Centrafrique: manifestation de soutien à la Séléka sur fonds de crise humanitaire

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 Des personnes déplacées en Republique centrafricaine. Elles seraient 173.000 dans le pays en mars 2013 (Photo: Laura Fultang, OCHA)

Des personnes déplacées en Republique centrafricaine. Elles seraient 173.000 dans le pays en mars 2013 (Photo: Laura Fultang, OCHA)

Une manifestation de soutien au nouveau pouvoir centrafricain était organisée samedi 30 mars à Bangui, sous le contrôle des rebelles de la Séléka depuis une semaine, alors que la situation sécuritaire et humanitaire reste préoccupante selon les observateurs internationaux.

Entre 2 000 et 3 000 personnes ont défilé jusqu‘à la place centrale de Bangui, où le président auto-proclamé Michel Djotodia et le Premier ministre Nicolas Tiangaye doivent s’adresser aux manifestants.

Des rafales étaient tirées en l’air et les manifestants scandaient «Qui fier comme Séléka», rapporte l’agence de presse française AFP, selon qui il y avaient des manifestants de toutes confessions religieuses, chrétiens et musulmans.

De confession musulmane, Michel Djotodia sans doute pour rassurer la population chrétienne, s’était prononcé pour un État laïc: «Je ne suis pas venu pour les musulmans, (…) je suis venu pour tout le monde», avait-il déclaré.

Après plusieurs jours de pillages, un calme relatif est revenu dans les rues du centre de la capitale, globalement sécurisé par les patrouilles mixtes des rebelles et des éléments de la force africaine régionale. Ce retour à la normale devrait être facilité par le week-end de Pâques.

Situation sécuritaire et humanitaire difficile

L’arrivée à Bangui de la Séléka le 24 mars dernier a aggravé une situation humanitaire déjà difficile en République centrafricaine, a indiqué jeudi 28 mars dans un communiqué le Bureau de la Coordination de l’aide humanitaire des Nations Unies, l’OCHA.

Joint à Bangui au téléphone jeudi matin, le coordonnateur par intérim de l’action humanitaire sur place, le Dr. Zakaria Maiga, avait confié au Centre d’actualités de l’ONU que la plus grande confusion régnait actuellement à Bangui: «Des pillages généralisés sont commis non seulement par des membres de la Séléka, mais aussi par d’anciens soldats de l’armée centrafricaine régulière et des civils en uniforme qui se font passer pour des militaires.»

«Maintenant qu’elle a pris le pouvoir, la Séléka a la responsabilité première de fournir des services de base à une population en détresse, mais leurs exactions ne font qu’aggraver la situation», avait alors déploré le docteur Maiga.

Depuis décembre 2012, 173.000 personnes environ ont été déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de 32.000 autres ont fui en République démocratique du Congo (RDC), au Cameroun et au Tchad.

«Il est temps pour la coalition de la Séléka de réellement démontrer son engagement en faveur des principes humanitaires et des droits des humains de tous les Centrafricains», a lancé pour sa part le directeur général du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) Manuel Fontaine.

Selon un responsable de la Croix-Rouge centrafricaine, Albert Yomba Eyamo, cité par l’AFP, 78 corps ont été «ramassés» dans les rues de Bangui depuis la prise de la capitale par la rébellion du Séléka.

De nombreux blessées ont été faits par les derniers combats à Bangui et évacués vers les hôpitaux les plus proches, qui peinent cependant à gérer ces arrivées massives, une prise en charge encore compliquée par les fréquentes coupures d’électricité et le manque d’articles et d’équipements médicaux, rapporte pour sa part l’ONU.

Par ailleurs, bien qu’aucune consigne d’évacuation n’ait été donnée par les autorités françaises, de nombreux ressortissants français auraient quitté le pays jeudi par un vol commercial d’Air France.

Dans l’attente d’un gouvernement civil

Nouveau président auto-proclamé du pays, Michel Djotodia, a déclaré qu’il comptait diriger la Centrafrique pendant «trois ans», jusqu‘à l’organisation d‘élections.

Annonçant la suspension de la Constitution et la dissolution de l’Assemblée nationale, il a précisé qu’il allait «légiférer par ordonnances».

Les Centrafricains sont par contre toujours sans gouvernement civil, une semaine après la fuite au Cameroun du président François Bozizé.

Reconduit mercredi par M. Djotodia, le Premier ministre Tiangaye, qui dirigeait le gouvernement d’union nationale depuis deux mois, doit former un gouvernement de transition où, a-t-il promis, a promis que toutes les tendances politiques seraient représentées.

Par ailleurs, un sommet extraordinaire de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) consacré à la Centrafrique se tiendra le 3 avril à N’Djaména, au Tchad.


À Bangui, les hôpitaux en crise (Vidéo: TV5 Monde)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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