Centrafrique: les rebelles de la Séléka retiennent cinq de leurs ministres

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Le président de la République Centrafricaine (à gauche sur la photo), à Bruxelles en 2007 (Photo: CAR Development Partner Round Table)
Le président de la République Centrafricaine, François Bozizé, doit faire face aux revendications des rebelles armés de la Séléka (Photo: Archvies/CAR Development Partner Round Table)

Les rebelles de la Séléka poursuivent leurs coups de force à l’égard du gouvernement actuel. Depuis dimanche, ils retiennent cinq ministres issus de leur mouvement afin de faire valoir leurs revendications, plus de deux mois après la signature des accords de Libreville.

Le scénario est cocasse mais bien réel. Alors qu’une délégation gouvernementale et plusieurs représentants de la communauté internationale se sont rendus, ce dimanche, dans la localité de Sibut, la Séléka a décidé de retenir les cinq ministres présents dans ce cortège. Or, ces cinq ministres ne sont autres que des membres du mouvement rebelle, comme le révèle RFI.

Après avoir renvoyé les autres membres de la délégation à Bangui, la capitale centrafricaine, les insurgés ont annoncé un ultimatum à destination du gouvernement en place. Si le régime du président Bozizé n’infléchit pas sa position sur différents dossiers sensibles dans les 72 heures, les insurgés promettent de reprendre les armes.

Parmi ces revendications, figurent encore et toujours la libération des prisonniers politiques, le départ des troupes sud-africaines mais aussi l’intégration des soldats de la Séléka au sein des Forces armées centrafricaines (FACA).

Les rebelles ont pris le contrôle de Gambo, Bangassou et Rafaï en quelques jours

Un peu plus de trois mois après le début de la rébellion armée face aux forces du président Bozizé, la Séléka continue ainsi son action à travers le pays. Quelques jours après avoir repris les armes, en décembre dernier, leur avancée aux abords de Bangui avait contraint le pouvoir actuel à concéder une part de sa gestion du pays.

À l’issue des accords de Libreville, signés en janvier dernier, la Séléka avait alors accepté de faire partie du gouvernement d’union nationale afin de résoudre les différends qui pourrissent les relations entre les proches du président Bozizé et les rebelles.

Mais si la rencontre de Libreville prévoyait un cantonnement des forces de la Séléka, de nombreux éléments rebelles y sont restés récalcitrants. Ils ont ainsi poursuivi leurs avancées dans le pays en prenant le contrôle de plusieurs villes centrafricaines.

Une situation que regrette le gouvernement actuel. Dans une entrevue accordée à RFI, la semaine dernière, son porte-parole, Crépin Mboli Goumba, jugeait « incompréhensible que ses éléments se livrent à ce genre d’attaque », leur demandant « de revenir à la raison, de laisser leurs représentants légitimes, qui travaillent déjà d’arrache-pied avec le gouvernement ».

La fureur de la médiation internationale

Alors que le médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale était présent parmi les représentants de la communauté internationale, ce dimanche, les tentatives de dialogue constructif restent pour l’heure infructueuses.

Si la dernière visite officielle, à Damara, il y a trois semaines, avait été tendue mais réglée sans violence, celle de dimanche a vu resurgir la colère des troupes de la Séléka. De quoi agacer la médiation internationale qui s’offusque également du manque de volonté commune des dirigeants des deux parties d’appliquer les accords signés en janvier dernier.

Dimanche, le nouveau coup de force de membres de la Séléka traduit leur impatience dans l’application de leurs revendications. Figure de proue de cette rébellion, Michel Djotodia est devenu, en janvier dernier, vice-premier ministre en charge de la Défense nationale. Mais, ce dimanche, il faisait partie du contingent gouvernemental et est donc actuellement retenu à Sibut. Preuve que la rébellion se divise entre les négociateurs et les contestataires.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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