Nucléaire iranien: «une provocation» pour la communauté internationale

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En 2009, le président iranien Ahmadinejad visite l'installation nucléaire de Natanz, ville située au centre de l'Iran. (Photo: Presidency of The Islamic Republic of Iran)
En 2009, le président iranien Ahmadinejad visite l’installation nucléaire de Natanz, ville située au centre de l’Iran. (Photo: Presidency of The Islamic Republic of Iran)

Au lendemain de la publication du rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les réactions affluent sur l’installation de nouvelles centrifugeuses sur le site nucléaire iranien de Natanz.

A quelques jours de la réunion tant attendue à Almaty, au Kazakhstan, la tension monte entre Téhéran et la communauté internationale.

Alors que, dans un rapport publié ce jeudi, l’AIEA a confirmé l’installation de centrifugeuses plus modernes sur le site de Natanz, la France s’inquiète à l’égard de l’activité nucléaire iranienne. Pour le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Philippe Lalliot, ces informations sont «très préoccupantes et constituent un pas de plus de l’Iran dans la mauvaise direction».

Le rapport de l’AIEA a notamment mentionné l’installation de 180 centrifugeuses dites IR-2m, précisant que «c’est la première fois que des centrifugeuses plus avancées que les IR-1 ont été installées» sur le site de Natanz. «Ce qui constitue une nouvelle violation par l’Iran de ses obligations internationales», selon Philippe Lalliot.

«L’Iran refuse tout dialogue substantiel avec l’AIEA»

En plus de cette modernisation des installations, la France regrette également le manque de transparence de l’Iran sur son programme nucléaire. «Le rapport montre aussi que l’Iran refuse tout dialogue substantiel avec l’AIEA pour répondre aux interrogations de l’Agence sur les possibles dimensions militaires du programme nucléaire iranien», commente Philippe Lalliot. Un reproche récurrent de la communauté internationale à l’égard de l’Iran.

Pour autant, les négociations entre Téhéran et le groupe 5+1 (France, Chine, Etats-Unis, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) doivent reprendre, le 26 février prochain, après plus de huit mois d’interruption et d’impasse diplomatique.

La France a d’ores et déjà mis l’Iran en garde en vue de cette réunion au Kazakhstan. «Le Conseil des gouverneurs, qui se réunira dans quelques jours, doit faire un constat ferme de ces agissements. La voie du dialogue reste ouverte mais l’Iran doit faire le choix de coopérer sans réserve avec la communauté internationale», précise le porte-parole de la diplomatie française.

«Un pas provocateur supplémentaire»

Une condamnation qui fait écho à celle de la communauté internationale. Pour la porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland, il s’agit d’une «provocation», ce rapport n’étant néanmoins «pas une surprise». Mais, selon elle, cette modernisation des installations «constituerait une nouvelle escalade et une violation continue des obligations de l’Iran conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’AIEA. Cela marquerait un pas provocateur supplémentaire».

Après avoir qualifié ce rapport de «grave», le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou a souligné que l’Iran «était aujourd’hui plus proche que jamais d’obtenir du matériel enrichi pour une bombe atomique». De quoi inquiéter Israël qui voit que Téhéran «continue à avancer rapidement vers la ligne rouge que le premier ministre avait dessinée lors de son discours aux Nations unies».

«Aucune preuve de détournement de matières et activités nucléaires à des fins militaires»

Carte des principaux sites du programme nucléaire iranien, juin 2012 (Photo: Sémhur / Wikimedia Commons)

De son côté, Téhéran fait fi des accusations et autres sanctions à son encontre et s’appuie sur sa signature du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968. Accusé de vouloir enrichir son uranium à 90% en vue d’acquérir la bombe atomique, l’Iran assure que son activité nucléaire ne s’effectue qu’à des fins civiles: un enrichissement à 5% pour produire de l’électricité et jusqu’à 20% pour alimenter son laboratoire de recherche médicale.

Pour autant, l’AIEA a constaté, lors de sa visite, la semaine dernière, le refus des autorités iraniennes de leur laisser accéder au site présumé de Parchin, au sein d’une base militaire. Egalement au cœur des désaccords internationaux, la production d’uranium enrichi à 20% sur le site de Fordo a déclenché l’inquiétude de la Russie et de la Chine. Moscou et Pékin ont ainsi demandé à Téhéran de «coopérer avec l’AIEA», tout en continuant de dénoncer les sanctions des Nations Unies à son encontre.

Malgré l’ire de la communauté internationale, l’Iran maintient le cap. Pour le représentant iranien à l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, il n’y a «aucune preuve de détournement de matières et activités nucléaires à des fins militaires».  Les discussions lors de la prochaine réunion entre l’Iran et les grandes puissances promettent d’être vivantes.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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