Le plus grand barrage de Syrie tombe aux mains des rebelles

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Les rebelles syriens poursuivent leurs offensives face au régime de Bachar al-Assad (Photo: NPR)
Les rebelles syriens poursuivent leurs offensives face au régime de Bachar al-Assad (Photo: NPR)

Alors que l’opposition syrienne semble vouloir ouvrir le dialogue avec le régime de Bachar al-Assad, la rébellion se poursuit dans le reste du pays. Fer de lance des rebelles, le front djihadiste Al-Nosra est parvenu à prendre le contrôle du plus grand barrage de Syrie, ce lundi. Dans le même temps, un double attentat-suicide a tué au moins quatorze membres des services syriens du renseignement. Des évènements qui interviennent alors que plusieurs affrontements ont mis aux prises rebelles d’Al-Nosra et villageois, ces derniers jours.

Bientôt 23 mois que la Syrie est plongée dans un conflit armé ayant déjà fait plus de 60 000 morts selon les Nations Unies. Près de deux ans de combats qui ne cessent toujours pas en ce début d’année 2013.

Ce lundi, un attentat à la frontière avec la Turquie, soutien des rebelles, a fait dix morts et une trentaine de blessés, selon Ankara. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier dans cette zone depuis le début du conflit. L’explosion d’une voiture immatriculée en Syrie s’est produite dans le no man’s land qui sépare le territoire turc du poste frontière syrien de Bab al-Hawa, contrôlé par les rebelles.

Par ailleurs, des rebelles islamistes ont pris le contrôle du barrage de l’Euphrate, plus grand barrage du pays. Selon Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les membres du front djihadiste Al-Nosra ont participé à cette opération.

Pour M. Abdel Rahmane, il s’agit de la plus grande perte économique pour le régime depuis le début de la révolte. Il a également ajouté que le barrage et la ville l’abritant, Taqba, sont tombés en 24 heures, sans résistance de la part des troupes régulières.

Symbole de cette avancée des rebelles, le lac avoisinant le barrage de l’Euphrate porte le nom al-Assad, en référence à son inauguration effectuée sous le règne du père de l’actuel président syrien, Bachar al-Assad.

Deux membres d’Al-Nosra responsables d’un double attentat-suicide

Dans le même temps, un double attentat-suicide a coûté la vie à au moins quatorze membres des services syriens de renseignement dans le nord-est du pays. «Deux membres d’Al-Nosra ont fait exploser leur voiture devant la branche des renseignements généraux et devant la branche du renseignement militaire dans la ville de Chaddadé», a déclaré l’OSDH.

L’organisme d’information a également précisé que le bilan pourrait s’alourdir avec le nombre important de blessés, alors que «de violents combats se déroulent dans la ville, vidée de la plupart de ses habitants».

En décembre dernier, Washington a placé Al-Nosra sur sa liste des organisations terroristes. Un choix qui n’a, jusqu’à présent, pas porté préjudice à ce front djihadiste. Symbole de la rébellion armée face au régime, Al-Nosra a rapidement recueillie la sympathie de la population syrienne pour son activité.

«Ils commencent à nous poser problème»

Un notable d’Atmé a ainsi confié que ces islamistes étaient «les seuls à venir aider les Syriens alors que le monde entier nous a abandonnés». Mais il semble désormais avoir changé d’avis sur la question. «Chaque jour qui passe maintenant, il y a ce genre d’incident avec ces gens qui veulent nous imposer leur façon d’être. Ils commencent à nous poser problème», ajoute-t-il.

Ce genre d’incident, ce sont des affrontements désormais réguliers entre djihadistes et villageois. Pas moins de quatre altercations ont ainsi été rapportées par des témoins en une semaine dans la région d’Atmé, pourtant considérée comme l’une des bases de la rébellion.

Deux témoignages, rapportés par l’AFP, évoquent notamment l’intervention de combattants du front Al-Nosra lors d’une altercation entre villageois, en début de semaine dernière, dans la ville de Qah. Ils ont ensuite tenté d’emmener un homme ayant prononcé des jurons après un banal accident de la route pour le faire juger par un tribunal islamique.

Le frère de la victime, un leader local respecté, a réuni des dizaines d’hommes armés, parvenant à kidnapper un chef local d’Al-Nosra. L’affrontement a été sur le point, à plusieurs reprises, de dégénérer en conflit armé. Après une médiation, les deux otages ont été respectivement libérés, le chef d’Al-Nosra ayant vu les villageois lui couper progressivement sa barbe de salafiste, comme l’a confié un témoin présumé de la scène.

Des altercations à répétition

Plus préoccupant, cet incident n’est pas isolé. Dans plusieurs mosquées de la région, la tension semble palpable. A Atmé et Ad Dana, trois altercations ont éclaté lorsqu’un cheikh jordanien, membre d’Al-Nosra, a souhaité prendre la parole. Des fidèles l’en ont alors empêché.

Ces derniers contestent ainsi le comportement des membres d’Al-Nosra, voulant leur imposer leur loi islamique sur tout acte du quotidien. Leur présence envahissante dans les mosquées pose également problème.

«Nous avons accepté que le cheikh d’al-Nosra prêche de temps en temps. Mais maintenant ils veulent nous imposer leur cheikh tous les vendredis, ce n’est pas possible», confie une autre personnalité respectée d’Atmé. Avant d’ajouter que «certains d’entre nous se sont fait traiter de mécréants. Mais qui sont-ils donc pour nous parler ainsi, et nous imposer leur propre loi dans la vie de tous les jours ?»

Les populations locales s’inquiètent

Incontestable il y a encore quelques semaines, la légitimité du front djihadiste Al-Nosra semble se fissurer de jour en jour au sein-même de ses bastions-clés. Pour autant, ses membres poursuivent leurs différentes offensives et attaques à l’encontre du régime. Le double attentat-suicide, ce lundi, prouve ainsi qu’Al-Nosra n’hésite pas à radicaliser le conflit.

Washington le considère même comme proche d’Al-Qaïda en Irak. Avec plusieurs centaines d’attaques et des dizaines d’attentats-suicides à son actif, le front Al-Nosra ne faiblit pas. Mais il perd progressivement la confiance de ses premiers sympathisants.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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