Portrait de votre voisin terroriste: un rapport sur Al-Qaïda en Amérique

0
En 2001, des agents de renseignement américains ont trouvé ce manuel de formation d'Al-Qaïda à Kandahar, en Afghanistan en fouillant les ruines d'un site de traitement chimique suspect.Le manuel comprend des instructions pour le tir de missiles Stinger (Photo: CIA)
En 2001, des agents de renseignement américains ont trouvé ce manuel de formation d’Al-Qaïda à Kandahar, en Afghanistan en fouillant les ruines d’un site de traitement chimique suspect. Le manuel comprend des instructions pour le tir de missiles Stinger (Photo: CIA)

La ville de New York est considérée comme une plaque tournante du groupe terroriste Al-Qaïda, la majorité des membres du groupe ont moins de 30 ans, ils ont la citoyenneté américaine, ils ont un emploi, sont bien éduqués et, bien souvent, fort aimables…

En effet, plus de la moitié de tous les agents d’Al-Qaïda et de leurs «filiales» aux États-Unis qui ont commis des actes terroristes sont des citoyens américains et un tiers sont nés en Amérique, selon un nouveau rapport de profilage des membres américains du groupe terroriste.

Le rapport de 720 pages a été publié par la Henry Jackson Society  et présentée au Center for Strategic and International Studies (CSIS) mardi 26 février. Il étudie en détails les 171 cas de membres d’Al-Qaïda ou de groupe dans la mouvance d’Al-Qaïda qui ont été condamnés aux États-Unis par tribunaux ou qui ont participé à des attentats-suicide sur le territoire américain entre 1997 et 2011.

L’étude révèle que 95% des actes terroristes ont été commis par des hommes, 57% d’entre eux étaient âgés de moins de 30 ans. New York a été considéré comme une plaque tournante pour leurs activités: le nombre de terroristes qui résident à New-York dépasse de 14% le nombre de ceux qui vivent ailleurs et il faut ajouter à cela toux ceux, fort nombreux, qui transitent par la métropole américaine.

Par ailleurs, près d’un quart des combattants terroristes, toutes origines confondues étaient des convertis à l’Islam, et plus de la moitié des combattants terroristes nés aux États-Unis étaient des convertis.

Et ceux qui se sont convertis, tous ou à peu près tous d’ex chrétiens, étaient beaucoup plus susceptibles que les autres de commettre des actes terroristes graves.

Les terroristes étudiés par les chercheurs de la Jackson Society étaient scolarisés et avaient de bons emplois. Plus de la moitié avaient fait des études universitaires et, et un quart des études supérieurs au delà du 1er cycle universitaire. En outre, plus de la moitié, soit 57%, étaient encore aux études ou occupaient un emploi au moment où ils ont été inculpés ou ont commis leurs attaques.

Le Général Hayden et Robin Simcox, le 26 février, au CSIS (Photo: CSIS)
Le Général Hayden et Robin Simcox, le 26 février, au CSIS (Photo: CSIS)

L’auteur du rapport, Robin Simcox, chercheur à la Henry Jackson Society, décrit les combattants terroristes en territoire américains comme des citoyens américains «qui sont les plus instruits, la plupart du temps employés et qui n’ont pas été marginalisés par le système.» Ils ont même plutôt bien réussi à l’intérieur du système qu’ils veulent pourtant détruire.

Cependant, Robin Simcox et Michael Hayden, ancien directeur de l’Agence centrale de renseignement américaine, la CIA, qui a préfacé le rapport, a suggéré que des expériences plus personnelles de « dislocation sociale » pourrait être le facteur majeur qui expliquerait leur radicalisation.

«Peut-être, dit Michael Hayden, que c’est juste l’expression dans une société post-industrielle de la manière dont les jeunes … font face à l’aliénation.»

En outre, précise Robin Simcox, il y a eu une énorme augmentations du nombre d’adeptes d’Al-Qaïda aux États-Unis après les attentats du 11 septembre, «car ces personnes ont apparemment été attirée sur l’idéologie du groupe.»

La Henry Jackson Society,  qui a publié ce rapport, est un groupe de réflexion britannique décrit souvent comme néo-conservateur. La société a été nommé en l’honneur Henry M. Jackson, maintenant décédé, sénateur démocrate, militariste et et anticommuniste notoire.

Issue de l’Université de Cambridge, l’organisation est maintenant basée à Londres. Elle prône une politique étrangère qui promeut les droits de l’homme par la voie diplomatique mais, lorsque nécessaire par l’intervention militaire.

Quant au Center for Strategic and International Studies (CSIS), basé à Washington, où le rapport a été présenté le 26 février, il est un cercle de réflexion et d’influence sur la politique étrangère américaine fondé en 1964 par l’amiral Arleigh Burke et l’historien David Manker Abshire, originellement dans l’enceinte de l’Université de Georgetown.

On peut écouter, sur le site du CSIS,  une discussion sur le rapport et la menace d’Al-Qaïda en territoire américain avec le général américain à la retraite Michael Hayden, ancien directeur de la CIA, et l’auteur du rapport et chercheur à la Henry Jackson Society, Robin Simcox.

La discussion est animée par Stephanie Sanok, directrice du programme de contre-terrorisme du Homeland Security, le ministère américain de la Sécurité.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.