Mali: la réconciliation et le rétablissement de l’ordre ne sont peut-être pas si proches

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Au Mali, alors que la reconquête s’achève et que la reconstruction commence, la réconciliation et le rétablissement de l’ordre constitutionnel ne semblent pas pour demain: pendant que les forces françaises commencent la réhabilitation de la piste de l’aéroport de Tessalit, le parquet de Bamako fait émettre des mandats d’arrêts les rebelles touaregs du MNLA, les craintes d’exactions et de représailles ne se sont pas calmées et les islamistes reviennent hanter les Mali en attaquant des convois, en posant des mines et en organisant des attaques suicides.

Le samedi 9 février, les forces françaises ont commencé la réhabilitation de la piste de l’aéroport de Tessalit. Une dizaine de sapeurs parachutistes, un TC 910 et du matériel ont été largués pour la réhabilitation de la piste de l’aéroport, tenu par les troupes françaises depuis le 8 février.

Dans la nuit du 07 au 08 février s’était déroulé à Tessalit une opération aéroterrestre dont nous avons maintenant les images.

Des éléments français des forces spéciales qui ont été parachutés sur l’aéroport de Tessalit afin de sécuriser la piste, puis, un poser d’assaut est venu renforcer les premiers éléments qui se sont infiltrés en vue de sécuriser l’aéroport.

Ensuite, les renforts d’une cinquantaine de soldats du 1er RCP(Régiment de chasseurs parachutistes), initialement basés sur Kidal, ont été acheminés par l’escadron de transport des forces spéciales afin de renforcer ce dispositif et de permettre aux forces spéciales de lancer des patrouilles en vue de s’assurer du contrôle de la ville.

Parallèlement, le SGTIA (sous-groupement tactique interarmes) blindé du 1er RIMA (régiment d’infanterie de marine), a réalisé un raid blindé de plus de 500 kilomètres à partir de Gao afin de rejoindre dans la matinée du 08 les éléments français dans la zone de Tessalit. De leurs côtés, les éléments des forces armées tchadiennes sont partis de Kidal dans la journée du 07 février afin de rallier ce dispositif.

Cette opération, menée en toute discrétion a été exécutée avec l’appui d’hélicoptères et d’appareils de l’armée de l’air qui ont réalisé pour cette seule nuit plus d’une trentaine de sorties dont une douzaine dédiée aux frappes afin de sécuriser la zone.


Dans l’ordre, sur cette vidéo: posé d’assaut des forces spéciales sur l’aéroport de Tessalit, investigation des abords de l’aéroport par les forces spéciales, posé d’assaut et déploiement du 1er RCP et arrivée et installation du sous-groupement blindé 3 (source:EMA / armée de l’Air, armée de Terre, ECPAD)

Les islamistes dissidents du Mouvement Islamique de l’Azawad (MIA) ont condamné samedi 9 février les mandats d’arrêts rendus publics la veille par le parquet de Bamako, qui visent 26 personnes, dont les principaux responsables des groupes islamistes armés et des rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), accusés de « terrorisme » et de « sédition ».

Le MIA affirme continuer à privilégier le dialogue et la négociation mais « encore faut-il avoir quelqu’un avec qui négocier », déclare le mouvement, qui dit contrôler avec le MNLA la ville de Kidal, à 1 500 km au nord-est de Bamako, peuplée essentiellement de Touaregs, où des soldats français et tchadiens sont aussi déployés, mais dont les forces maliennes sont absentees.

Pour sa part, l’agence mauritanienne Nouakchott Information (ANI), rapportait les corps de plusieurs personnes avaient été découverts ensevelis dans le désert vendredi 8 février, à moins de 2 km de l’entrée nord de la ville historique de Tombouctou, à 900 km au nord-est de Bamako, dont ceux de trois commerçants arabes récemment arrêtés par l’armée malienne.

L’heure de la réconciliation ne semble pas avoir encore sonnée et, pendant ce temps, le Mali passe de la guerre à la guérilla.

Les groupes islamistes armés, qui avaient fui devant l’avancée des forces françaises et maliennes, semblent avoir opté pour la guérilla, les attentats suicides et à la pose de mines sur les routes.

Les soldats maliens redoublaient de vigilance samedi 9 février à à Gao, dans le nord du Mali, après l’arrestation de deux jeunes portant des ceintures d’explosifs au lendemain du premier attentat suicide à s.être produit dans l’histoire malienne.

Deux jeunes portant des ceintures bourrées d’explosifs ont ainsi été arrêtés samedi 9 février au matin à 20 kilomètres au nord de la ville de Gao, à 1 200 km au nord-est de Bamako et récemment reprise aux groupes islamistes, au lendemain du premier attentat suicide survenu la veille dans cette ville.

L’attentat suicide a été revendiqué par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), l’un des groupes armés qui occupait depuis des mois le nord du Mali, y multipliant les exactions, avant d’en être chassé par l’avancée des forces françaises et maliennes.


Le premier attentat-suicide du Mali, le 8 févrierà Gao, visait des militaires maliens. Le kamikaze, apparemment un touareg qui avait revêtu un uniforme de la gendarmerie malienne, est mort sur le coup. Un soldat a été légèrement blessé (source: Euronews)

Jeudi, le Mujao avait déclaré avoir créé « une nouvelle zone de conflit », et promis d’attaquer des convois, de poser des mines et « d’organiser des kamikazes ».

Pendant ce temps, soldats et gendarmes maliens s’affairent à renforcer les postes aux entrées de la ville: sacs de sable empilés autour des postes de contrôle, arbres rasés pour améliorer la visibilité, mitrailleuses lourdes en batterie, patrouilles continuelles de soldats nigériens et maliens dans leurs pick-ups camouflés: les mesures traduisent l’inquiétude des militaires, qui prennent très au sérieux les menaces des rebelles islamistes.

Selon des sources militaires, française et maliennes, plusieurs des villages entourant Gao sont acquis à la cause des islamistes.

Des mines ont d’ailleurs été découvertes sur les routes alentours: quatre civils maliens ont été tués mercredi par une mine au passage de leur véhicule entre Douentza (centre) et Gao alors que, le 31 janvier, deux soldats maliens avaient déjà été tués dans une explosion similaire, sur la même route.

Pendant ce temps, à Bamako, c’était le retour au calme samedi après l’attaque vendredi par des militaires du camp d’une ancienne unité d’élite de l’armée malienne, les Bérets rouges, qui ont fait deux et 13 blessés.

Cette attaque aurait été motivée par le refus des Bérets rouges de quitter leur camp à Bamako et d’être éparpillés en étant réaffectés dans d’autres unités pour aller combattre les islamistes dans le Nord.

Les commandos parachutistes des Bérets rouges est un corps d’élite de l’armée malienne fidèle au président Touré, renversé lors du coup d’État de mars 2012 par les Bérets verts du capitaine Amadou Sanogo.Fin avril 2012, les Bérets rouges avaient même tenté, mais en vain, de reprendre le pouvoir.

C’est justement le chaos créé par ce putsch qui avait permis aux rebelles touaregs, bientôt évincés par leurs alliés islamistes, de s’emparer du nord du pays et, à défaut de rétablir l’ordre constitutionnel et de trouver une solution au problème touareg, le mali pourrait bien revenir à la situation qui a engendré le conflit qui a obligé les forces françaises et internationales à intervenir.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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