Tunisie: des ministres laïcs menacent maintenant de démissionner

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Le président tunisien Moncef Marzouki en 2012 (source: Chatham House)
Le président tunisien Moncef Marzouki en 2012 (source: Chatham House)

Ce dimanche 10 février en Tunisie, sur fond de scission des islamistes et de troubles sociaux, les cinq membres du gouvernement issus du Congrès pour la République (CPR), le parti du président Moncef Marzouki, menacent pour leur part de démissionner s’ils ne parviennent pas à un accord avec les islamistes radicaux au pouvoir.

Le parti islamiste au pouvoir, tenu comme responsable politiquement de l’assassinat mercredi dernier de Chokri Belaïd, le leader laïque de l’opposition, s’oppose à la formation, pour calmer le jeu, d’un gouvernement apolitique de technocrates jusqu’aux prochaines élections et refuse d’abandonner les ministères clés qu’ils détiennent.

Ennahda entend bloquer l’initiative du premier ministre. Selon le parti islamiste, Hamadi Jebali doit, avant tout remaniement gouvernemental, obtenir la confiance des députés de l’Assemblée nationale constituante, que les islamistes dominent avec 89 sièges sur 217.

Hamadi Jebali a rejeté cette version, estimant qu’en lui confiant le gouvernement en décembre 2011, l’Assemblée lui avait donné le droit de remanier son équipe.

LES CONSÉQUENCES DE L’ASSASSINAT DE CHOKRI BELAÏD >>

Un groupe d’experts réunis par la présidence samedi 9 février a avalisé cette interprétation, s’appuyant sur la loi d’organisation provisoire des pouvoirs publics, selon laquelle le chef du gouvernement peut «créer, modifier et supprimer les ministères et les secrétariats d’Etat, et fixer leurs attributions et prérogatives, après délibération du Conseil des ministres et information du président de la République.»

Mais la frange radicale d’Ennahda a prévenu qu’elle était prête à descendre dans la rue et un première manifestation rassemblant quelque 3 000 personnes.

Le conflit ne semble donc pas près de se résorber.

Le Premier ministre Hamadi Jebali, islamiste modéré et secrétaire général d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, avait menacé de démissionner si son parti parvenait à l’empêcher de former un gouvernement apolitique jusqu’aux prochaines élections en réponse à l’assassinat du leader laïque de l’opposition.

Depuis des mois, Ennahda ne réussit pas à s’accorder avec ses alliés laïcs, dont le président Moncef Marzouki, sur un remaniement gouvernemental. Le CPR avait réclamé en vain le départ des ministres (islamistes) de la Justice et des Affaires étrangères. L’assassinat de Chokri Belaïd aura servi d’accélérant à la crise.

La Tunisie reste donc plongée dans l’incertitude en raison du conflit entre, d’une part, les forces laïques et les islamistes, et, d’autre part, le conflit entre ouvert entre le premier ministre Hamadi Jebali et son propre parti.


Tunisie: le parti du président pourrait quitter le gouvernement (source: Euronews)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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