Deux ans de conflit en Syrie: un bain de sang jusqu’à quand?

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Alep. Septembre 2012. Au coin d'une rue, un obus explose alors que quatre hommes montent la garde. Trois d'entre eux y perdront la vie (Photo: Archives/Tracey Shelton)
Alep. Septembre 2012. Au coin d’une rue, un obus explose alors que quatre hommes montent la garde. Trois d’entre eux y perdront la vie (Photo: Archives/Tracey Shelton)

70 000 morts, plus d’un million de réfugiés et un pays dévasté. En deux ans de conflit, la Syrie a vécu un véritable cauchemar. À l’heure de fêter le deuxième anniversaire de la révolte populaire, les combats affluent, les obus pleuvent et les populations souffrent. En pleine impasse diplomatique, la crise dure, se développe, s’intensifie. Mais ne semble pas prête de finir.

D’une contestation pacifique à un bain de sang tragique. En mars 2011, le peuple syrien surfe sur la vague du Printemps arabe. À l’instar de ses voisins tunisien ou égyptien, le pays est progressivement envahi par un souffle d’indépendance. Profitant de l’aubaine tendue par les réseaux sociaux, les appels à manifester se multiplient.

LE CAUCHEMAR SYRIEN >>

Le 15 mars 2011, Deraa est le théâtre d’une première révolte. Une révolte qui se répètera de jour en jour. Des centaines, des milliers puis des dizaines de milliers de personnes se joindront aux opposants de la première heure. Une partie du peuple veut se faire entendre. Et ce n’est pas la libération de plusieurs prisonniers politiques qui adouciront les clameurs de la foule.

Gardant en tête le sort de ses homologues Ben Ali et Hosni Moubarak, Bachar al-Assad ne tourne pas le dos à ses compatriotes révoltés. Au contraire, il les affronte. Déployant ses forces armées dans les régions contestées, le président syrien débute alors un bain de sang interminable. Le monde fait ainsi connaissance avec la géographie du pays. Deraa, Homs puis Hama. Plusieurs villes sont assiégées par l’armée. Les atrocités se multiplient dans un pays qui se scinde distinctement entre les soutiens et les opposants au régime al-Assad.

Face à la répression sanglante, l’opposition tente de s’organiser. Après avoir fait défection, plusieurs militaires fondent l’Armée syrienne libre (ASL). Elle deviendra par la suite la principale organisation de l’insurrection dans le pays. Si l’origine du mouvement est militaire, les civils prennent progressivement les armes pour former la majorité des combattants rebelles.

Pendant des mois, les affrontements se multiplient. La terreur gagne le pays, chaque camp tentant de prendre ou reprendre des positions stratégiques. En marge des combats, les considérations politiques entrent en compte et la vision d’une Syrie post-Assad est d’ores et déjà appréhendée par l’opposition. Mais le chef d’État s’accroche. Une partie du peuple lui accorde sa pleine confiance dès les premières heures de la révolte de mars 2011, lui permettant ainsi de scander une pseudo-légitimité aux yeux de la planète.

Les civils syriens fuient la terreur

Vingt-quatre mois après les premiers cris d’un peuple meurtri, les rebelles ont avancé mais le régime n’a toujours pas cédé. Pour autant, la situation est devenue d’autant plus tragique que les populations civiles restent des cibles privilégiées lors des attaques quotidiennes respectives. S’appuyant sur un réseau de militants et de sources médicales, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé à Londres, recense, chaque jour, le bilan tragique des affrontements successifs.

À la mi-février, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a fait état d’un bilan dépassant les 70 000 victimes depuis le début de la rébellion. Le 6 mars dernier, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé que le cap du million de réfugiés avait été franchi. En Turquie, en Irak, au Liban ou encore en Jordanie, les destinations sont nombreuses. Un afflux permanent de populations qui alimente une crise humanitaire tragique.

Après de très longues semaines, de trop longs mois de combat, la situation inquiète autant qu’elle divise. Symbole de cette discorde chronique, l’opposition paraît elle-même extrêmement dispersée. Si le Conseil national syrien (CNS) semblait être l’organe de transition éventuelle pour le pays, il adhère depuis novembre dernier à la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution. Présidée par Mouaz Al-Khatib, elle reste, pour l’heure, la seule entité rebelle reconnue par l’opposition. Mais elle ne réunit pas la totalité des insurgés.

Si Bachar al-Assad jouit de l’appui de plusieurs milices plus ou moins organisées, la présence de djihadistes au sein même de la rébellion inquiète au plus haut point. Les islamistes radicaux composant le Front al-Nosra représentent ainsi une menace pour les populations. Récemment, les habitants de la localité de Mayadine l’ont bien compris, manifestant durant plusieurs jours pour protester contre l’imposition par les djihadistes de la loi islamique.

Quid de l’intervention internationale?

Mais cette division de l’insurrection interfère également sur les relations diplomatiques à l’égard du conflit syrien. Si tous les acteurs internationaux s’accordent à dire que le conflit est intolérable et qu’il est nécessaire d’y mettre fin, chacun a sa vision des choses. La Russie et l’Iran plaident pour une solution politique interne, tout en alimentant en armes le régime syrien. De leur côté, les alliés occidentaux demandent la chute de Bachar al-Assad, tentant ainsi de renforcer l’opposition. Mais si la France et la Grande-Bretagne semblent particulièrement déterminées à lever l’embargo sur les armes à destination des insurgés, cette décision n’est pas forcément partagée par l’ensemble de leurs homologues européens.

S’il n’était au début qu’un vaste mouvement de protestation pacifique dans la droite lignée du Printemps arabe, le conflit syrien s’est progressivement transformé en une guerre civile internationalisée. Son extension aux abords de ses frontières (Israël, Liban, Irak) laisse même craindre une nouvelle escalade de violences. En attendant, l’impasse diplomatique et militaire semble totale. Si chaque partie tente vainement d’ouvrir timidement un dialogue avec l’adversaire, les négociations n’avancent guère. Pire encore, elles laissent les populations livrées à leur sort de jour en jour. Une situation déplorable et tragique qui ne semble pas prendre fin de sitôt.

Si beaucoup assurent que la chute du président syrien n’est plus qu’une question de jours ou de semaines, d’autres s’inquiètent de la suite à donner aux évènements. Car qu’en sera-t-il lorsque ce jour tant attendu de la chute du chef de l’État interviendra ? Face à une opposition aux ambitions divergentes, comment le peuple syrien pourra-t-il appréhender son avenir ? Tant de questions qui restent actuellement sans réponse. Un silence qui contraste avec le bruit sourd des obus qui s’abattent au fil des jours sur un pays à feu et à sang.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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