La décapitation d’un étudiant afghan par les Forces spéciales, une histoire inventée

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Une patrouille afghane dans la province de Wardak (Photo: ISAF)
Une patrouille afghane dans la province de Wardak (Photo: ISAF)

L’enlèvement, le meurtre et la décapitation d’un étudiant afghan dans la province de Wardak, en Afghanistan, par les Forces spéciales américaines et leurs alliés, serait une histoire inventée pour nuire aux forces américaines et compliquer les efforts des autorités afghanes et de la coalition pour contrôler cette province instable aux portes de Kaboul, si on en croit le Los Angeles Times de ce matin.

Les cas de torture, de disparitions et d’autres abus, dont ont été accusés les Forces d’opérations spéciales américaines opérant dans la province de Wardak, en Afghanistan, avaient amené le président Hamid Karzaï à exiger le départ des Forces spéciales américaines, compliquant encore les choses dans cette province instable mais d’une grande importance stratégique et par où doivent transiter les biens et les personnes pour se rendre dans la capitale afghane, Kaboul. Les Forces spéciales américaines ont, bien sûr, nié toute participation à ces exactions contre des civils afghans dans cette province.

Mais voilà qu’un rapport du Los Angeles Times, ce matin, mercredi 6 mars, pourrait expliquer les différences entre la version américaine et celle du gouvernement d’Hamid Karzaï sur ces cas d’enlèvements, de tortures, de meurtres et de disparitions.

Le quotidien américain écrit« L’histoire était horrible: un étudiant à l’université, capturé lors d’un raid des forces américaines, a été retrouvé décapité et avec ses doigts tranchés. Au milieu d’une vague de colère de la population afghane, le bureau du président afghan Hamid Karzaï, évoquant cet incident, ainsi que d’autres rapports qui indiquaient que neuf villageois avaient été enlevés dans leurs maisons, a décidé la semaine dernière d’interdire la présence des troupes d’élite américaines », [dont il a pourtant bien besoin pour avoir une chance de parvenir à contrôler ]cette province instable aux portes de Kaboul, une décision qui pourrait un jour mettre le capital en péril. «Mais le récit de la mort du jeune homme était faux, disent maintenant les autorités américaines et afghanes. Il a été pris au piège par des hommes armés, et non par les forces spéciales des États-Unis ou leurs alliés afghans.»,  ajoute le Los Angeles Times, s’appuyant sur des sources policières afghanes. En outre, «dans les photos de police du corps, il a un doigt coupé et une entaille sur un côté de son cou, mais il n’était pas décapité », rapporte le quotidien.

Les responsables afghans qui ont enquêté sur le meurtre, croient plutôt que l’étudiant, qui était un sympathisant des talibans, aurait été tué dans une lutte de pouvoir entre les talibans et une autre faction islamiste rebelle de la province de Wardak, et que les anciens des tribus afghanes de cette province, peut-être contraints par les militants islamistes, ont accusé à tort les Forces spéciales des États-Unis pour alimenter la haine contre les Américains.

Quoiqu’il en soit, si tel était le cas,ce que nous ne saurons probablement jamais, cela a fonctionné. Le 24 février, Karzaï a ordonné aux Forces spéciales américaines à quitter la province du Wardak dans les deux semaines.

Cette décision a compromis une campagne de lutte contre le terrorisme considérée comme un modèle pour l’avenir. Après le retrait des troupes américaines en 2014, il était prévu que seuls resteraient en Afghanistan les Forces spéciales avec comme mission le mentorat et l’appui à la lutte au terorisme.

Les responsables américains tentent donc maintenant de persuader Karzaï d’annuler cet ordre.

L’épisode montre aussi comment les efforts américains pour en finir avec ce conflit, vieux de 12 ans, peuvent être compromis par la politique locale et de plus en plus affirmée de Karzaï, qui, ces dernières semaines, a aussi donné l’ordre de mettre un terme aux frappes aériennes de la coalition.

En agissant ainsi, le leader afghan tente peut-être, croient les observateurs, de forger de nouvelles alliances, y compris avec les talibans, tout en essayant de d’obtenir des concessions de la part de l’administration Obama. Sa façon à lui de préparer l’après 2014!

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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