tiraillements.

Il a aussi demandé aux médias de ne pas ajouter au stress que subissent les citoyens, de ne plus jeter l’huile sur le feu. Il a adressé une partie du blâme aux syndicats, qui ont refusé toute trêve, et aux hommes d’affaires qui ne voulaient pas investir, reconnaissant toutefois que le gouvernement n’avait rien fait pour leur fournir l’environnement qu’il fallait.

Il a aussi déploré le manque de soutine des citoyens au gouvernement et l’ingérence de « pays frères et amis qui devraient […] faire des efforts pour soutenir le processus en Tunisie. »

Finalement, le premier ministre démissionnaire a terminé son discours Jebali en remerciant les forces armés et les forces de sécurité « qui souffrent pour maintenir la sécurité dans le pays. »


Tunisie : Hamadi Jebali refuse d’être reconduit (Vidéo: Al-Qarra TV)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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