Les stratégies de Défense, un enjeu majeur du 21ème siècle?

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Dans son rapport annuel, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, assure que «la puissance militaire restera essentielle si nous voulons continuer d’assurer la sécurité de nos populations et conserver notre influence à l’échelle mondiale» (Photo: OTAN)
Dans son rapport annuel, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, assure que «la puissance militaire restera essentielle si nous voulons continuer d’assurer la sécurité de nos populations et conserver notre influence à l’échelle mondiale» (Photo: OTAN)

Depuis la fin de la Guerre Froide, les conflits armés ne cessent d’être internationalisés. Pour autant, les différentes puissances occidentales font face à des réductions dans leur budget alloué à la Défense. Un constat qui alerte le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, au moment où les pays émergents, notamment en Asie, se renforcent progressivement.

«C’est une perspective préoccupante et éventuellement dangereuse». Interrogé par 45eNord.ca lors du colloque sur «La guerre et la paix», organisé ce mercredi par la Chaire Raoul-Dandurand, à l’UQAM, Dominique David s’inquiète de la situation militaire des différentes forces occidentales.

Pour le directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (IFRI), «la diminution sans rationalité de ces budgets est irréaliste. Il faudra peut-être aller encore plus loin vers cet irréalisme pour qu’on constate qu’on se trouve au bord du précipice et, à ce moment-là, on changera de volonté politique».

Dominique David, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (IFRI), lors du colloque sur
Dominique David, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (IFRI), lors du colloque sur « La Guerre et la Paix », ce mercredi, à l’Université du Québec à Montréal (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Car c’est une évidence. Les États-Unis, la Grande-Bretagne ou encore la France doivent s’adapter à la crise financière actuelle. Si son budget devrait rester à peu près stable pour 2013, l’armée française continue de supprimer des postes dans le cadre de sa «politique de réduction du format des armées».

«Aujourd’hui, on dit souvent que si on continue à couper dans l’armée de terre, d’ici 4 ou 5 ans, on pourrait la faire rentrer entièrement dans le Stade de France. Avec 80 000 hommes, on peut encore faire des tas de choses intéressantes. Mais il faut penser que c’est l’armée d’une puissance majeure», s’inquiète Dominique David.

«L’insécurité peut coûter beaucoup plus cher», Anders Fogh Rasmussen

Une analyse appuyée par le rapport annuel du secrétaire général de l’Organisé du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Anders Fogh Rasmussen, publié le 31 janvier dernier. Il stipule notamment qu’«opérer des coupes disproportionnées dans les budgets de défense revient à affaiblir non seulement nos forces armées, mais aussi les industries qui les soutiennent et qui sont d’importants leviers pour l’innovation, l’emploi et l’exportation».

En somme, ce n’est pas une solution viable dans le but de redresser une économie fragile. Mais cela pourrait être également problématique si l’on se place du côté militaire. Pour le secrétaire général de l’OTAN, «les défis de sécurité du XXIe siècle – terrorisme, prolifération, piraterie, cyber-guerre, instabilité de certains États – ne vont toutefois pas disparaître pendant que nous nous attacherons à remédier à la situation économique. S’il est vrai qu’il y a un prix à payer pour la sécurité, il faut aussi savoir que l’insécurité peut coûter beaucoup plus cher».

Le professeur Charles-Philippe David lance la 3e édition de son livre
Le professeur Charles-Philippe David lance la 3e édition de son livre « La Guerre et la Paix. Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie » (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Dans le même temps, les pays émergents s’enhardissent d’un tel constat. La Chine a notamment augmenté ses dépenses militaires à hauteur de 143 milliards $ pour l’année 2011. Un nouvel élan asiatique qui pourrait bousculer les puissances occidentales.

«Pour la première fois dans l’histoire, les dépenses combinées des différentes nations asiatiques excéderont celles des nations européennes [pour 2013]», constate Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, dans la troisième édition de son ouvrage «La Guerre et la Paix, Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie» (éd. Les Presses/Sciences Po).

Faire face à la «diversité des conflits actuels»

Un constat qu’Anders Fogh Rasmussen reprend dans son rapport annuel. S’il note que l’OTAN reste «la plus importante puissance militaire au monde», il ajoute que «la montée des puissances émergentes pourrait créer un déséquilibre de plus en plus marqué entre leur capacité d’agir et d’exercer une influence sur la scène internationale et la nôtre».

D’un point de vue européen, Dominique David constate, pour sa part, la prépondérance des forces françaises et britanniques, considérant leurs armées respectives comme «les deux seules qui restent techniquement opérationnels. Non pas qu’ils sont plus intelligents que les autres mais parce qu’ils ont hérité cela de leur histoire». De quoi leur faire revêtir un rôle clé dans la gestion de leur budget de Défense pour faire face à «la diversité des conflits actuels».

Baisse d’effectif ou coupe budgétaire, les acteurs du monde occidental tentent de s’adapter à la conjoncture actuelle. Mais les différentes analyses proposées ici démontrent l’importance d’inverser la tendance d’un affaiblissement léger mais progressif des forces militaires opérationnelles.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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