Tunisie: les ministres laïcs suspendent leur démission

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Le président tunisien Moncef Marzouki en 2012 (source: Chatham House)
Le président tunisien Moncef Marzouki en 2012 (source: Chatham House)

En Tunisie, les ministres et secrétaires d’État issus du parti laïc du président Moncef Marzouki suspendent leur menace de démission. Ils maintiennent pour l’instant leur alliance avec les islamistes d’Ennahda, rejetant de ce fait l’initiative du premier ministre, l’islamiste modéré Hamadi Jebali, de former un gouvernement apolitique jusqu’aux prochaines élections pour calmer le jeu après l’assassinat, la semaine dernière, du leader laïc de l’opposition Chokri Belaïd, dont les islamistes au pouvoir sont tenus moralement et politiquement responsables par l’opposition.

Le CPR, demandait le départ de deux ministres de premier plan d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, les ministres des Affaires étrangères et de la Justice. Ennahda n’a pas confirmé pour le moment qu’il s seraient limogés, mais le chef du CPR, Mohamed Abbou, a déclaré ce lundi 11 février:«Nous avions présenté il y a deux jours la démission de nos ministres mais nous avions été contactés hier soir par les dirigeants d’Ennahda qui ont répondu favorablement à toutes nos demandes.»

Les ministres laïcs ont dont suspendus leur décision de quiter le gouvernement: « Nous avons décidé de geler notre décision de retirer nos ministres du gouvernement mais si dans une semaine nous ne voyons aucun changement nous quitterons le gouvernement définitivement.», a précisé à ce sujet le chef du CPR.

Le CPR s’est en outre allié avec la frange radicale du parti islamiste au pouvoir pour contrer l’initiative du premier ministre Jebali de former un gouvernement apolitique d’union nationale jusqu’aux prochaines élections, arguant qu’un pareil gouvernement de technocrates permettrait le retour de figures de l’ancien régime de Ben Ali, renversé par la révolution de 201.

Toutefois, le troisième parti de la coalition au pouvoir, Ettakatol (centre-gauche) a quant à lui apporté quant à lui son soutien au premnier minsitre Jebali.

Hamadi Jebali, soutenu par l’opposition laïque et en conflit avec son propre parti,dont, à titre de secrétaire général, il st pourtant le numéro deux, a répété, dans un entrevue au quotidien français Le Monde dimanche 10 février, qu’il n’avait «pas d’autre choix que de former un gouvernement transitoire, indépendant des partis», évoquant l’urgence de la situation et le danger de violence, ajoutant «Je vais demander amicalement à tous les ministres de démissionner. C’est un exercice difficile mais les circonstances l’exigent.»

Par ailleurs, Hamadi Jebali a souligné, dans cete même entrevue que les meurtriers de Chokri Belaïd n‘étaient pas des amateurs: «Ceux qui ont commis cet assassinat ne sont pas des amateurs. C’est tout un appareil qui est derrière, avec une stratégie. Il s’agit bien d’un assassinat politique qui dépasse la personne de Chokri Belaïd. Il est la victime, mais la cible, ce n’est pas lui. La cible, c’est la Tunisie tout entière. Il faut s’attendre à des résultats très graves.»

Le premier ministre tunisien soutient toujours qu’il n’a pas besoin de l’accord de l’Assemblée nationale constituante (ANC) pour former un gouvernement apolitique de transition jusqu’aux prochaines élections puisque, en le choisissant comme premier ministre, l’ANC lui laisse le loisir de former et de ramanier son équipe.

Toutefois une motion de censure pourra être votée et devra obtenir les voix de 109 députés sur 217. Actuellement, Ennahda contrôle 89 sièges à l’ANC, le CPR 15 et Ettakatol 13. Et on ne sait combien de députés d’ennahad soutiendraient le premier ministre et combien se rangeraient du côté de la frange plus radicale.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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