Journée de la Femme: une intégration contrastée dans les Forces canadiennes

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C'est en 1989 que le Canada a ouvert les postes de combat aux femmes ; 2001 à bord des sous-marins (Photo: Sergent Matthew McGregor, Canadian Forces Combat Camera © 2011 DND-MDN Canada)
C’est en 1989 que le Canada a ouvert les postes de combat aux femmes ; 2001 à bord des sous-marins (Photo: Sergent Matthew McGregor, Canadian Forces Combat Camera © 2011 DND-MDN Canada)

Parmi les pionnières de l’intégration féminine, les Forces canadiennes accueillent, depuis plusieurs années, les femmes dans l’ensemble de leurs unités de combat. Mais malgré une volonté déclarée d’ouvrir l’accès à ces différents postes, les préjugés, la méfiance ou encore le manque de reconnaissance contrastent avec l’égalité affichée des sexes.

2,4%. Voilà la proportion de postes de combats occupés, en 2011, par des femmes au sein des Forces canadiennes. Après une évolution constante des considérations lors des dernières décennies, la présence féminine peine à décoller.

Aujourd’hui, ce sont près de 15 000 femmes qui servent le Canada au sein de l’armée régulière et de la Réserve, soit près de 15% de l’effectif total. Des chiffres encore loin des objectifs de recrutement fixés par les Forces canadiennes, estimés à 25,1%, comme l’a confié le major Richard Langlois, officier d’affaires publiques au groupe du recrutement des Forces, à 45eNord.ca.

À travers des campagnes de publicité récurrentes, l’armée canadienne tente bien d’attirer la gent féminine à se joindre aux Forces nationales. Mais les résultats semblent en deçà des attentes.

Fière de sa «politique de non exclusion», l’armée canadienne se félicite néanmoins des évolutions observées  en matière de protection de l’égalité des femmes. Alors que les États-Unis n’ont levé l’interdiction pour les femmes de combattre aux côtés des hommes qu’en janvier dernier, le Canada est devenu l’un des instigateurs de l’intégration féminine. Si les chiffres démontrent une partition inatteignable, les mentalités évoluent. C’est en tout cas ce qu’assurent les Forces canadiennes.

Ces dernières ont notamment souhaité proposer un environnement sain et sécuritaire pour l’intégration totale des femmes en son sein. Souvent considéré comme l’un des problèmes majeurs, le harcèlement «n’a pas sa place» dans ce milieu «qui favorise le travail d’équipe, le respect mutuel et l’équité pour tous», selon le programme proposé par l’armée canadienne sur son site internet.

Le Canada comme «chef de file des dossiers d’égalité entre les sexes»

En cette journée internationale de la femme, le ministre de la Défense, Peter McKay, a tenu à rendre hommage à ces femmes qui s’engagent pour servir leur pays. «Le Canada a toutes les raisons d’être fier de son rôle de chef de file sur la scène internationale des dossiers d’égalité entre les sexes, et des innombrables réalisations des Canadiennes qui ont pavé la voie pour les générations à venir, au pays», a-t-il déclaré à l’issue d’une rencontre avec les membres de l’association Femmes en Défense et Sécurité.

Une fierté partagée par la ministre associée de la Défense, Kerry-Lynne D. Findlay. «Je suis extrêmement fière du rôle de leadership que les Forces armées Canadiennes ont prise dans le domaine de l’intégration des genres, autant pour la proportion des femmes dans le militaire […] et pour le large éventail de milieux où elles servent ».

Si l’intégration des femmes au sein des Forces canadiennes est présente depuis plus d’un siècle, leur situation a grandement évolué depuis la fin du XXème siècle. A l’issue d’une série d’essais du Programme d’emploi des femmes dans des postes liés au combat (EFPLC) à la fin des années 1980, l’armée ouvre alors la quasi-totalité de ses portes à la gent féminine.

Elles le sont totalement depuis 2004 lorsque les femmes obtiennent l’accès aux sous-marins de la flotte canadienne. Une avancée notable sans pour autant être suivie d’une vague de recrutement.

Méfiance des femmes à l’égard de ces métiers «d’homme» ou réticence des autorités, les raisons sont multiples et contestées. Dans un domaine faisant appel à des facultés physiques développées, l’adaptation à la physiologie féminine reste un débat inachevé. Si certains considèrent qu’il faut adapter les tests, d’autres ne souhaitent pas voir les exigences diminuées.

Le contre-amiral Bennett comme exemple

Aucune restriction pour les femmes, aucune discrimination positive non plus. L’égalité est affichée, prônée, scandée. Certaines femmes accèdent ainsi à des postes à responsabilité au fil des années. L’évolution est lente mais présente.

En 2006, le brigadier-général Christine Whitecross est devenu la première femme à occuper le poste de commandant de la Force opérationnelle inter-armées (FOI).

En 2010, le lieutenant-colonel Susan Wigg, l’une des premières femmes à s’inscrire au Collège militaire royal (CMR) en 1980, est devenu la première femme à occuper le poste de Directeur des élèves-officiers de ce CMR.

Plus récemment encore, le commodore Jennifer Bennett est promue, en 2011, au grade de contre-amiral et est également nommée Chef – Réserves et cadets, poste le plus élevé de la Réserve des Forces canadiennes.

Remis au gout du jour par l’actualité américaine, la place des femmes dans l’armée laisse matière à discussion. Au Canada, l’absence de restriction accorde un plus large accès à la gent féminine. Auparavant cantonné aux unités considérées comme «sans combat» (infirmières, employées de bureau…), les femmes peuvent désormais s’engager aux côtés de leurs homologues masculins.

Un changement de considération qui fait également écho à l’évolution progressive de la nature des conflits. Face aux combats asymétriques menés notamment Afghanistan, les risques encourus, tant par les hommes que par les femmes, deviennent généralisés. Comme le triste symbole d’une égalité tant recherchée.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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