Centrafrique: les rebelles de la Séléka approchent de Bangui

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Suite à la fin de l'ultimatum lancé au régime du président Bozizé, les rebelles de la Séléka ont décidé de reprendre les armes à Damara et Bossangoa (Photo: Archives/Youtube)
Suite à la fin de l’ultimatum lancé au régime du président Bozizé, les rebelles de la Séléka ont décidé de reprendre les armes à Damara et Bossangoa (Photo: Archives/Youtube)

L’instabilité règne en Centrafrique. Alors que des combats entre les rebelles de la Séléka et les forces centrafricaines ont éclaté à Bossangoa, dans le nord-ouest du pays, les insurgés semblent se rapprocher de Bangui après avoir franchi le dernier verrou militaire sur la route menant à la capitale.

Ils l’avaient annoncé, ils l’ont fait. Les rebelles de la Séléka ont bel et bien repris les armes. Non contents des deux décrets mis en place, ce mercredi, par le président centrafricain, François Bozizé, les insurgés ont mené, vendredi, de nouvelles attaques dans le pays.

Au cours de la journée, ils ont ainsi pénétré dans la localité de Damara, située 75 kilomètres au nord de Bangui, considérée comme le dernier verrou avant la capitale. Depuis, la confusion règne au sujet du déroulé des évènements. À en croire les rebelles, ils auraient réussi à prendre le contrôle du barrage dressé à Damara et seraient désormais en route vers Bangui.

D’après le colonel Christian Djouma Narkoyo, membre de la Séléka, ses hommes ont «récupéré la ville de Damara ce [vendredi]matin». Il a également ajouté que des rebelles étaient alors «dans la ville de Damara» et qu’ils étaient en train de «voir comment progresser sur Bangui».

Mais du côté du gouvernement centrafricain, la situation n’est pas vue du même œil. D’après le porte-parole de la présidence centrafricaine, Gaston Mackouzangba, «l’offensive a été repoussée, me semble-t-il. Autour de Damara, la situation me paraît sous contrôle». Il a également assuré que «ce n’est pas la fin des haricots, comme l’a annoncé la coalition Séléka elle-même», tout en dénonçant «de la désinformation et de l’intoxication».

La panique se répand à Bangui

Selon une source de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC), les rebelles ont d’abord réussi à franchir le barrage de la force régionale. Une force composée de troupes tchadiennes, gabonaises, camerounaises et congolaises (Brazzaville). Puis les insurgés se sont ensuite heurtés à une poche de résistance des FACA, les Forces armées centrafricaines, alors soutenues par un hélicoptère MI-24. «Il y a eu des tirs sans faire de blessés, les rebelles ont forcé le barrage de Damara et sont passés», a expliqué cette source. Avant d’ajouter qu’«ils sont sur la route de Bangui. Nous sommes en alerte maximum».

Une alerte qui a vite gagné la capitale centrafricaine. Les bureaux administratifs et les écoles ont été fermés alors que la panique s’est rapidement répandue au sein de la ville. «Tout le monde rentre chez soi. Les élèves ont été libérés des cours, on va attendre. On est inquiets», a témoigné une commerçante. Joint par RFI, un habitant du centre-ville a assuré qu’«au niveau de Bangui c’est la psychose», précisant que les populations affluent «en provenance de PK12 [le point kilométrique 12, ndlr], parce que c’est là que les rebelles vont arriver».

Véritable porte d’entrée de la ville, ce point kilométrique est, pour l’heure, tenu par les forces sud-africaines. Présentes suite à l’appel du président Bozizé dans le cadre d’un accord de défense, ces troupes bien équipées pourraient ainsi freiner l’avancée des rebelles. De quoi laisser craindre de nouveaux accrochages à venir.

Bossangoa, théâtre d’une attaque de la Séléka

Carte de la République centrafricaine (Source: DialogueNational)
Carte de la République centrafricaine (Source: DialogueNational)

Des accrochages, il y en a également eu du côté de Bossangoa. Située à 250 kilomètres au nord de Bangui, cette localité a été le théâtre d’une offensive rebelle dans la matinée. L’un des porte-paroles du Séléka, Eric Massi,  a assuré qu’il n’y a eu que «très peu de combats puisque les Forces armées centrafricaines (FACA) étaient déjà parties». «La prise de la ville n’a pris que quinze minutes, et nous sommes actuellement en train de la sécuriser», a-t-il ajouté.

De son côté, une source militaire centrafricaine s’exprimant sous couvert de l’anonymat a évoqué les difficultés de liaison avec la ville. «Une attaque de la rébellion contre la ville de Bossangoa est en cours, il est difficile de savoir ce qui se passe exactement parce que les liaisons téléphoniques viennent d’être coupées», a-t-elle déclaré.

D’après un habitant de Bozoum, joint par RFI dans l’après-midi, des dizaines de civils se sont réfugiés depuis le matin dans cette localité, située à environ 120 kilomètres à l’ouest de Bossangoa, afin de fuir l’entrée des rebelles de la Séléka dans Bossangoa.

Le président Bozizé de retour d’Afrique du Sud

En attendant, le chef d’État centrafricain serait revenu d’un voyage éclair en Afrique du Sud, à en croire une source proche du gouvernement. Après avoir demandé le soutien du président Zuma, François Bozizé se serait également rendu en Angola. «Il est invisible mais il suit la situation», a ainsi confié son porte-parole.

De son côté, le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir ce vendredi soir, à 17h, pour faire le point sur la situation en Centrafrique. Selon Anton Uspensky, porte-parole de la Russie à l’ONU, assurant actuellement la présidence tournante du Conseil de sécurité, il s’agit de «simples consultations, pas d’une réunion d’urgence».

Pour l’heure, la panique se répand au rythme de l’avancée des rebelles. Mais ceux-ci ont appelé les populations civiles et militaires au calme en attendant l’arrivée des troupes de la Séléka à Bangui, afin d’éviter tout combat inutile, comme l’a confié Éric Massi à l’AFP.

Réclamant l’application d’accords de paix antérieurs, la coalition rebelle avait pris les armes à partir du 10 décembre dernier, avant d’accepter, le 11 janvier, de signer les accords de Libreville, qui ont abouti à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Mais malgré cela, les insurgés n’ont pas vu leurs revendications prendre effet dans les semaines suivantes. Ce qui les a amenés à retenir cinq de leurs ministres dans la localité de Sibut, depuis le 17 mars dernier, et à imposer un ultimatum au président Bozizé.

Ce dernier a tenté de calmer les tensions en promulguant, ce mercredi, deux nouveaux décrets, l’un d’eux prévoyant la libération des personnes arrêtées, détenues ou condamnées depuis le 15 mars 2012, y compris les prisonniers politiques et de guerre.

Des mesures jugées insuffisantes, d’après le colonel Djouma Narkoyo, un des chefs militaires de la Séléka. Il continue notamment de réclamer l’intégration des rebelles au sein des forces centrafricaines ainsi que le départ des troupes sud-africaines et ougandaises.

Face à l’impasse diplomatique régnant dans le pays, Fulgence Zeneth, membre du groupe de travail de la société civile sur les accords de Libreville, a appelé, pour sa part, les différents acteurs du conflit à rétablir un dialogue concret. «L’urgence voudrait que tous les signataires de Libreville se retrouvent et qu’on commence à poser des actes concrets», a-t-il conclu.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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