Le rapport sur le rôle de l’Armée chinoise dans les cyberattaques gêne Washington

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La cybersécurité, une préoccupation de plus en plus grande partout dans le monde
La cybersécurité, une préoccupation de plus en plus grande partout dans le monde

Les autorités américaines ont réagi avec beaucoup de prudence et de  circonspection au rapport publié le 19 février par la société américaine de cybersécurité Mandiant qui décrit en détails une série de cyberattaques qui peuvent être directement imputée avec certitude à une unité précise de l’Armée chinoise, rapport dont la sortie publique semble plutôt les embarrasser.

De toute évidence, que le public et les entreprises sachent dorénavant qu’on peut imputer les activités de  cyberespionnage et de cyberpiratage à l’Armée chinoise, semble plutôt gêner les responsables américains qui doivent négocier avec leurs homologues chinois sur cette question extrêmement délicate.

Lors de leur point de presse, les porte-paroles de la Maison Blanche et du Département d’État ont surtout insisté pour dire que les autorités américaines prenaient la menace au sérieux et que des mesures avaient déjà été adoptées, tout en refusant de commenter le rapport lui-même.

Quant à la Chine, le ministère chinois de la Défense a totalement rejeté mercredi 20 janvier les conclusions du rapport disant que les données étaient erronées et peu fiables.

La Maison Blanche refuse de commenter le rapport

Lors d’un point de presse à la maison Blanche, alors qu’on lui demandait si le fait que le gouvernement chinois mandate une unité de l’Armée chinoise pour voler les secrets d’entreprises américaines n’invalidait pas l’approche du président Obama et qu’il ne faudrait pas alors adopter des mesures plus fermes, le porte-parole du président américain, Jay Carney, a refusé de commenter le rapport publié par la société de cybersécurité le 19 février.

« Tout d’abord, je n’ai pas de commentaires à faire sur ce rapport et sur les allégations spécifiques [contenues dans ce rapport]. Je peux vous dire que nous avons à plusieurs reprises fait part de nos préoccupations au plus haut niveau à propos du cyberespionnage à de hauts responsables chinois, y compris des responsables de l’armée, et nous continuerons de le faire. », a déclaré Jay Carney.

Le porte-parole de la Maison Blanche a admis que « C’est un défi très important, un défi sur lequel travaille le président qui a exhorté le Congrées à prendre des mesures depuis un certain temps déjà. », mais il a souligné que « Les États-Unis et la Chine sont parmi les plus importants intervenants dans le monde du cyberespace et il est essentiel que nous poursuivions un dialogue soutenu et significatif et que nous travaillions ensemble ensemble pour définir ce qu’est un comportement acceptable dans le cyberespace. »

Le porte-parole de la Maison Blanche a aussi précisé que l’administration américaine n’envisageait donc pas pour l’instant de nouvelles mesures.

Le Département d’État se montre embarassé

De son côté, la porte-parole du Département d’État américain, Victoria Nuland, a aussi été pressée de questions sur le sujet au point de presse de ce matin au Département d’État.

Mme Nuland avait déclaré aux journalistes: « Vous savez que nous avons été très clairs ici [au Département d’État]et à la Maison Blanche. Les États-Unis ont des préoccupations importantes et grandissantes au sujet des menaces qui pèsent sur l’économie des États-Unis et les intérêts de sécurité nationale posés par les cyberintrusions, y compris la menace que constitue l’espionnage commerciale. »

La porte-parole du Département d’État a rappelé que le président avait abordé ce sujet très directement dans son discours sur l’état de l’Union. « Nous travaillons sous la direction de la Maison Blanche pour renforcer la défense des réseaux du gouvernement américain et protéger nos infrastructures essentielles, comme en fait foi un nouveau décret du président [n.d.l.r. le président Obama a émis un nouveau décret favorisant l’échange d’information pour contrer les cybermenaces]. »

Victoria Nuland a ajouté: « Nous essayons également de renforcer la capacité de notre secteur privé à se défendre contre les cyberintrusions en lui communiquant des données techniques pour l’aider à comprendre ce qui se passe et comment il peut se protéger et en coordonnant le travail visant la protection de la propriété intellectuelle. »,

Mme Nuland a souligné que les États-Unis avaient  » […] régulièrement et à maintes reprises fait part de nos préoccupations au plus haut niveau au gouvernement chinois sur le vol informatique, nous adressant à des responsables chinois de haut-niveau, tant civils que militaires. », ajoutant « Nous allons continuer à le faire. Nous répétons ce message pratiquement lors de toutes les réunions que nous avons avec les autorités chinoises. Et je pense que vous savez que nous avons également, dans le cadre des discussions sur la sécurité stratégique que mène le sous-secrétaire Burns avec son homologue chinois, établi un dialogue sur la cybersécurité. »

Les journalistes présents au point de presse, ne se contentant pas de cette déclaration, ont voulu savoir si le rapport paru ce matin allait changer la donne, quelle serait la réponse des États-Unis au rapport et comment ce rapport affecterait les relations des États-Unis avec la Chine.

« Donc, si un gouvernement militaire étrangère mène des attaques contre nous, une personne ordinaire pourrait se se poser la question de savoir si nous sommes en guerre? » a demandé un journaliste. S’en est suivi un échange intéressant avec la porte-parole du Département d’État.

La porte-parole du Département d’État  refuse d’en dire plus

Ms. Nuland: Encore une fois, nous parlons de préoccupations. Je ne vais pas aller au-delà parce que cela relève du secret, James. Ouais!

Question: Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que ce rapport était sans fondement et le ministère de la Défense chinois a nié toute implication dans le piratage. Qu’est-ce que ça dit sur la façon dont ils considèrent vos préoccupations? Il semble qu’ils s’en « foutent »!

Ms Nuland: Encore une fois, nous avons maintenant ce …

Question: Ou vous avez tort!.

Ms. Nuland: Nous avons maintenant ce discussions sur la cybersécurité que mène le Département d’État fonctionne dans le cadre du dialogue sur la sécurité stratégique. Nous parlons aussi de cette question à tous les niveaux, et nous allons évidemment continuer à le faire.

Question: Si – à moins leurs déclarations privées soient complètement différentes de leurs déclarations publiques, quelle est la qualité si votre dialogue quand ils[les Chinois]disent: « Non, nous ne sommes pas impliqués de quelque façon que ce soit dans ces cyber-attaques. Et passez une bonne journée « ?

Ms. Nuland: Eh bien, cela ne change pas le fait que nous devons continuer à en parler parce que nous avons des inquiétudes.

Question: Mais pensez-vous obtenir une réponse différente en privé? Rejettent-ils complètement les acusations en privé comme ils le font en public?

Ms Nuland: Sans aller trop loin dans les détails des discussions diplomatiques privés que nous avons, ce que nous avons exprimé clairement est que nous considérons ce genre d’activité une menace non seulement pour notre sécurité nationale, mais aussi pour nos nos intérêts économiques et [et que nous devosn trouver une issue à cette question].

Question: Et pensez-vous que ces échanges ait eu quelque utilité que ce soit et qu’ils aient permis d’endiguer le flot de – ou la vague de cyber-attaques en provenance de Chine?

Ms Nuland: Je pense que les récents rapports publics indiquent clairement que nous allons devoir continuer à travailler sur ce sujet. C’est un grave problème.

Question: Est-ce que le fait qu’ils possèdent une grande partie de notre dette – les Chinois – a un impact sur notre capacité à répondre à ce genre de questions?

Ms Nuland: Nous devons – quelle que soit la situation macro-économique, nous devons continuer à veiller à propre sécurité nationale et à nos intérêts économiques, et nous continuerons de le faire.

Les Chinois et la cybersécurité: « pile tu perds, face je gagne! »

Bref, la sortie le 19 février du rapport de la société Mandiant, qui rend public ce que les autorité américaines soupçonnaient déjà depuis un certains temps, semble dans un premier temps plutôt embarrasser Washington qui est engagé sur la question de la cybersécurité dans des négociations délicates avec le géant chinois, qui se trouve en outre à être son principal créancier.

Toute cette histoire avec les Chinois ressemble de plus en plus à un « pile tu perds, face je gagne! ».

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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