Cyberguerre: quand le virtuel s’attaque au réel

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À l’aube du XXIème siècle, le phénomène cyber semble prendre une importance prépondérante dans la conception des enjeux à venir pour les acteurs mondiaux. Une évolution constante qui a amené l’Institut militaire de Québec (IMC) à organiser un colloque sur le thème de la cyberdéfense, ce jeudi, à l’université de Laval.

«En devenant de plus en plus intelligent, on devient de plus en plus vulnérable». Principal partenaire de la journée, Jean Asselin, directeur-affaires pour la société Tetra Tech Canada, plante le décor d’un sujet aussi passionnant qu’intriguant.

Tout au long de cette 4ème rencontre internationale Université – Défense de Québec, les intervenants et spectateurs ont pu échanger à propos de «La Cyberdéfense: un défi crucial, une prise en compte indispensable». Une thématique d’actualité sur laquelle militaires et universitaires ont partagé leur vision et leurs inquiétudes à cet égard.

Parmi les interrogations qu’elles soulèvent, les cybermenaces perturbent les organisations nationales et internationales. Hugo Loiseau, professeur adjoint à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, souligne notamment le flou régnant sur ce sujet. De son côté, Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie à l’École de service social de l’Université Laval, note que «l’escalade de violences intervient alors qu’il y a de gros problèmes d’attribution des attaques».

À tel point que le cyber est devenu une question épineuse pour le droit international, notamment en ce qui concerne le droit de la guerre. Peut-on préparer l’ensemble des citoyens à la sécurité ? Jusqu’à quand peut-on accepter d’être attaqué au sein de son cyberespace ? La coopération internationale est-elle viable ? Des interrogations persistantes qui mettent en lumière la difficile conception des cybermenaces dans un monde virtuel, plus ou moins détaché du concret.

Des industries paralysées, des individus touchés

Face à ces enjeux récents, se dressent également les perspectives stratégiques de chaque État. Une considération inévitable pour les différents analystes. S’il a évoqué la nécessaire «confiance» et la «solidarité» entre les pays membres, le Dr. Detlef Puhl, conseiller spécial en communication au sein de l’OTAN, a, par exemple, mentionné que «les moyens de l’OTAN sont ceux des nations».

Une vision partagée par le Capitaine de vaisseau Sébastien Gourtay, chargé de la cyberdéfense au sein du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE). Ce dernier a en effet tenu à rappeler que la vocation de l’Alliance n’est pas «cyberoffensive». «Si les nations mènent des actions offensives [sur le plan cybernétique, ndlr], libre à elles de le faire», a-t-il ajouté.

Mais la difficulté inhérente des cyberattaques est qu’elles se chargent d’affaiblir les individus autant que les infrastructures. Devant les menaces faites directement aux citoyens, les perspectives étatiques et intra-étatiques sont ainsi remises en cause. Une vision qu’a détaillée Hugo Loiseau, attestant de l’oubli récurrent du facteur humain dans la vision actuelle du cyber.

À différentes échelles, Internet peut ainsi perturber les comportements de chacun. Si certains ont d’ores et déjà pris en compte ces cybermenaces récentes mais récurrentes, d’autres regardent encore cela de loin. Pourtant, les dénis de service, l’hameçonnage ou d’autres techniques de piratage prennent une envergure impressionnante. Jusqu’à modifier les perspectives individuelles et nationales, mais aussi militaires.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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