La Centrafrique sanctionnée, Michel Djotodia contesté

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La cérémonie d'ouverture de la 20e assemblée de l'Union Africaine, à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, les 27 et 28 janvier 2013 (Photo: Union africaine)
Le Conseil de Paix et Sécurité de l’Union Africaine a décidé de suspendre la participation de la Centrafrique à son organisation (Photo: Archives/Union africaine)

Au lendemain de la prise de la capitale, Bangui, par les rebelles de la Séléka, la situation parait toujours aussi préoccupante en Centrafrique. Auto-proclamé président, ce dimanche, Michel Djotodia ne semble pas faire l’unanimité dans ses propres rangs. De son côté, l’Union Africaine a décidé de suspendre la participation du pays à son organisation après une prise de pouvoir «anticonstitutionnelle».

Entre pillages et sanctions, le coup d’État perpétré en Centrafrique laisse, pour l’heure, le pays dans une certaine instabilité. Et pour cause, les rebelles de la Seleka ont pris d’assaut la capitale, ce dimanche, alors même que le président centrafricain, François Bozizé, avait d’ores et déjà fui les combats.

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Si la tension est quelque peu retombée, ce lundi, les interrogations restent nombreuses sur l’avenir d’un pays meurtri. Auto-proclamé président de la République, ce dimanche, Michel Djotodia doit tenir une déclaration solennelle, ce lundi, afin de réaffirmer son intention de devenir le nouveau chef d’État centrafricain.

Devenu ministre de la Défense dans le gouvernement d’union nationale, formé à l’issue des accords de Libreville, le 10 janvier dernier, Michel Djotodia a confié à RFI son intention de conserver Nicolas Tiangaye en tant que chef du gouvernement.

Affirmant qu’il comptait «rester dans l’esprit de Libreville», il a répété que «d’ici trois ans, nous allons organiser des élections libres et transparentes avec le concours de tout le monde». Une manière d’apaiser les incertitudes régnant sur les intentions de cette coalition rebelle désormais au pouvoir.

Car elle ne semble pas encore faire l’unanimité. En son sein-même, les dissensions existent encore. D’après Nelson N’Jadder, président de la Révolution pour la démocratie, un des groupes membres de la Séléka, ses hommes ne reconnaissent pas la légitimité de Michel Djotodia en tant que nouveau président de la République centrafricaine.

Présent à Paris, Nelson N’Jadder a notamment assuré que M. Djotodia n’a jamais été choisi comme leader et que les membres de la coalition s’étaient entendus pour prendre le palais présidentiel, puis pour annoncer une période de transition de 18 mois avant la tenue de nouvelles élections.

La Centrafrique suspendue par l’Union Africaine

De son côté, la communauté internationale s’inquiète de la situation actuelle. Après avoir condamné cette «prise de pouvoir anticonstitutionnelle», le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a appelé «au calme et au respect de l’État de droit». Dans un communiqué des Nations Unies, il s’est également déclaré préoccupé «par les allégations de violations sérieuses des droits de l’homme».

Si les rebelles de la Séléka ont affirmé que «la page Bozizé» était désormais tournée, l’Union Africaine (UA) est, pour sa part, montée au créneau à l’issue de coup d’État. Le Conseil de Paix et Sécurité de l’UA a ainsi décidé, ce lundi, de suspendre la participation de la Centrafrique à l’organisation. Il a également mis en place des sanctions, «à savoir des restrictions de voyage et le gel des avoirs des dirigeants du Séléka», parmi lesquels Michel Djotodia.

«Le Conseil demande à tous les États-membres de prendre les mesures requises pour isoler totalement les auteurs du changement anticonstitutionnel en République centrafricaine», a déclaré le Commissaire à la Paix et la Sécurité de l’UA, Ramtane Lamamra, lisant le communiqué final du Conseil.

Il a également ajouté que l’Union Africaine demande à ses membres «de ne pas leur fournir [aux rebelles de la Séléka, ndlr]de sanctuaire et de faciliter l’application de toute autre mesure qui serait prise par l’Union africaine, y compris le jugement des auteurs de ce changement anticonstitutionnel de gouvernement».

Des déclarations fermes et critiques à l’égard de la coalition rebelle alors que le pays doit entamer une lente reconstruction pour se sortir des affres de son passé récent. En attendant, François Bozizé serait réfugié au Cameroun. Réaffirmant son principe de non-ingérence, la présidence camerounaise a affirmé, dans un communiqué lu à la radio nationale, que «suite aux récents événements en République centrafricaine, le président François Bozizé a cherché refuge au Cameroun où il se trouve actuellement dans l’attente de son départ vers un autre pays d’accueil».

Entre espoir, incertitude et inquiétude, le peuple centrafricain tente, de son côté, de faire face à une situation insécuritaire préoccupante. Alors que les scènes de pillages civils semblent se multiplier à Bangui, l’assurance de la sécurité devra être la priorité du prochain chef d’État centrafricain pour espérer que le pays puisse enfin relever la tête.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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