Un monde sans guerre?

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Les données sont là. Les rapports du Human Security Centre de Vancouver et les statistiques du Uppsala Conflit Data Programme en Suède l’affirment sans détour : il y a eu, au cours des vingt dernières années, moins de guerres, moins de génocides et moins de morts. Depuis la fin de la guerre froide, les conflits armés majeurs ont chuté de plus de la moitié, et avec les conflits armés mineurs l’ensemble des conflits a diminué de 40 % entre  1991 et 2011. Paradoxalement, le risque moyen pour un habitant de la planète d’être victime d’une guerre est au début de la décennie 2000 d’environ 0,4% alors que les maladies et les pandémies (91%), ou les accidents de voiture (2%) font chaque année beaucoup plus de morts que les guerres.

Pour autant, ces statistiques ignorent le fait qu’un conflit qui se termine n’est pas nécessairement un conflit résolu. La plupart des guerres semblent ne s’achever que lorsqu’une des parties est éliminée ou encore capitule (par exemple au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge, en Colombie ou au Sri Lanka). Les obstacles à la résolution des conflits intra-étatiques sont encore plus sérieux qu’en contexte interétatique, ce qui explique pourquoi les négociations pour la paix échouent souvent. Historiquement, le pourcentage de guerres qui prennent fin par des victoires militaires l’emporte largement sur celles qui se terminent par des accords négociés – et ne reprennent pas.

Mais là encore, s’arrêter sur ce constat omettrait le fait que, depuis 2000, les négociations de paix permettent de mettre un terme définitif à la plupart des conflits. De fait, les études montrent que le déploiement des casques bleus réduit considérablement – de moitié – le risque de récurrence des conflits: le maintien de la paix réduit les incertitudes, rassure les parties adverses et, surtout, prévient les nouvelles escalades de la violence – comme en attestent des pays pacifiés comme la Namibie, le Nicaragua, l’Angola, le Cambodge, le Salvador, le Mozambique, le Liberia, le Rwanda, la Bosnie, la Croatie, le Guatemala, le Timor oriental, le Kosovo ou encore la Sierra Leone.

Mais un certain nombre de conflits, dits mineurs (selon la terminologie statistique communément acceptée) passe sous le radar de la communauté internationale, comme en Colombie, aux Philippines, au Myanmar, en Thaïlande, en Palestine, au Kurdistan, au Yémen, au Mali. Ceux-ci n’entrent donc pas dans Les soldats de la paix sont plutôt réquisitionnés prioritairement dans les conflits armés majeurs, comme par exemple en Somalie, au Soudan ou au Congo, demain au Mali (mais hélas pas en Syrie). Il est donc difficile de mesurer exactement le succès des missions de paix. D’autant que plusieurs critères peuvent jouer : le contexte d’intervention, la rapidité du déploiement des forces, le niveau de leurs effectifs, leur financement, leur capacité d’adaptation sur le terrain, leur interaction avec la population ; leur coordination opérationnelle, leur contribution dans la résolution du conflit et l’appui résolu du conseil de sécurité de l’ONU. Pour autant, les missions de paix expliquent en grande partie pourquoi la violence armée décline depuis la fin de la guerre froide.

Charles-Philippe David est le titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal. Il se spécialise en Études stratégiques et de sécurité, Politique étrangère des États-Unis et Conflits armés et missions de paix.

DiscussionUn commentaire

  1. Jean Rouleau

    Bizarre mais ont pourrait m'expliquer que l'Armements de tous ces pays a surement augmenté malgré les conclusions de l'auteur ci-haut, Il y a plus d'achats d'armements des 10 dernières années.