Tunisie: manifestations pro-islamistes et anti-françaises dans la capitale

0
Une manifestation d'Ennahada dans les rues de Tunis (Photo: Al-Arabiya-tv)
Une manifestation d’Ennahada dans les rues de Tunis (Photo: Al-Arabiya-tv)

Mise à Jour 09/02/2013 à 13h

Le premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, a assuré ce samedi sur la chaîne d’information continue française France 24 que les ministères régaliens aux mains de son parti islamiste seront remplacés par des indépendants dans le gouvernement apolitique qu’il entend former.

Il a ensuite déclaré que « tous les ministres seront des indépendants, y compris à l’Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères ». Ennahda refuse de renoncer à ces ministères clés.

Ennahda, qui ne parvenait déjà pas depuis des mois à s’accorder avec ses alliés laïcs, dont le président Moncef Marzouki, est maintenant en proie à une crise interne avec la menace du numéro 2 du parti islamiste, le premier ministre Jebali, de démissionner si Ennahda fait avorter son projet de gouvernement apolitique en refusant de renoncer à ces ministères clés.

Les divisions au sein du parti islamste au pouvoir opposent les modérés dont partie le premier minsitre tunisien, et une frange radicale rangée derrière le chef Rached Ghannouchi.

Hamadi Jebali estime aussi ne pas avoir besoin de demander la confiance de l’Assemblée nationale constituante (ANC) où Ennahda dispose de 89 des 217 sièges, pour mener son projet à terme et souligne que son initiative vise à empêcher que le pays « bascule dans le chaos et l’irrationnel ».

Alors que les manifestants pro-islamistes scandent des slogans anti-français dans les rues de Tunis, lempremier minsitre tunisien a aussi ajouté, sur l’antenne de France 24 « On a plus que jamais besoin de notre ami la France et tous les autres pays européen durant cette période de crise ».


Hamadi Jebali s’est montré ferme dans son projet de remanier le gouvernement(source: TV5Monde)

Plus de 3 000 manifestants scandaient ce samedi 9 février des slogans pro-islamistes et anti-français dans le centre de Tunis lors d’un rassemblement à l’appel du parti islamiste au pouvoir Ennahda, rapporte l’AFP.

Hier, alors que le corps de Chokri Belaïd, le leader de l’opposition laïque assassiné, était mis en terre à 16h, heure de Tunis, les manifestations se déchaînaient contre le pouvoir islamiste, la plus puissante centrale syndicale, l’UGTT, lançait une grève générale et le premier ministre Jebali, islamiste modéré désavoué par son propre parti, maintenait son projet de gouvernement apolitique.

Aujourd’hui, plusieurs autres milliers de manifestants, islamistes cette fois, défilaient sur l’avenue Habib Bourguiba, axe névralgique du centre de la capitale tunisienne où se trouve aussi l’ambassade de France.

La manifestation visait notamment à condamner “l’ingérence française”, à la suite de propos du ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls. qui a dénoncé cette semaine un “fascisme islamiste” après l’assassinat mercredi du leader de l’opposition Chokri Belaïd. Les proches du leader assasiné tiennent le parti islamiste Ennahda pour politiquement responsable de sa mort.

Le ministre français avait appelé à soutenir les démocrates tunisiens qui avaient fait la révolution et à lutter contre l’obscurantisme, ne cahant pas ses préférences pour les forces laïques en Tunisie.

Les militants pro-islamistes tunisiens descendus dans la rue ce samedi brandissaient des pancartes en français: “France ça suffit! La Tunisie ne sera plus jamais une terre de colonisation”, et criaient “France dégage” et “Le peuple veut protéger la légitimité” [du pouvoir en place].

Des militants salafistes, courant islamiste plus radical encore qu’Ennahda, se trouvaient aussi dans la foule des manifestants, brandissant leurs bannières noires et des slogans appelant à l’unité des différents courants islamistes.

La manifestation à l’appel des jeunesses d’Ennahda a débuté un peu avant 14h00, heure locale, avec pour mots d’ordre “la défense de la légitimité de l’Assemblée nationale constituante” (ANC) et la lutte “contre la violence” politique et “l’ingérence française”.

La référence à l’ANC visait, elle, le premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, islamiste modéré issu lui-même d’Ennahda, qui a déclaré vendredi 8 janvier, maintenir “décision de former un gouvernement de technocrates” apolitique pour gérer les affaires courantes, si besoin sans “l’aval de l’Assemblée nationale constituante”, jusqu’aux prochaines élections.

En conflit avec son propre parti, le premier ministre Jebali, pourtant numéro 2 d’Ennahada, a dit aux médias tunisiens être prêt à démissionner s’il échouait à former ce gouvernement apolitique avant le milieu de la semaine prochaine. «Je présenterai l’équipe au plus tard au milieu de la semaine prochaine. Si elle est acceptée, je continuerai à assumer mes fonctions de chef du gouvernement, à défaut, je demanderai au président de la république de chercher un autre candidat pour composer un nouveau gouvernement», a-t-il déclaré.

Hamadi Jebali, estime que les islamistes aux ministères « clés » doivent quitter le gouvernement.


Tunisie : Manifestation des islamistes (source: TV5Monde)

À lire aussi:

Tunisie: grève générale, incertitude et parfum de révolution >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.