Nations Unies: le conseil de sécurité cherche sa voix

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Casque Bleu Canadien en Haiti, 8 mai 1997
Un Casque bleu canadien prend le temps de bavarder avec une Haïtienne à Port-au-Prince, Haïti, le 8 mai 1997 (Photo: ONU/ Eskinder Debebe)

De l’Amérique Latine à la Corée du Nord, en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient, le monde est en perpétuel conflit. Dans ce contexte, la mission du Conseil de sécurité des Nations Unies vise à rétablir la paix dans les pays en crise. Entre forces et faiblesses, cet organe exécutif de l’ONU continue d’exister pour tenter de maintenir la sécurité internationale.

Créé en 1945, à l’issue de la signature de la Charte des Nations Unies, lors de la conférence de San Francisco, le Conseil de sécurité a beaucoup évolué jusqu’aujourd’hui. Mais près son rôle fondamental reste toujours le même.

Partout dans le monde, les Etats membres, qu’ils soient permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) ou temporaires, se concertent, se réunissent et agissent en vue de pacifier les tensions des différents conflits.

Dans le cadre de sa semaine sur «La guerre et la paix», la Chaire Raoul-Dandurand organisait, ce mardi, une conférence sur le thème de «La guerre et la paix vues par les juristes», où le chercheur Bruno Charbonneau recevait deux spécialistes.

D’un côté, Nicolas Lemay-Hébert, directeur associé en consolidation de la paix et États fragiles à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste des relations internationales et de l’Organisation des Nations Unies (ONU). De l’autre, Frédéric Mégret, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université McGill et spécialiste du droit international, du droit des conflits armés, des droits humains et des relations internationales.

«L’outil de légitimation par excellence», Nicolas Lemay-Hébert

Les chercheurs Frédéric Mégret, Nicolas Lemay-Hébert et Bruno Charbonneau se penchent sur la justice internationale (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Les chercheurs Frédéric Mégret, Nicolas Lemay-Hébert et Bruno Charbonneau se penchent sur la justice internationale (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Chacun à leur tour, les deux intervenants ont apporté leur analyse et leur point de vue sur le rôle que joue le Conseil de sécurité des Nations Unies dans le contexte actuel. Pour Nicolas Lemay-Hébert, «il est devenu un acteur central de la vie contemporaine. Il est l’outil de légitimation par excellence».

Une force qu’il trouve dans son universalité et son multilatéralisme. Une représentativité prononcée qui peut vite devenir un frein au développement. «Il y a des tensions récurrentes entre efficacité et représentativité. Pour être efficace, il s’agit d’être représentatif. Mais s’il est trop représentatif, c’est-à-dire qu’on étend son droit de véto, on le paralyse», confie ainsi Nicolas Lemay-Hébert.

Le Conseil de sécurité tente néanmoins d’évoluer, sous la houlette notamment du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon. Des «réformes informelles» ont ainsi été effectuées dans un souci d’efficacité. Au fil des années, l’organe exécutif de l’ONU a élargi son champ d’action afin de légitimer son rôle dans la société actuelle.

«Mais il a de réels problèmes structurels», confie Nicolas Lemay-Hébert, spécialiste de la question. «En premier lieu, il possède une incapacité certaine à faire appliquer ses résolutions à certains pays. Ensuite, il y a une faiblesse évidente à rassembler les ressources nécessaires pour mener une mission de maintien de la paix. L’ONU n’a pas d’armée, elle est obligée de quémander des soldats, de quémander des financements.»

Nouvelles formes de conflits, nouvelle appréhension

De son côté, Frédéric Mégret note le virage décisif qu’a pris le Conseil de sécurité, ces dernières années. «Aujourd’hui, le Conseil de sécurité se réinvente, en quelque sorte, dans une légitimation du recours à la force plutôt que dans une vision anti-guerre qui était à son origine. Il entreprend une logique de stigmatisation.»

Un changement de cap que Frédéric Mégret explique par le renouvellement de la nature de la guerre. «Aujourd’hui, les conflits armés sont non-internationaux. L’intervention du Conseil de sécurité y est de plus en plus acceptée car ces nouveaux conflits sont susceptibles d’avoir des conséquences sur la paix et la sécurité internationales.»

L’exemple de Syrie est frappant. Les différents crimes de guerre commis dans le pays ont creusé un fossé entre les différentes parties du conflit, qu’il sera encore plus compliqué à combler en vue de trouver un accord pour recouvrir la paix.

«Pour légitimer une intervention, il faut noircir la partie adverse», Frédéric Mégret

Malgré l’indépendance de la Cour pénale internationale (CPI), le Conseil de sécurité garde également des liens étroits avec la justice internationale. Et pour cause, certains conflits ont pu observer la recrudescence des techniques d’instrumentalisation des Nations Unies.

Ainsi, des Etats comme l’Ouganda ou plus récemment le Mali ont demandé à la CPI d’enquêter sur des crimes de guerre présumés. Car «pour légitimer une intervention, il faut noircir la partie adverse», comme le regrette Frédéric Mégret.

Malgré ses faiblesses apparentes, le Conseil de sécurité des Nations Unies revêt néanmoins une importance prépondérante dans la gestion des conflits. Les deux spécialistes présents, ce mardi, n’ont pas manqué de souligner son caractère indispensable. Car dans un contexte aussi délicat, la communauté internationale a besoin de légitimité pour agir concrètement et efficacement.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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