Pour Anciens combattants Canada, l’uranium appauvri ne pose pas de problème

1
Le logo que Pascal Lacoste utilise sur son site web pour  sensibiliser les gens. (Crédit photo: Pascal Lacoste)
Le logo que Pascal Lacoste qui lute pour faire reconnaître son intoxication à l’uranium appauvri,  utilise sur son site web. (Crédit photo: Pascal Lacoste)

Le rapport tant attendu par des militaires comme Pascal Lacoste, de Québec, qui lutte pour faire reconnaître son intoxication à l’uranium appauvri (UA) pendant son service militaire dans les Balkans dans les années 1990, rejette toutes les prétentions des vétérans comme M. Lacoste qui se battait aussi pour que le ministère des Anciens combattants prenne en charge son traitement.

En un mot comme en mille, le rapport nie tout…ou presque!

Dans son rapport sur la probabilité que des militaires canadiens présentent des effets néfastes pour la santé attribuables à l’UA, le Comité consultatif scientifique sur la santé des anciens combattants affirme que l’exposition à l’uranium n’est pas associée à un effet important ou fréquent sur la santé et que, de toutes façons, il est peu probable que des militaires canadiens aient été exposés à des concentrations d’uranium appauvri qui pourraient représenter un danger pour leur santé.

Question d’exposition

En raison de sa densité, l’UA est utilisé dans les blindages et les obus perforants.

Les obus à l’UA traversent facilement les cibles dures (véhicules blindés et chars d’assaut), comme on a pu le voir lors de la guerre du Golfe et du conflit des Balkans. Lorsque l’obus frappe sa cible, admet le raport du Comité, de petites particules d’UA se forment et peuvent être inhalées ou ingérées par les militaires se trouvant à proximité. En outre, de gros fragments peuvent se loger dans le corps.

Mais, tout est question d’exposition et de concentration, nuance le rapport, soulignant qu’avant d’attribuer un quelconque effet nocif à l’UA, il faut pouvoir confirmer l’exposition.

Il est actuellement impossible , prétend le rapport du Comité, de mesurer avec précision la quantité d’UA à laquelle un militaire a pu être exposé sur le champ de bataille. Toutefois, comme le Canada n’a jamais utilisé d’obus à l’UA lors de conflits et «qu’aucun des ennemis auxquels ont été confrontées les forces de la coalition dans les conflits où des militaires canadiens étaient déployés n’utilisait d’armes à uranium appauvri», le Comité croit donc fort peu probable que des militaires canadiens « aient été exposés à des concentrations d’uranium appauvri qui pourraient représenter un danger pour leur santé. »

Par ailleurs, le Comité consultatif dit avoir examiné avec soin les études sur l’incidence du cancer et sur la mortalité menées par plusieurs pays de l’OTAN auprès de leurs militaires déployés sur des théâtres d’opérations où des armes à l’UA ont été utilisées.

Les études de cohortes militaires, affirme à ce sujet le rapport, « n’attestent pas de manière constante que des effets néfastes pour la santé puissent être attribués à l’uranium appauvri » et « […]dans des populations civiles plus vastes davantage exposées à l’uranium (travailleurs des secteurs de la production et du traitement de l’uranium) et suivies pendant de longues périodes, les études n’apportent pas non plus de preuves solides de l’existence d’effets néfastes pour la santé. »

Le Comité mandaté par le ministère des Anciens combattants en arrive donc à la conclusion que l’exposition à l’uranium n’est pas associée à un effet important ou fréquent sur la santé.

Bref, bien qu’il reconnaisse « qu’à la suite d’un déploiement ou d’un conflit armé, de nombreux anciens combattants puissent présenter des symptômes persistants qui peuvent causer beaucoup de souffrance », il rejette carrément la possibilité qu’il y ait un lien de causalité entre leurs malaises et l’exposition à l’uranium appauvri.

Improbable que les militaires canadiens aient été exposés

Parce qu’il est largement répandu dans l’eau et le sol, souligne le rapport du Comité consultatif scientifique, l’uranium est présent dans l’organisme de tout être humain. Dans la plupart des endroits, la quantité est tellement infime qu’elle ne nuit pas à la santé humaine. Certains groupes de personnes sont régulièrement exposés à des concentrations d’uranium nettement supérieures à celles observées dans la population générale, mais, selon le Comité, « sauf en de rares circonstances, cette exposition à long terme n’a aucun effet néfaste sur leur santé. »

À l’exception de la cohorte de militaires américains ayant essuyé des tirs fratricides pendant la guerre du Golfe, le Comité dit n’avoir trouvé aucune preuve que des militaires des forces alliées aient été directement et expressément exposés à l’UA.

Quant au personnel militaire canadien, quelques militaires canadiens ont été exposés à l’UA pendant l’incendie survenu au Camp Doha, mais à des concentrations jugées trop faibles pour avoir exercé des effets indésirables sur la santé.

Ces militaires ont par ailleurs pu inhaler d’autres substances durant cet incendie, de sorte qu’il est très difficile d’attribuer un quelconque effet à l’UA en particulier, dit le rapport, ajoutant, « Des études de grande envergure reposant sur des analyses d’urine et visant à évaluer rétrospectivement l’exposition antérieure à l’UA ont mis en évidence des concentrations comparables à celles observées dans les populations civiles normales. »

À la lumière de ces données, le Comité juge qu’il est peu probable que des militaires canadiens aient été exposés à des concentrations d’UA jugées nocives pour la santé.

Les travailleurs des mines d’uranium affecté par le radon, pas l’uranium

Les études menées auprès des travailleurs des mines d’uranium au cours du dernier demi-siècle ont mis en évidence une mortalité élevée, surtout imputable au cancer du poumon, dit le Comité consultatif, mais ces taux de mortalité élevés sont attribués, affirme-t-il, à l’exposition des mineurs au radon, et non à l’uranium.

Il écrit dans son rapport: »À la lumière des résultats des 27 études effectuées auprès de travailleurs d’usines de traitement de l’uranium et d’autres travailleurs ayant un emploi similaire et ayant fait l’objet d’au moins une des trois revues systématiques de l’IOM et du NRC, nous avons conclu qu’il n’existait aucune preuve constante permettant d’établir que l’exposition à l’uranium augmente les taux de cancer du poumon, des os, du rein, de la vessie, du cerveau/système nerveux central, du testicule ou de la prostate ni les taux de leucémie ou de lymphome. En ce qui concerne les affections non cancéreuses, aucune surmortalité par maladie cardiaque ou neurologique n’a été observée, mais une certaine augmentation du nombre d’affections respiratoires a été mise en évidence, quoiqu’on en ignore la cause exacte. »

Peu d’effets nocifs significatifs sur la santé

Pour finir, le Comité mandaté par le ministère écrit qu’au regard des effets sur la santé ayant fait l’objet de sa revue, l’exposition à l’uranium n’est associée à aucun effet important ou fréquent: « Une […] revue systématique étaye la conclusion selon laquelle aucune donnée actuellement disponible n’établit de lien entre le cancer du poumon et l’exposition interne à l’uranium, bien que certaines données évoquent une association entre l’exposition interne et un risque accru de cancer des tissus lymphatiques et hématopoïétiques ainsi que du cancer des voies digestives hautes et des voies respiratoires supérieures. »

Le Comité consultatif scientifique sur la santé des anciens combattants conclut donc « qu’il existe peu de données laissant croire à une association entre le déploiement pendant la guerre du Golfe ou le conflit des Balkans et l’augmentation du risque de cancer ou de mortalité. Le programme exhaustif de surveillance et de suivi des anciens combattants américains de la guerre du Golfe porteurs de fragments d’UA n’a mis en évidence, après 18 ans, aucun effet néfaste significatif pour la santé dans ce groupe particulier exposé à l’UA de façon chronique. »

En résumé, en termes moins scientifiques, par la voix de son Comité consultatif le ministère dit qu’il est hautement improbable que les malaises et symptômes dont font état certains vétérans, dont Pascal Lacoste, soient reliés à une intoxication à l’uranium appauvri.

Le vétéran de la guerre des Balkans, Pascal Lacoste, quant à lui, commence à envisager le dépôt d’un recours collectif.


Le vétéran Pascal Lacoste, qui avait fait une grève de la faim en novembre 2011 devant les bureaux de circonscription du ministre des Anciens combattants, Steven Blaney, à Lévis, pour faire reconnaître que lui et d’autres anciens frères d’armes avaient été intoxiqués à l’UA, avait reçu le soutien de la députée néo-démocrate de sa circonscription, Annick Papillon, qui était aussi à l’époque membre du Comité des Anciens combattants.

Avec la collaboration de Jacques N. Godbout

À lire aussi:

Un rapport sur l’uranium appauvri sortirait dans les prochains jours >>

Fille de deux parents militaires, Raymonde Thériault grandit sur différentes bases militaires. À l’université, elle est directrice du journal étudiant. En novembre 2010, elle est déployée avec la Roto 10 en Afghanistan.

DiscussionUn commentaire