Mali: des militaires maliens rappelés pour des exactions

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Opération Serval : militaires français de la force Serval et nigériens de la MISMA patrouillent côte-à-côte dans les rues de Gao (Photo: EMA/ECPAD)
Plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent des exactions commises par l’armée malienne au Nord du Mali (Photo: EMA/ECPAD)

Selon un responsable de la communication de l’armée malienne, plusieurs militaires maliens ont été rappelés du Nord du pays. Ils sont accusés d’avoir commis des exactions, des actes déjà dénoncés par différentes ONG humanitaires.

Dans une déclaration à la télévision publique ORTM, ce lundi, le capitaine Modibo Naman Traoré, membre de la direction de l’information publique des armées, a assuré que des militaires maliens «fautifs» ont été rappelés du Nord du Mali.

Invité de l’émission «Sur la ligne de front», traitant de la guerre actuelle menée au Mali, le capitaine Traoré a assuré que des «éléments ont manqué de tact dans certaines situations, et le chef d’état-major général a pris des dispositions, il a rappelé les éléments fautifs et qui seront mis à la disposition des autorités judiciaires».

Il s’est exprimé suite à la diffusion, au cours de l’émission, d’images provenant de «certains médias internationaux» et qui «ne font pas honneur» à l’armée malienne, selon les déclarations du présentateur.

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Des exactions de l’armée malienne et de groupes islamistes

Si aucune autre précision n’a été apportée à ce sujet, les déclarations du capitaine Traoré font écho aux accusations d’exactions rapportées par différentes ONG humanitaires, depuis le 10 janvier dernier, veille de l’intervention française au Mali.

Plusieurs soldats maliens se seraient ainsi rendus coupables d’exactions à l’encontre de personnes accusées d’avoir collaboré avec les islamistes armés, notamment parmi les populations arabes et touaregs. Mais plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme ont également dénoncé des exactions menées par des groupes islamistes, citant des exécutions de soldats blessés et le recrutement forcé d’enfants-soldats.

S’appuyant sur différentes enquêtes et témoignages recueillis par ses équipes, Human Rights Watch a affirmé, le 21 février dernier, que «les soldats du gouvernement semblaient viser des membres appartenant aux groupes ethniques peuls, touaregs et arabes dans les régions de Tombouctou, Douentza, Gao, Sévaré, Boni et Konna». Avant d’ajouter que «les soldats ont accusé des membres de ces communautés de soutenir les groupes islamistes armés qui avaient précédemment occupé ces territoires».

«Un cocktail explosif qui fait craindre le pire»

De son côté, la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) s’est inquiété de «cette série de graves exactions», le 23 janvier dernier. «Ces actes de représailles alliés à la tension extrême entre les communautés constituent un cocktail explosif qui fait craindre le pire, notamment dans la perspective de la reconquête du Nord», a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH, a également ajouté que «ces exactions entachent la légitimité de l’opération de restauration de l’intégrité du territoire et doivent faire l’objet de poursuites par la justice nationale et, le cas échéant, par la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête le 16 janvier sur la situation au Mali».

Amnesty International réclame une enquête sur le bombardement de Kona

En plus des «arrestations arbitraires» et des «exécutions extra-judiciaires» que ses équipes ont pu constater, le président d’Amnesty International, Stéphane Oberreit, a, pour sa part, demandé, le 2 février dernier, l’ouverture d’une enquête sur un bombardement sur la ville de Kona, ayant coûté la vie à cinq civils, dont trois enfants, le 11 janvier, dans le cadre de l’opération conjointe des forces franco-maliennes.

Alors que, sur les antennes de TV5 Monde, Stéphane Oberreit avait alors appelé la France à la plus grande clarté sur ces exactions que son armée aurait pu constater, la ministre déléguée auprès du ministère des Affaires étrangères chargée de la Francophonie, Yamina Benguigui, a assuré, ce mardi, que la France poursuit ses engagements en matière de droits de l’Homme lors de son intervention au Mali.

«Nous devons tous être vigilants face à des risques d’exactions. Les forces militaires françaises intervenant au Mali contre les groupes islamistes armés appliquent l’ensemble des conventions internationales en matière de respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et sont très attentives aux éventuelles violations des droits de l’Homme dont elles pourraient avoir connaissance», a-t-elle déclaré devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

Grandement redoutées par les autorités maliennes et internationales, les exactions de soldats et même de civils maliens inquiètent les populations arabes et touaregs qui ont, en partie, déserté le Nord du Mali pour fuir les risques de représailles.

Une situation alarmante alors que la reconquête du Mali se poursuit dans le Nord du pays. Pour Corinne Dufka, chercheuse senior sur l’Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch, «rétablir la sécurité dans le Nord signifie assurer la protection de tout un chacun, indépendamment de son appartenance ethnique».

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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