En cette veille de Pâques, les chrétiens de Syrie pris entre le marteau et l’enclume

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Église orthodoxe armémienne de Saint Kevork, à Alep, après une attaque des insurgés (Photo: Opposition syrienne)
Église orthodoxe armémienne de Saint Kevork, à Alep, après une attaque des insurgés (Photo: Opposition syrienne)

En cette veille de Pâques, la situation des chrétiens en Syrie, qui se retrouvent pris entre les rebelles islamistes et les forces du régime syrien, est de plus en plus problématique et plusieurs choisissent de partir pour le Liban voisin, le Canada ou les États-Unis.

Mgr Antoine Audo, évêque syrien d’Alep, qui était à à Rome la semaine dernière en tant que responsable de Caritas-Syrie, pour une réunion des organismes régionaux de secours catholiques, a fait état de sa situation «douloureuse» de ne plus pouvoir être avec ses fidèles. L’évêque syrien a aussi à cette occasion évoqué l’inquiétude et la peur qui a contraint au départ de 20 000 à 30 000 chrétiens sur les 160 000 que comptait Alep au début du conflit.

Raids, mises à sac, enlèvement, attaques à la bombe…

L’an dernier, en août, l’archevêché gréco-catholique d’Alep, en Syrie, avait été été mis à sac au cours d’affrontements entre des miliciens et les troupes loyalistes. L’archevêché catholique maronite avait lui aussi été endommagé, ainsi que le musée chrétien byzantin Maarrat Nahman.

Au début de novembre, l’église évangélique historique d’Alep, sise dans le quartier de Jdeideh, au cœur de la vieille ville, a fait l’objet d’une attaque à la bombe.

En 2013, la situation n’a fait qu’empirer.

Début février de cette année, la peur s’est emparée des chrétiens d’Alep résidant dans le quartier à majorité chrétienne syriaque, quand des milices islamistes appartenant au groupe Jabhat Al Nusra ont pénétré dans le quartier chrétien.

«Nous nous sommes réveillés en sursaut en entendant les cris de «Allah-u-Akbar» et, en regardant par la fenêtre, nous avons vu les guérilleros du bataillon du Jabhat al Nusra dans nos rues. Ils dressaient des barricades dans les environs de nos églises et de nos écoles, mettant en danger la vie de la population civile», avait alors déclaré le pasteur Ibrahim Nussair, responsable spirituel de l’église évangélique d’Alep, ajoputant: «La présence des miliciens du Front al-Nosra a contribué à répandre une vague de terreur parmi la population qui ne se sent plus en sûreté et pense à quitter la ville.»

ll y a un mois et dix jours à Alep, deux jeunes prêtres ont été enlevés et des rançons de 150 000 dollars ont été demandées.

Plus récemment, le 14 mars, vers minuit, plus de 700 miliciens d’Al-Nosra ont attaqué le couvent des Pères Jésuites, Saint-Vartan, à Midan, dans l’un des deux quartiers chrétiens de la ville d’Alep.

«Ils ont occupé le bâtiment, mis le feu à une partie de la construction, et semé la terreur tout autour. La Providence avait fait son travail, puisque les religieux et le gardien avaient laissé le bâtiment la veille», pouvait-on lire le 21 mars. sur le site Chrétien d’Orient du prêtre lazariste Sabater Pardo.

Le couvent était, avant attaque, un «Centre» de distribution d’aides aux réfugiés.

Les chrétiens de Syrie se réfugient au Liban, au Canada et aux États-Unis

Les chrétiens en Syrie, qui comptaient pour 10% de la population avant le conflit, se divisent en plusieurs confessions: les grecs-orthodoxes (chrétiens de rite byzantin, environ 800 000), les grecs-catholiques appelés aussi melkites (environ 200 000, chrétiens de rite byzantin issus d’une scission d’avec les grecs-orthodoxes et d’un rattachement à Rome en 1724), les Assyro-chaldéen-syriaques les maronites, les latins (chrétiens de rite catholique-romain) et quelques protestants.

Il existe aussi une importante communauté arménienne vivant principalement à Alep, issue du génocide des ottomans lors de la 1ère Guerre mondiale.

À l’exception des Arméniens, tous les chrétiens de Syrie sont d’origine autochtone, issus des premières communautés chrétiennes, les différents rites s’expliquant par les scissions survenues au cours de l’Histoire.

L’évêque syrien Antoine Audo a mentionné, chez les chrétiens de Syrie, trois types de personnes déplacées: les réfugiés de l’intérieur, par exemple ceux qui vont de la périphérie de Damas vers le centre-ville, puis, la deuxième catégorie, ceux qui, majoritaires, partent au Liban, «pays chrétien» avec lequel les liens sont «historiques» et, finalement, une troisième catégorie qui part vers le Canada ou les États-Unis.

Les élites chrétiennes urbaines, très souvent francophones et occidentalisées, très présentes dans les professions libérales et les affaires à Damas ou à Alep sont associés dans l’esprit des insurgés musulmans au régime d’al-Assad, qui les protégeaient. Ils peuvent donc, et avec raison, craindre le pire en cas d’effondrement du régime.

Beaucoup des membres de l’élite chrétienne, qui ne manquaient pas d’argent, sont donc partis les premiers, laissant derrière eux les chrétiens les plus pauvres.

Le Canada, pour sa part, bien que l’ONU ne lui ait pas encore adressé encore de demande formelle à ce sujet, se prépare à accueillir des réfugiés syriens en cas d’une demande des Nations unies, selon le ministre canadien de l’Immigration, Jason Kenney.

Des responsables du ministère canadien de l’immigration se sont rendus en Jordanie et au Liban et des plans d’intervention sont en cours d’élaboration, selon le ministre.


La situation des chrétiens de Syrie (Vidéo: France 2)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

DiscussionUn commentaire

  1. nous sommes de tout coeur avec eux, nous prions très fort pour tous quels qu'ils soient, ils ont tous du prix aux yeux de Dieu. Que nos prières les guident vers le chemin de la paix