Nouvelles violences à la frontière entre Soudan et Soudan du Sud

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Une attaque d'une milice soutenue par Khartoum aurait fait 17 morts dans la région du Kordofan du Sud, zone convoitée par les deux Soudan pour ses ressources pétrolières, comme ici à Heglig (Photo: ONU)
L’attaque d’un village par une milice soutenue par Khartoum aurait fait 17 morts dans la région du Kordofan du Sud, zone convoitée par les deux Soudan pour ses ressources pétrolières, comme ici à Heglig (Photo: ONU)

Près de deux mois après la signature d’accords entre les deux pays, le Soudan et le Soudan du Sud ne parviennent toujours pas à s’entendre sur le processus de paix dans la région. Des affrontements entre l’armée sud-soudanaise et une milice soutenue par Khartoum ont éclaté, ce samedi, à la frontière séparant les deux États, faisant au moins 24 morts.

L’indépendance du Soudan du Sud, à l’été 2011, a laissé des traces. Après plus de vingt ans de conflit armé, les deux pays frontaliers semblaient prendre le chemin de la paix. Mais l’instabilité continue de régner dans les différentes régions du jeune pays sud-soudanais.

Ce vendredi, plus de cent personnes, dont des femmes et des enfants, ont trouvé la mort dans l’attaque d’un troupeau de bétail, dans l’État de Jonglei. Au cœur de cette région sensible, des éleveurs de la ville de Walgak étaient en transhumance vers le nord, «escortés par un peloton de l’armée, lorsqu’ils ont été attaqués par une force puissante utilisant des armes automatiques», comme l’a confié, dimanche, le gouverneur de l’État, Kuol Manyang.

14 soldats de l’armée sud-soudanaise font partie des victimes alors que 500 personnes sont toujours portées disparues à la suite de cette attaque. Elle aurait été menée par des civils et des rebelles armés, membres de la communauté Murle, originaire de la région.

Alors que près de 3 000 personnes accompagnaient le troupeau, «les assaillants sont partis avec le bétail et des centaines d’enfants et de femmes ne sont pas encore revenus au village», a ajouté le Commissaire du comté d’Akobo dans l’Etat de Jonglei, Goi Jooyul.

Le Soudan du Sud, une région instable, secouée par la violence

Depuis l’indépendance du pays, la région est régulièrement sujette aux conflits inter-ethniques ou aux affrontements entre rebelles et militaires. Une situation instable qui est devenu incontestablement le défi prioritaire des autorités politiques.

Ces tensions et affrontements jaillissent notamment des relations délicates qu’entretiennent le Soudan et le Soudan du sud, héritage des vingt années de guerre civile.

Des heurts ont ainsi eu lieu, ce samedi, à la frontière des deux pays, entre miliciens et soldats sud-soudanais, faisant au moins 24 morts. L’armée du Sud (SPLA) aurait ainsi saisi un camion de l’armée du nord utilisé par les miliciens lors d’affrontements à Obed, dans l’État du Haut-Nil, au nord-est du pays.

Par ailleurs, un porte-parole de l’armée du Soudan du Sud a indiqué que les soldats ont tué sept activistes d’une milice soutenue par le Soudan après avoir franchi la frontière entre les deux pays.

17 morts et 35 civils blessés seraient également à recenser selon les rebelles de Mouvement de libération du peuple du Soudan-Nord (MLSPN), à l’issue d’un conflit survenu dans un village près d’Aboudjibeha, dans l’Etat du Sud-Kordofan, au nord-est du pays.

Cette zone frontalière sensible reste donc le théâtre de violences. En jeu, les nombreuses ressources pétrolières dont bénéficie cette région.

Le Soudan libère cinq soldats sud-soudanais

Dans le même temps, Khartoum tente de calmer le jeu. En signe de «bonne volonté», l’armée soudanaise a remis cinq soldats sud-soudanais prisonniers à la Croix-Rouge, comme le confie un témoin.

Le 6 février dernier, l’agence officielle soudanaise Suna affirmait que ces cinq soldats avaient été fait prisonniers dans la zone de Kafindebey, zone clé de la contestation entre les deux pays où la frontière n’est pas encore délimitée.

Un signe d’ouverture dans le processus de paix pour le président Omar El-Béchir. Le chef d’État soudanais a assuré, ce dimanche, que les engagements pris en décembre dernier, à Addis-Abeba, étaient irrévocables et doivent être appliqués dans leur intégralité.

Aucune application des accords signés en décembre

Des accords sur la sécurité et l’économie avaient été signés afin de régulariser les tensions palpables dans les zones contestées entre les deux pays. Pour autant, aucun n’a, pour l’heure, appliqué ces accords, s’accusant mutuellement de soutenir une rébellion chez le voisin.

Khartoum regrette notamment que le Soudan du Sud ne fasse pas des accords sur la sécurité une priorité absolue, s’attachant plutôt à la coopération économique.

«Nous avons remis au Sud un État totalement souverain et au lieu de se concentrer sur la construction de leur Etat, leur principale activité est de nous créer des problèmes», a déclaré Omar El-Béchir.

«La paix ne peut être offerte à n’importe quel prix, nous avons tout offert et n’avons rien de nouveau à offrir», a-t-il conclu.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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