Comme en Libye, l’OTAN pourrait intervenir en Syrie

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L'intervention militaire de l'OTAN en Libye en 2011 (Photo: Archives/MDN)
L’intervention militaire de l’OTAN en Libye en 2011 (Photo: Archives/MDN)

Le commandant suprême des forces de l’OTAN, le général américain James Stavridis, qui comparaissait mardi 19 mars devant la commission des Forces armées du Sénat américain, a affirmé que, bien que certains pays de l’Alliance atlantique puissent envisager individuellement une action militaire en Syrie, toute intervention de l’Alliance ne pourrait se faire que sur la base d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU, d’un soutien des pays de la région et d’un accord des 28 pays membres de l’Alliance atlantique.

C’est le président de la commission, le sénateur Carl Levin, qui a soulevé à cette occasion la question du rôle approprié de l’OTAN dans le conflit syrien à cette réunion. «Alors que la guerre civile en Syrie continue de faire rage , le président Assad et ses collaborateurs ont de plus en plus recours à l’utilisation de missiles SCUD et d’autres armes aveugles qui terrorisent les Syriens innocents et augmentent encore le flux de réfugiés de Syrie», a dit le sénateur Levin.

«L’ancien secrétaire[à la Défense] Panetta et moi avons discuté de la possibilité de plus d’options robustes pour le soutien militaire de l’opposition l’an dernier et il a accepté de porter cette question à l’attention de ses homologues à Bruxelles.[NDLR: à la dernière réunion des ministres de la Défense de l’OTAN]. Les décisions prises récemment par les Français et les Britanniques de fournir une assistance mortelle directement à l’opposition syrienne suggèrent que la position de l’OTAN est loin d’être unifiée. Amiral Stavridis, j’espère que vous allez fournir au comité un contexte de notre réflexion actuelle par rapport à celle de nos partenaires européens en ce qui concerne la Syrie, et les éventuels rôles supplémentaires pour l’Alliance au-delà du déploiement de batteries de Patriot.»

Ainsi interrogé par le président de la commission, l’amiral Stavridis a répondu par l’affrmative à la question de savoir si certains pays membres de l’OTAN envisageaient la possibilité d’éliminer les défenses anti-aériennes syriennes.

Mais, quant à l’OTAN elle-même, le général a déclaré que «l’Alliance a pris la décision qu’elle suivrait la même séquence que pour la Libye», en 2011, où l’Otan était intervenue sur la base d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU, avec un soutien des pays de la région et l’accord des 28 pays membres de l’Alliance atlantique. «Nous sommes prêts, si on nous le demande, à nous engager comme nous l’étions en Libye», a-t-il affirmé, précisant qu’à ce stade-ci, les actions des États membres étaient conduites non pas à l’échelle de l’Alliance atlantique mais sur une base nationale.

Donc, pour l’instant, la seule implication de l’Otan dans le conflit syrien, quoi qu’indirecte, est le déploiement des batteries de missiles Patriot le long de la frontière turque pour protéger l’espace aérien turc et protéger ce pays d’éventuels tirs de missile du régime syrien.

Assad a-t-il franchi la ligne rouge?

À cette réunion, le sénateur républicain Saxby Chambliss, membre de la commission des Forces armées, a pour sa part interrogé sur plusieurs autres sujets, notamment l’attaque de la mission diplomatique à Benghazi l’an dernier et l’avenir du Vénézuela, les responsables militaires qui comparaissaient devant la commission, l’amiral Stavridis et les généraux Jacoby (Northern Command et NORAD) et Kelly (Southern Command).

À cette occasion, la question de l’utilisation d’armes chimiques par le régime d’al-Assad a aussi été posée à l’amiral Stavridis, mais elle est resté sans réponse.


Commission des Forces armées du Sénat américain, 19 mars (Vidéo: sénateur Chambliss)

Difficile recherche de solutions au conflit 

«La situation en Syrie va de mal en pis: 70 000 morts, un million de réfugiés poussés hors du pays, probablement 2,5 millions d’autres déplacés à l’intérieur du pays, et pas de fin en vue à cette brutale guerre civile», a pourtant admis le chef des forces militaires de l’Otan dans son témoignage devant la commission, ne cachant pas qu’il était lui-même d’avis qu’aider la rébellion syrienne «aiderait à sortir de l’impasse et à mettre fin au régime d’al-Assad».

Par contre, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait pour sa part déclaré lundi 18 mars que l’Alliance atlantique ne voulait pas se mêler au débat sur la livraison d’armes à la rébellion syrienne.

La question sur la levée de l’embargo sur les armes, soulevée par la France et le Royaume-Uni, a déclaré le secrétaire général de l’Alliance atlantique, «ne concerne pas l’Otan» et «je n’ai pas l’intention de me mêler, de quelque façon que ce soit, aux discussions en cours au sein de l’Union européenne».

Par ailleurs, à trois jours de la date anniversaire du conflit, qui est entré dans sa troisième année le 15 mars, le président israélien, Shimon Peres, avait quant à lui appelé à une intervention de la Ligue arabe «pour arrêter le massacre».

«La Ligue arabe peut et doit former un gouvernement provisoire en Syrie pour arrêter le massacre et empêcher la Syrie de s’effondrer», a ainsi déclaré le chef d’État israélien, ajoutant que «les Nations unies doivent soutenir une force de casques bleus arabes», avait-il déclaré.

Le chef d’État israélien avait alors précisé qu’une intervention de la Ligue arabe est «la meilleure solution» face à son homologue syrien, Bachar al-Assad. «On ne peut rester les bras croisés alors que le président syrien massacre son propre peuple et ses enfants», avait-t-il assuré.

En revanche, il avait totalement rejeté l’idée d’une intervention de la part de la communauté internationale, estimant qu’elle «serait perçue comme une ingérence étrangère».

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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