Des milliers de familles sud-soudanaises sont bloquées à Khartoum

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En plus des problèmes de l’ensemble des réfugiés sud-soudanais, dont la situation reste précaire et préoccupante, des milliers de familles sud-soudanaises sont bloquées à Khartoum, la capitale du Soudan, où elles attendent l’occasion de rentrer chez eux, rappelle le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations-Unies.

L’insécurité et le manque de ressources ont entravé les efforts déployés par les organismes humanitaires pour les transporter en toute sécurité à leur lieu d’origine, précise l’organisme des Nations-Unies.

«Depuis l’indépendance du Sud-Soudan en 2011, des dizaines de personnes ont été rapatriés à partir du Soudan, mais beaucoup sont encore en attente, échoué aux nombreux points de départ», déclare le chef du Bureau au Soudan de l’OCHA, Mark Cutts, qui ajoute que «la communauté humanitaire a besoin d’un plus grand soutien à intensifier ses efforts pour aider ces gens retournent chez eux.»

Depuis l’Accord de paix global signé par le Soudan et le Soudan du Sud en 2005, quelque 2 millions de personnes sont retournées au Soudan du Sud, qui est devenu un pays indépendant en juillet 2011.

Au cours des dernières années, les organisations humanitaires telles que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont aidé de nombreuses familles retourner chez elles et leur ont fourni le soutien dont elles avaient besoin pour reconstruire leur vie dans le plus jeune pays du monde. Ces dernières années, cependant, les capacités des agences d’aide ont été taxées par l’émergence de nouvelles crises dans les deux pays, notamment dans les provinces de Jonglei et du Nil Bleu, au Soudan du Sud, où des millions de personnes ont été chassées de chez elles par les conflits .

Aujourd’hui, quelque 40 000 personnes sont bloquées à 40 points de départ différents à Khartoum, en attendant un camion, un bus ou une barge de les amener au Soudan du Sud. «Ces points sont en fait devenues des camps de réfugiés où les gens vivent dans la misère», souligne Mark Cutts.

Lors d’une visite récente par le personnel de l’OCHA à deux points de départ à Khartoum, beaucoup de gens ont dit qu’ils avaient vendu la plupart de leurs biens pour survivre, rapporte l’OCHA. Ils ont expliqué que le Gouvernement du Soudan du Sud les avait incités à se rendre aux points de départ, [d’où ils pourraient être ramenés au Soudan du Sud].

Cependant, le manque de financement pour le transport et la fermeture des routes au Soudan du Sud en raison de l’insécurité entravent le retour de ces familles à leur foyer. Les perspectives sont sombres, précise l’organisme des Nations-Unies, car les routes sont souvent impraticables en raison des inondations pendant la saison des pluies de juin à septembre et de nombreuses familles continuent d’attendre, vivant dans la pauvreté.

L’OCHA rapporte le témoignage de l’une de ces réfugiés, Katarina, qui vit au point de départ Soba-Kongor à Khartoum, «Ce dont nous avons besoin plus que tout le reste est de l’aide pour rentrer à la maison.Nous n’avons pas l’école pour nos enfants, nos maris ne sont pas autorisés à travailler et nous souffrons beaucoup du manque d’aide.»

«En fin de compte les gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud sont responsables du bien-être et le transport des [réfugiés coincés à Khartoum],» déclare pour sa part le chef de l’Organisation internationale pour les migrations au Soudan, Malke Dharmaratne. «Nous aiderons où et quand nous le pouvons, mais les mouvements organisés par route, rail et air doivent provenir des efforts concertés du gouvernement.

Au Soudan, l’OIM travaille actuellement avec l’Église africaine Inland africain pour aider au rapatriement de petits groupes de réfugiés dans les prochaines semaines mais les gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud doivent organiser et financer des opérations de plus grande envergure pour assurer la sécurité des rapatriés, a souligné l’agence intergouvernementale.

En avril dernier, un groupe de personnes sur le chemin de retour au Soudan du Sud ont été pris dans des tirs croisés lorsque un conflit a éclaté dans la région de Heglig, le long de la frontière entre les deux pays, souligne à son tour l’OCHA qui exhorte les gouvernements à établir et à respecter des couloirs de transport sécuritaire.

«Bien que nous apprécions les efforts du gouvernement du Soudan, les organisations internationales restent extrêmement préoccupés par la situation humanitaire des personnes vivant dans les points de départ», a déclaré quant à lui le Représentant adjoint de l’Agence pour les réfugiés des Nations unies au Soudan, François Reybet-Degat, soulignant l’urgence de la situation et la nécessité d’une solution:«Sans la reprise des mouvements de retour [vers le Soudan du Sud], le manque de perspectives pour la majorité de ceux qui veulent retourner chez eux en toute sécurité et dans la dignité est très troublant.»


Soudan du sud: les réfugiés dans la tourmente (Vidéo: Al-Qarra TV)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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