Nucléaire iranien: le groupe 5+1 avance à pas comptés

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Le groupe 5+1 et l'Iran se retrouveront dès le 18 mars prochain, à Istanbul, pour une réunion en compagnie d'experts (Photo: Archives ONU/Evan Schneider)
Une réunion d’experts aura lieu le 18 mars prochain, à Istanbul, afin d’«examiner comment les initiatives réciproques doivent être menées pour qu’elles soient équilibrées» (Photo: Archives ONU/Evan Schneider)

Réunis pour deux jours à Almaty, au Kazakhstan, les grandes puissances du groupe 5+1 et l’Iran ont trouvé un accord sur de nouvelles rencontres, dès le mois de mars, pour tenter de régler le conflit portant sur le programme nucléaire iranien.

Des signes «positifs» après une rencontre «utile». Composé des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine) ainsi que de l’Allemagne, le groupe 5+1 poursuit ses discussions sur le dossier du nucléaire iranien.

Si aucune décision effective n’a été prise lors des deux jours de réunion au Kazakhstan, la tenue, dès la mi-mars, de nouvelles rencontres laisse espérer certaines améliorations à venir. «Nous nous sommes mis d’accord pour avoir une réunion d’experts à Istanbul le 18 mars, qui sera suivie d’une réunion entre les pays du groupe 5+1 et l’Iran les 5 et 6 avril à Almaty», a ainsi précisé le chef des négociateurs du nucléaire iranien, Said Jalili.

Après avoir noté que les représentants des grandes puissances ont «essayé de rapprocher leurs positions de celles de l’Iran sur certains points», il a également ajouté que «certaines positions du groupe 5+1 étaient plus positives comparées à celles exprimées par le passé».

Pour le responsable américain du groupe 5+1, l’Iran a également «semblé écouter avec attention l’offre» faite par les grandes puissances. Pas de quoi pour autant le satisfaire pleinement. «Je ne dirais pas que c’était une rencontre utile. Je ne dirais pas que c’était positif ou négatif», a-t-il tempéré, avant de néanmoins ajouter que les propos de Said Jalili «sont assez singuliers pour être soulignés».

Vers une réduction des sanctions en échange de concessions

A Almaty, les grandes puissances ont pu présenter une nouvelle offre à Téhéran en vue d’avancer dans les négociations, jusque-là ralenties depuis plusieurs mois.

Selon une source du groupe 5+1, cette offre comprend «une réduction de certaines sanctions sur le commerce de l’or, de celles concernant l’industrie pétrochimique et de certaines sanctions bancaires», en échange de concessions de Téhéran. Parmi celles-ci, le groupe 5+1 demande «l’arrêt de l’enrichissement à 20% (de l’uranium), la fermeture du site de Fordo et l’envoi du stock d’uranium enrichi à 20%» à l’étranger.

De son côté, Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l’Union européenne et chargée des contacts avec Téhéran au nom du groupe 5+1, attend une «réponse positive» de l’Iran. «Cette proposition vise à établir la confiance et à nous permettre d’avancer» en vue d’une solution diplomatique au problème iranien, a-t-elle ajouté en conférence de presse.

«L’enrichissement d’uranium à 5% ou 20% est un droit pour l’Iran»

S’il s’est félicité de voir les échanges continués dans les semaines à venir, Said Jalili a néanmoins maintenu la fermeté de certaines positions de Téhéran. «L’enrichissement d’uranium à 5% ou 20% est un droit pour l’Iran. Nous faisons de l’enrichissement selon nos besoins», a-t-il déclaré.

Concernant le site de Fordo, où l’Iran enrichi l’uranium à 20%, il s’avère «légal et sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA)», selon Said Jalili. Jusqu’à présent, Téhéran assure avoir besoin de ce site, considéré comme le seul du pays à l’abri d’une frappe militaire, pour alimenter son réacteur de recherche où il produit des isotopes médicaux, utilisés dans le diagnostic de certains cancers.

Les discussions restent donc fragiles à l’issue de ces deux jours de réunion. A Istanbul, plusieurs experts des deux parties seront chargés d’«examiner comment les initiatives réciproques doivent être menées pour qu’elles soient équilibrées».

En attendant, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a assuré, depuis Téhéran, qu’il s’agissait d’un «bon accord» dans la mesure où «c’est mieux de négocier que de se disputer».

L’économie iranienne souffre des sanctions internationales

En marge de la réunion menée au Kazakhstan, un rapport du gouvernement américain, publié ce mercredi, assure que les sanctions «américaines et internationales en matières commerciale et financière» infligées à l’Iran ont eu «un effet négatif sur l’économie iranienne et ses perspectives».

«Les exportations de pétrole iranien ont baissé de 18% entre 2010 et 2012, alors que celles de pays comparables ont augmenté de 50%», affirme ce rapport, élaboré par un organisme d’audit du Congrès américain chargé de contrôler les comptes publics (GAO).

Alors que de prochaines réunions sont d’ores et déjà prévues dans les prochaines semaines, cette étude note également que l’inflation a progressé de 27% à la fin 2012 et que le taux de chômage devrait osciller entre 15 et 16,6% dans les prochaines années. Preuve que l’Iran a tout intérêt à négocier avec les grandes puissances en vue d’infléchir leur position sur le programme nucléaire mené par Téhéran.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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