Tunisie: Ennahda renonce à quatre ministères clé

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Rached Ghannouchi, le chef de la frange radicale d'Ennahda, en 2012 (Photo: Chatham House)
Rached Ghannouchi, le chef de la frange radicale d’Ennahda, en 2012 (Photo: Chatham House)

Le parti islamiste au pouvoir en Tunisie, Ennahda, annonce ce mercredi accepte de céder les ministères dits «régaliens» à des indépendants, facilitant ainsi la formation d’un nouveau gouvernement en acceptant une revendication très importante de la classe politique.

«Nous confirmons la neutralisation des quatre ministères de souveraineté, le ministère de l’Intérieur y compris sera sous une personnalité hors des partis politiques» a déclaré le leader d’Ennahda, Rached Ghannouchi, ajoutant du même souffle que le gouvernement pourrait être formé à la fin de la semaine.

Actuellement, Ennahda détient les portefeuilles de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères, le quatrième ministère régalien,celui de la Défense, étant contrôlé par un indépendant, Abdelkarim Zbidi, en fonction quant à lui depuis la révolution de jasmin de janvier 2011 qui a renversé le régime de Ben Ali.

Le parti islamiste cède donc à une revendication de la quasi-totalité de l’opposition et de ses partenaires laïques au gouvernement,, Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki.

«Nous voyons que c’est dans l’intérêt de la Tunisie que le gouvernement, dans la période transitoire et pour la période à venir, réunisse les Islamistes et les laïcs (…) même si nous sommes majoritaires», a souligné Rached Ghanoucchi, précisant que le mouvement Wafa, (formé de dissidents du CPR), le bloc parlementaire Liberté et Dignité, (de tendance islamiste) et l’Alliance démocratique (composé de dissidents d’un parti d’opposition) pourraient rejoindre dans futur cabinet les partis déjà membres de l’alliance en place depuis la révolution.


Ennahdha renonce aux ministères régaliens (Vidéo: Al-Qarra TV)

Toutefois, le porte-parole d’Ettakatol, Mohamed Bennour, a déclaré que cela ne signifie pas pour autant qu’un compromis a été trouvé sur les noms des ministres, estimant peu probable que les pourparlers aboutissent avant le milieu de la semaine prochaine,  d’autant plus que la question des autres ministères n’est, quant à elle, pas encore réglée.

De plus, l’annonce du chef d’Ennahda semble avoir froissé le Wafa, qui s’opposait pour sa part à ce que les portefeuilles régaliens soient dévolus à des indépendants: «Ennahda a annoncé la neutralité des ministères clés et nous sommes étonnés d’apprendre ça par les médias alors que nous sommes en négociations avec eux!», s’est plaint à la radio tunisienne un porte-parole de Wafa, Rabiî Al Abdi.

C’est le ministre de l’Intérieur, l’islamiste Ali Larayedh, qui a été chargé la semaine dernière de former un nouveau gouvernement après la démission d’Hamadi Jebali en raison du refus d’Ennahda de lui permettre de former un gouvernement de transition apolitique pour calmer le jeu après l’assassinat le 6 février du leader de l’opposition Chokri Belaïd dont plusieurs rendent le parti islamiste au pouvoir politiquement et moralement responsable quand ils ne l’accusent pas tout simplement de l’avoir commandité.

D’autant plus que le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh, a déclaré mardi 26 février, après 24 h de silence, que le meurtrier présumé de l’opposant tunisien Chokri Belaïd qui avait été identifié et que l’on croyait lundi 25 février entre les mains de la police, reste encore en fuite. C’était pourtant des sources policières qui avaient révélé les détails de son arrestation à la presse la veille.

Pour le premier ministre démissionnaire, islamiste modéré issu lui-même d’Ennahda, la formation d’un gouvernement de technocrates sans afiliation politique jusqu’aux prochaines élections était l’unique moyen de mettre fin à la crise sociale et politique qui secoue le pays.

Ali Larayedh a maintenant jusqu’au 8 mars pour former un gouvernement. Certes, avec 89 députés, Ennahda réunit assez facilement la majorité nécessaire de 109 élus sur 217 à l’Assemblée nationale constituante (ANC), pour l’approbation d’un nouveau gouvernement mais il doit trouver un soutien bien plus large pour arriver à sortir la Tunisie de la crise sociale, politique et maintenant, avec la démission d’Hamadi Jebali, institutionnelle.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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