Syrie: l’opposition ouvre la voie au dialogue avec le régime

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Le vice-président syrien Farouk Al-Sharaa (Photo: Al-Akhbar)
Le vice-président syrien Farouk Al-Chareh (Photo: Al-Akhbar)

Alors que la répression a fait plus de 80 morts, ce lundi, en Syrie, le chef de l’opposition, Ahmed Moaz al-Khatib, a proposé d’ouvrir le dialogue avec le régime de Bachar al-Assad. Mais il a assuré que cela se ferait uniquement avec le vice-président syrien, Farouk al-Chareh, en désaccord déclaré avec la politique menée par le chef d’État.

La situation en Syrie inquiète la communauté internationale. L’Organisation des Nations Unies (ONU) assure que plus de 60 000 personnes ont péri dans les affrontements qui rythment la vie du pays depuis bientôt deux ans. Mais au cœur du pays, on tente également, tant bien que mal, de trouver une solution pour arrêter ce bain de sang.

«Je dis à Bachar al-Assad : regarde dans les yeux de tes enfants et essaie de trouver une solution. Nous nous entraiderons alors dans l’intérêt du peuple»,  a ainsi déclaré le chef de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib, à la chaîne Al Jazeera. Une main tendue vers le régime syrien mais non pas vers son président.

«Si le régime accepte l’idée [du dialogue], je lui demande de déléguer Farouk al-Chareh [vice-président syrien] pour qu’on discute avec lui», a ensuite renchéri Ahmed Moaz al-Khatib sur les antennes de la chaine satellitaire Al Arabiya.

Le chef de l’opposition se justifie en assurant que «Farouk al-Chareh, depuis le début de la crise, voit que les choses ne vont pas dans le bon sens».

Des divergences avec le président Assad

Le vice-président syrien avait déclaré, en décembre dernier, qu’il ne partageait pas l’option militaire choisie par Bachar al-Assad pour stopper la répression dans le pays. Au contraire, il voyait une possible sortie de crise en utilisant une solution négociée.

Farouk al-Chareh est même pressenti (par les Nations Unies notamment) pour assurer la transition du pays en cas de chute du président Assad. Pas étonnant, donc, de voir la diplomatie américaine soutenir l’appel au dialogue de l’opposition syrienne.

«Si le régime a le moindre intérêt à [faire]la paix, il doit s’asseoir et parler maintenant avec la coalition de l’opposition syrienne, et nous soutiendrons fortement l’appel de Khatib», a déclaré la porte-parole du département d’État, Victoria Nuland.

Des déclarations «insuffisantes» comme simple «manœuvre politique»

De son côté, Damas n’a pas encore adressé de réponse officielle. Pour autant, un des journaux proches du pouvoir, le quotidien Al-Watan, a d’ores et déjà remis en cause cette proposition de l’opposition.

«Les déclarations de M. Khatib restent insuffisantes et ne font pas de lui un négociateur acceptable au niveau populaire. Elles sont une manœuvre politique visant à corriger son erreur d’avoir soutenu le Front [jihadiste]d’al-Nosra et fourni des prétextes aux crimes commis à l’encontre de la Syrie», peut-on ainsi lire dans l’éditorial du journal.

Téhéran s’ouvre à l’opposition mais soutient le régime

Des alliés historiques de Damas, tels que l’Iran ou la Russie, ont même ouvert la voie à un possible dialogue en compagnie de l’opposition.

Alors que des responsables iraniens ont rencontré, ces derniers jours, Ahmed Moaz al-Khatib pour la première fois, le président Mahmoud Ahmadinejad a appelé, ce lundi, à une «entente nationale» pour sortir de cette guerre qui n’est «pas la solution», comme il l’a souligné à la chaine panarabe Al Mayadeen.

Par ailleurs, cette annonce d’Ahmed Moaz al-Khatib n’a pas reçu un plébiscite certain au sein même de l’opposition et de ses sympathisants. Ces derniers reprocheraient ainsi cette main tendue vers le régime syrien, synonyme de «trahison» pour certains.

La Turquie avait ainsi affirmé que l’ouverture d’un dialogue «ne permettrait pas de trouver une solution au conflit».

L’opposition attend de voir

Mais Ahmed Moaz al-Khatib refuse d’entendre que «ceux qui parlent de négociations soient accusés de trahison». Pas de quoi convaincre, pour autant, l’ensemble des opposants à la politique répressive menée par Bachar al-Assad depuis le début du conflit, en mars 2011.

Si Abou Nadim, militant de Douma près de Damas, a assuré à l’AFP qu’il s’agissait d’une solution intelligente, le Liwa al-Tawhid, groupe rebelle important du nord du pays, a préféré se passer de commentaire, attendant de voir les actes concrets menés à ce sujet.

Une situation critique au cœur du pays

En attendant, plus de 80 personnes ont trouvé la mort, ce lundi, à travers le pays, à en croire l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Ce dernier mentionne également un bombardement de l’aviation syrienne près de la ville rebelle de Douma.

Alors que les différents dirigeants du régime et de l’opposition balbutient actuellement leurs négociations, la population n’en finit plus de souffrir. Le conflit armé a ainsi fait basculer le pays au sein d’une grave crise sanitaire, humanitaire et morale. Et ce n’est pas encore fini.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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