Centrafrique: la Séléka va reprendre les armes

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Suite à la fin de l'ultimatum lancé au régime du président Bozizé, les rebelles de la Séléka sont prêts à reprendre les armes (Photo: Archives/Youtube)
Suite à la fin de l’ultimatum lancé au régime du président Bozizé, les rebelles de la Séléka sont prêts à reprendre les armes (Photo: Archives/Youtube)

Retenant depuis trois jours cinq de leurs ministres dans la localité de Sibut, les rebelles de la Séléka ont décidé de reprendre les armes, ce mercredi, suite à la fin de leur ultimatum lancé au régime du président centrafricain, François Bozizé.

Mise à jour du 20/03/2013 à 16h10

Le président Bozizé a tenté de calmer les tensions avec les rebelles de la Séléka en promulguant, ce mercredi, deux nouveaux décrets allant dans le sens des revendications des insurgés. Le premier décret indique que toutes les barrières érigées à travers le pays lors de l’instauration du couvre-feu sont désormais levées. Pour le second, il prévoit la libération des personnes arrêtées, détenues ou condamnées depuis le 15 mars 2012, y compris les prisonniers politiques et de guerre.

Des mesures qui ne suffisent pas, selon le colonel Djouma Narkoyo, un des chefs militaires de la Séléka. Cité par l’AFP, il a néanmoins évoqué la possibilité de laisser un délai au président Bozizé pour appliquer les revendications des rebelles, rappelant notamment qu’avec ces deux décrets, le chef d’État centrafricain n’a pas évoqué le recrutement des troupes de la Séléka dans l’armée centrafricaine, ni du départ des troupes sud-africaines et ougandaises.

Le colonel Djouma Narkoyo a été très clair. Pour ce chef militaire de la coalition de la Séléka, l’ultimatum lancé il y a trois jours arrive à expiration. Sans avancée des négociations de la part du régime, les rebelles vont donc reprendre les armes, comme il l’a assuré à l’AFP.

S’il a précisé que de nouvelles attaques imminentes n’étaient pas forcément prévues, il a également ajouté que la stratégie de la Séléka est en cours d’élaboration pour mettre à exécution les menaces proférées, ce dimanche.

Profitant d’un déplacement d’une délégation internationale dans la localité de Sibut, à 160km au nord de la capitale centrafricaine, Bangui, les rebelles avaient alors décidé de retenir cinq de leurs ministres présents dans le cortège, parmi lesquels Michel Djotodia, pourtant l’une des figures de proue de la rébellion et actuel vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale.

Pour l’un des chefs militaires de la Séléka, le colonel Michel Narkoyo, «ce n’est pas ce que l’on souhaite mais si nous n’avons d’autre choix, alors nous reprendrons les armes», comme il l’a affirmé ce mardi. Dans un entretien accordé à l’agence de presse Chine Nouvelle, il a également témoigné sa préoccupation vis-à-vis des agissements du régime actuel.

«Bozizé [Le président centrafricain, ndlr] a envoyé deux porte-chars à Damara. Nous aussi, on prend nos dispositions, on se prépare. D’après notre vision, lui-même n’est pas prêt pour la paix», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’il ne pouvait pas libérer les otages. «Si on le fait, ils vont rejoindre ceux qui sont à «Guantanamo» [la prison gouvernementale, ndlr], à Bassangoa. Ils sont toujours à Sibut avec nos éléments. S’il n’y a pas une solution, il y a un grand risque de recours aux armes», a-t-il conclu.

La Séléka attend un geste du régime du président Bozizé

Car parmi les revendications récurrentes des rebelles de la Séléka, figure la libération des prisonniers politiques, actuellement détenus dans le pays. Des revendications qu’ils ont pu rappeler, ce dimanche, à Sibut, après avoir décidé de retenir cinq ministres du gouvernement d’union nationale, issus de leur coalition.

Ils demandent également le retrait des troupes sud-africaines du territoire centrafricain, sous peine de poursuivre leurs hostilités au cœur du pays. Si les accords de Libreville, signés le 11 janvier dernier, avait débouché sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, incluant des membres de la Séléka, cette dernière considère que leur représentativité est encore trop faible.

Interrogé par RFI, l’un des porte-parole de la rébellion, le colonel Bordas, a assuré qu’aucun contact n’a pour l’heure été établi avec le régime du président Bozizé. «On attend, on attend, on ne nous a pas contactés. C’est au président, François Bozizé, de prendre l’initiative et de donner une réponse à nos revendications», a-t-il déclaré.

Une vision que ne partage absolument pas la médiation internationale, représenté par le président congolais, Denis Sassou Nguesso. Assurant que «les rebelles de la Séléka ne répondent pas aux coups de fil que nous leur avons donné», le général Noël Léonard Essongo, Haut représentant du médiateur, a également ajouté que le président Nguesso «demande que la Séléka ne puisse pas entreprendre quoi que ce soit pouvant compromettre les accords de Libreville».

La séquestration «crée un problème de plus à régler»

De son côté, la présidence centrafricaine assure prôner «le dialogue et la paix». Ce mardi, le ministre de l’Equipement et porte-parole du gouvernement, Crépin Mboli Goumba, a évoqué les revendications des insurgés, assurant les examiner «à la lumière de l’accord de Libreville du 11 janvier». Mais selon lui, la séquestration « crée un problème de plus à régler. Il y a eu cinq signataires de l’accord de Libreville, l’une des parties ne siège pas. Ce sont des frères que nous avons en face de nous. J’espère qu’ils ont eux aussi le souci d’épargner à notre peuple des épreuves supplémentaires».

En pleine impasse diplomatique, cette situation inquiète jusqu’aux États-Unis. La porte-parole du département d’État américain, Victoria Nuland, a ainsi tenu à témoigner sa préoccupation à l’égard «de la dégradation continue de la sécurité en République centrafricaine».

«Nous appelons le président Bozizé et les dirigeants de l’alliance de la Séléka à mettre fin immédiatement aux hostilités et à appliquer l’accord de Libreville», a-t-elle déclaré, ajoutant que «le gouvernement d’union nationale est l’unique entité représentative, qui a fait l’objet d’un accord entre toutes les parties à Libreville et qui est à même de diriger le pays dans cette période critique de transition».

Mais face aux divergences récurrentes et à l’absence de dialogue constructif entre les deux parties, ce gouvernement d’union nationale apparaît bien fragile quant au respect des accords de paix. Alors que chacun campe sur ses positions et ses revendications, les prochaines hostilités pourraient bien semer un peu plus le trouble dans un pays déjà meurtri.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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