Afghanistan: une guerre «sans but et déraisonnable» pour Kaboul

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Le président Karzai accuse les États-Unis d'être de mèche avec les talibans (Photo: Archives/Pete Souza/White House)
Le président Karzai accuse les États-Unis d’être de mèche avec les talibans (Photo: Archives/Pete Souza/White House)

Les tensions diplomatiques restent vives en Afghanistan. Alors que les dernières troupes de l’OTAN quitteront le pays à la fin 2014, le gouvernement afghan s’insurge de la continuité de la guerre sur son territoire, comme l’a répété, ce mardi, le porte-parole du président Hamid Karzaï.

Considérant cette guerre comme «sans but et déraisonnable», Aimal Faizi a souhaité traduire le sentiment actuel d’un peuple afghan meurtri par plus de dix ans de conflit au sein de ses frontières. «Pourquoi, après une décennie, cette guerre a-t-elle échoué à atteindre ses objectifs, alors qu’elle a abouti à la perte de milliers de vies innocentes et à la destruction de leurs maisons?», s’est ainsi interrogé, ce mardi, le porte-parole du président afghan, Hamid Karzaï.

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«Le peuple afghan demande au secrétaire général de l’OTAN [Anders Fogh Rasmussen, ndlr], alors qu’il est clairement connu que les sanctuaires terroristes se trouvent hors d’Afghanistan, pourquoi cette guerre se poursuit-elle dans les maisons et les villages», a-t-il ajouté.

Karzaï accuse les États-Unis de négocier avec les talibans

Des déclarations qui interviennent alors que les relations se durcissent entre les autorités afghanes et les dirigeants de l’OTAN, responsable de la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) déployée en Afghanistan. Le 10 mars dernier, le président afghan avait affirmé que les États-Unis discutaient «tous les jours» avec les talibans. Une information démentie par leur porte-parole alors que le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, n’a pas souhaité commenté la situation.

Jugeant que les attentats revendiqués par les talibans soutenaient la «rhétorique» américaine pour justifier le maintien de bases militaires en Afghanistan après le retrait des forces de l’OTAN, Hamid Karzaï a jeté un nouveau froid dans les relations américano-afghanes.

Ce lundi, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a jugé «absolument ridicule» les accusations du président afghan. «Je rejette l’idée formulée publiquement par le président Karzaï que d’une façon ou d’une autre il y aurait une soi-disant collusion entre l’OTAN, la FIAS, les États-Unis et les talibans», a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse mensuelle à Bruxelles.

Il a également ajouté que l’OTAN respecte «pleinement la souveraineté de l’Afghanistan. Mais nous nous attendrions aussi à ce que la partie afghane reconnaisse que nous avons concrètement investi beaucoup de sang et de fonds pour aider le pays du président Karzaï à avancer».

Le Danemark retire la moitié de ses troupes

De son côté, le Danemark a d’ores et déjà décidé de retirer 600 de ses combattants en Afghanistan dès le mois d’août prochain. C’est en tout cas ce qu’a avancé, ce mardi, la presse danoise, précisant que Copenhague prendrait ainsi un an d’avance sur le programme de retrait initialement prévu.

Une information, par la suite, confirmée par le chef du gouvernement danois, Helle Thorning-Schmidt. Cette dernière a annoncé que le Danemark allait retirer d’Afghanistan près de la moitié de ses combattants à partir du mois d’août, suite au non-renouvellement du mandat du contingent d’infanterie danois déployé dans le pays.

«L’évaluation de la Défense danoise et britannique est qu’il n’y a pas besoin d’envoyer une nouvelle unité quand le régiment d’infanterie reviendra à la maison en août de cette année. Donc la seule unité combattante en Afghanistan sera nos blindés, qui resteront», a déclaré Mme Thorning-Schmidt.

Si le Danemark n’a pas encore établi le calendrier définitif du retrait de ses troupes, celui-ci devrait se terminer à la fin 2014, comme le reste des forces de l’ISAF déployées en Afghanistan. En attendant, la transition militaire s’avère délicate face aux tensions présentes entre les autorités afghanes, américaines et les dirigeants de l’OTAN.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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