Manning ne se voit pas comme un traître mais comme un dénonciateur

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Le soldat Bradley Manning (Photo: US Army)
Le soldat Bradley Manning (Photo: US Army)

Bradley Manning, tenu au secret depuis son arrestation en juillet 2010 pour avoir transmis des informations confidentielles à Wiki Leaks, et dont c’était le 23 février dernier le 1 000 jour de détention sur la base militaire de Quantico, en Virginie, est enfin comparu ce jeudi 28 février devant la juge militaire Denise Lind pour une audience préliminaire à son procès qui doit débuter en juin.

Le soldat Bradley Manning, 25 ans, a pu exposer jeudi 28 février pour la première fois quelles étaient ses motivations dans la fuite de documents secrets qu’il est accusé d’avoir transmis à Wiki Leaks , l’organisation de Jullian Assange dont la raison d’être est, justement de donner une audience à ce genre de fuites.

Héros pour les uns, traître pour les autres, Manning, qu’on avait pu entendre jusqu’à maintenant, a lu pendant plus d’une heure une déclaration rédigée en prison dans laquelle l’ex-analyste de renseignement en Irak explique pourquoi il a transmis à Wiki Leaks entre novembre 2009 et mai 2010 des documents militaires sur les guerres en Irak et en Afghanistan, ainsi que 260 000 dépêches du département d’État.

«Je croyais que la publication (des documents) pourrait provoquer un débat public sur notre politique étrangère et la guerre en général», a-t-il expliqué lors de l’audience préliminaire.

Il a annoncé à cette occasion qu’il ne nie pas les faits et qu’il a l’intention annoncé de plaider coupable pour 10 chefs d’accusation sur les 22 pour lesquels il est poursuivi. Toutefois, il se considère innocent des accusations les plus graves, dont celle de «collusion avec l’ennemi», qui pourrait lui valoir la prison à vie.

Au cours de son exposé, Manning s’est présenté comme un passionné de géopolitique et de technologies de l’information, enrôlé à 20 ans dans l’armée pour avoir une «expérience du monde tel qu’il est» et pour bénéficier d’une bourse d‘étude à l’université, mais dit s‘être progressivement retrouvé en porte-à-faux avec l’armée qui, a-t-il déclaré «ne semblait pas accorder de valeur à la vie humaine».

Les tirs meurtriers contre des civils auraient poussé Manning à la dénonciation

L’hélicoptère Apache américain qui a tiré sur des civils sur une place publique de Baghdad, tuant le journaliste de Reuters Namir Noor Eldeen et son chauffeur Saed Chmagh ainsi plusieurs autres civils innocents semble avoir été le déclencheur des actes reprochés au jeune soldat. Après les tirs meurtriers de l’hélicoptère des adultes et des enfants, qui arrivaient à bord d’une fourgonnette pour tenter de secourir les blessés ont été l’objet à leur tour des tirs de l’hélicoptère américain.

«Nous devenions obsédés par la capture ou l‘élimination de cibles humaines», de dire Bradley Manning. Il a alors décidé de livrer la vidéo de l’évènement à Wiki Leaks pour dénoncer ces agissements. Jusqu’à la publication de la vidéo, la version officielle des autorités américaines était qu’il s’agissait d’insurgés. En outre, il n’avait jamais été fait mention dans le rapport officiel de la présence d’enfants sur les lieux.

Il décrit le processus qui l’a mené en cours martiale

À l’audience préliminaire aujourd’hui, le soldat Manning a donc décrit le processus qui l’a conduit devant la cour martiale.

Bradley Manning avait accès en tant qu’analyste à de multiples bases de données protégées, tout comme, d’ailleurs, des centaines de milliers de civils employés du gouvernement ou de firmes travaillant pour le compte de l’armée.

Deux de ses bases de données étaient les Sigacts, recensant les incidents quotidiens en Irak et en Afghanistan.

Les Sigacts, de l’anglais Significant activitivity reports, recensent les attaques connues contre les forces de la coalition, les forces de sécurité en Irak ou en Afghnanistan, la population civile et les infrastructures. Ils ne comprennent pas les activités criminelles

Ces rapports quotidiens recensent notamment chaque échange de feu impliquant des forces américaines et les explosions de mine artisanale. Selon le soldat Manning, la révélation du contenu de ces rapports deux ou trois jours après l’incident ne compromettait pas la sécurité opérationnelle puisque, dit-il, «l’unité n‘était plus sur les lieux (de l’incident) ou n‘était plus en danger».

Par contre, leur valeur historique ne faisait aucun doute aux yeux de Bradley Manning: pour le jeune analyste militaire, les Sigacts «partie des documents parmi les plus importants de notre histoire récente».« Pour moi, ces documents représentent la vraie réalité des conflits en Irak et en Afghanistan”, affirme Manning.

Le soldat Manning insiste pour dire que si les fuites pouvaient embarrasser son pays, elles ne pouvaient lui nuire: “Je ne m’intéressais qu’aux documents dont j‘étais absolument sûr qu’ils ne causeraient pas de tort à la sécurité des États-Unis », a fait valoir Bradley manning à l’audience préliminaire.

Après avoir tenté vainement de prendre contact avec des médias comme Politico, le  Washington Post ou le New York Times, le soldat Manning, qui se perçoit, non comme un traître mais comme un dénonciateur, s’est tourné vers WikiLeaks, une organisation qui, aux yeux du jeune soldat, «dévoilaient les activités illégales et la corruption».

La défense du jeune soldat avait tenté, mais en vain, de faire tomber les accusations contre le jeune soldat parce que les 1 000 jours de détention de Bradley Manning représentaient, selon elle, un déni de justice.


Le gouvernement américain maintient toutes les accusations contre Bradley Manning (Vidéo: RT)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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