Tunisie: une coalition plus divisée que jamais

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De gauche á droite: Rached Ghannouchi, Hamadi Jebali, Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar (source; Ennahda)
De gauche à droite: Rached Ghannouchi, chef du parti Ennahda, Hamadi Jebali, premier ministre, membre d’Ennahda, Moncef Marzouki, président de la République tunisienne, membre du CPR, et Mustapha Ben Jaafar, président de l’ANC et chef du parti Ettakatol (Photo: Ennahda)

L’instabilité règne en Tunisie. Douze jours après l’assassinat devant son domicile du leader de l’opposition, Chokri Belaïd, la coalition au pouvoir ne cesse de se diviser. Si le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, prône pour la constitution d’un gouvernement apolitique, son propre parti Ennahda y est totalement opposé.

«L’initiative d’un gouvernement de technocrates ne répond pas aux besoins de la période actuelle». Dans un communiqué, le conseil consultatif du parti islamiste Ennahda est explicite. Pas question de céder aux propositions de Hamadi Jebali.

Peu de temps après l’assassinat de l’opposant au pouvoir, Chokri Belaïd, le 6 février dernier, le premier ministre tunisien avait proposé de former un gouvernement de technocrates afin de résoudre la crise politique et sociale que traverse le pays.

Ennahda mise sur «la légitimité des élections du 23 octobre 2011»

Si l’opposition et la société civile semblent avoir accueilli favorablement cette proposition, le numéro deux du parti Ennahda ne recueille pas l’unanimité en son propre sein. Pour le chef du parti, Rached Ghannouchi, l’heure n’est pas à une refonte du gouvernement mené par Ennahda, comme il l’a annoncé, ce samedi, lors d’un rassemblement à Tunis.

«Hamadi Jebali ne va pas démissionner. Il restera chef du gouvernement et secrétaire général du parti», a néanmoins assuré Rached Ghannouchi sur les ondes de Shems-FM. Mais Ennahda ne compte pas laisser place à des technocrates pour mener la barque du pays.

«Nous restons attachés à la formation d’un gouvernement politique et de coalition qui tire sa légitimité des élections du 23 octobre 2011 et qui serait ouvert à des compétences nationales engagées à réaliser les objectifs de la révolution», martèle le communiqué du conseil consultatif.

M. Jebali a pourtant répété son intention de démissionner en cas de rejet du nouveau gouvernement apolitique. Il a, par ailleurs, convoqué, ce lundi, les dirigeants de partis politiques à partir de 16h, heure locale (10h, Montréal).

Le parti du président Marzouki en net désaccord

Dans le même temps, cette coalition au pouvoir ne cesse de se fissurer. Pour preuve, le parti du président tunisien, Moncef Marzouki, apparait divisé. Deux députés du Congrès pour la République (CPR), Lazhar Chemli et Souhir Dardouri, ont ainsi présenté leur démission pour protester contre les divisions internes du parti.

«Le CPR compose avec une certaine diversité d’idéologies, ce qui est devenu une source de différends au lieu de richesse au sein du CPR», a indiqué Lazhar Chemli, ce lundi, au journal tunisien La Presse.

Il a également précisé que sa décision provient, selon lui, du non-respect des décisions du conseil national par le bureau politique du CPR, notamment concernant le retrait des ministres du parti de l’actuel gouvernement.

Par ailleurs, plusieurs médias tunisiens, citant des «sources bien informées», assurent que le secrétaire général du CPR, Mohamed Abbou va présenter lui-aussi sa démission afin de monter une nouvelle formation politique dissidente.

La Presse assure même que sa décision serait déjà officialisée, M. Abbou ayant envoyé, ce dimanche, une lettre aux leaders de son parti pour les en informer.

Le CPR a déjà été miné par des divergences internes puisqu’en mai 2012, la majorité de ses députés ont rejoint un nouveau parti, Wafa, pour clamer leur désaccord. Ce serait avec l’appui de ce parti que Mohamed Abbou souhaiterait bâtir sa nouvelle organisation politique en compagnie de ses députés démissionnaires.

L’indécision du parti laïc d’Ettakatol

De son côté, le troisième parti membre de la coalition gouvernementale, Ettakatol, peine à se positionner dans cette crise politique tunisienne. D’abord séduit par la proposition du premier ministre Jebali, le parti laïc de centre gauche semble finalement se résoudre à soutenir la position des islamistes d’Ennahda.

«Nous pensons que la proposition est bonne», a ainsi déclaré Mustapha Ben Jaafar, chef du parti et président de l’Assemblée nationale constituante, sur les ondes de la radio Mosaïque. «Mais après des discussions avec les partis, on a compris qu’elle ne fait pas l’unanimité et la situation nécessite d’élargir le soutien au gouvernement et un large consensus entre les protagonistes politiques».

Un consensus qui peine à voir le jour en Tunisie. Plus de deux ans après la chute de Ben Ali sous les révoltes populaires, le pays poursuit tant bien que mal sa transition politique et sociale. Mais pour l’heure, les désaccords incessants minent l’avancée démocratique pendant que la nouvelle constitution attend toujours son heure.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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