La demande d’enquête de la Syrie sur les armes chimiques accueillie avec scepticisme

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Damas et l'opposition syrienne s'accusent mutuellement d'avoir eu recours à l'arme chimique (Photo: Archives/Oscar Ta/YouTube)
Damas et l’opposition syrienne s’accusent mutuellement d’avoir eu recours à l’arme chimique (Photo: Archives/Oscar Ta/YouTube)

Mise à Jour 21/03/13, 10h

L’ONU va enquêter sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques en Syrie, en réponse à une demande de Damas, a annoncé jeudi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, rapporte l’AFP.

«J’ai décidé que l’ONU mènerait une enquête sur l’utilisation possible d’armes chimiques en Syrie», a déclaré M. Ban à la presse. Il a précisé que cette enquête, qui sera lancée «dès que possible en pratique», porterait sur «l’incident spécifique que m’a signalé le gouvernement syrien».

M. Ban a réaffirmé que l’emploi d’armes chimiques par l’un ou l’autre camp en Syrie, quelles que soient les circonstances, serait «un crime monstrueux» ainsi qu’un «crime contre l’humanité».

Le gouvernement de la Syrie a demandé au Secrétaire général de l’ONU la constitution «d’une mission technique spécialisée, indépendante et neutre pour étudier l’utilisation par des terroristes [les rebelles]d’armes chimiques à Khan al-Asal en province d’Alep.», rapporte mercredi 20 mars l’agence officielle syrienne SANA, citant une déclaration du ministère syrien des Affaires étrangères et des Expatriés.

Le président Obama, en visite en Israël, s’est déclaré  pour sa part«très sceptique» sur les affirmations selon lesquelles les rebelles syriens auraient eu recours aux armes chimiques et a exprimé sa craint qu’avec l’utilisation d’armes chimiques, «le génie ne soit sorti de la bouteille».

Quant à lui, le  ministère syrien des Affaires étrangères a souligné, poursuit la dépêche de l’agence officielle syrienne, que «cette demande confirme l’engagement de la Syrie à découvrir les détails de ce crime et les menaces qu’elle fait peser sur la sécurité des citoyens syriens, en plus de réfuter tous les mensonges propagés par les milieux qui soutiennent le terrorisme et les terroristes.».

Le ministère syrien des Affaires étrangères rappelle que, le 8 décembre dernier, la Syrie «avait fait part au Secrétaire général [de l’ONU]de ses inquiétudes que des groupes terroristes aient recours à des armes chimiques et prétendent ensuite que c’est le gouvernement qui les a utilisés [les armes chimiques]».

Depuis mardi, les forces gouvernementales et les insurgés s’accusent mutuellement d’avoir utilisé des armes chimiques, ce mardi, dans des attaques perpétrées à Alep, dans le nord du pays, et à al-Otaybah, dans la banlieue est de Damas.

«Les terroristes ont lancé un missile contenant des produits chimiques sur la région de Khan al-Assal dans la province d’Alep,», lançait l’agence de presse officielle Sana.

Accusations tout de suite démenties par l’opposition : selon un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre (ASL), Louay Muqdad, cité par l’AFP, c’est plutôt l’armée régulière qui aurait visé Khan al-Assal en utilisant un missile de longue-portée.

Précisant à l’agence française que l’opposition syrienne ne disposait ni de missile de longue portée, ni d’arme chimique face au régime de Bachar al-Assad, le porte-parole de l’ASL a assuré que, si tel était le cas, les insurgés ne les utiliseraient pas en prenant des rebelles pour cibles.

La Russie et l’Iran, alliées de Damas, tout comme l’Iran, ont indiqué avoir «reçu des informations» selon lesquelles des rebelles ont utilisé des armes chimiques lors de l’attaque de mardi, qui a fait 31 morts selon le dernier bilan officielle.

Les États-Unis ont dit ne «disposer d’aucune preuve pour soutenir les accusations» contre les rebelles, tout en mettant en garde le régime contre un tel usage, précisant, par la voix du porte-parole de la maison Blanche, Jay Carney, au point de presse de mardi,

«Je ne vais pas discuter de renseignement, mais il est important, alors que la lutte en Syrie s’intensifie et le régime devient plus désespéré, que les États-Unis et la communauté internationale fassent clairement comprendre à Assad que l’utilisation d’armes chimiques serait totalement inacceptable. Le Président a été clair quand il a dit que si Assad et ceux placés sous son commandement font l’erreur d’utiliser des armes chimiques ou de ne pas respecter leurs obligations de les sécuriser, il y aura des conséquences et qu’ils seront tenus pour responsables.»

Le porte-parole de la présidence américaine a aussi précisé que «[…] nous n’avons aucune preuve pour étayer l’accusation selon laquelle l’opposition a utilisé des armes chimiques. Nous sommes profondément sceptique à l’égard d’un régime qui a perdu toute crédibilité, et nous mettons également en garde le régime contre l’utilisation de ce genre d’accusations comme excuse ou couverture pour sa propre utilisation d’armes chimiques.»

Pour leur part, La France, le Royaume-Uni vont demander, avec les États-Unis, au secrétaire général de l’ONU d’envoyer une mission d’enquête en Syrie pour vérifier les accusations.

La mission aura pour but «faire une enquête sur l’ensemble du territoire (syrien) pour faire la lumière sur toutes les allégations», de la part de Damas et de l’opposition, a déclaré l’ambassadeur français à l’ONU, Gérard Araud.

Le génie est-il sorti de la bouteille?

«Mais je crois que, quand on commence à voir des armes potentiellement dévastatrices et un grand nombre de victimes, et qu’on laisse sortir le génie de la bouteille, on risque d’assister à des scènes encore plus horribles que ce que l’on a déjà vu en Syrie». (Barack Obama)

En visite en Israël, le président Obama, lors d’une conférence de presse conjointe avec le premier ministre israélien Netanyahou, s’est déclaré «très sceptique» sur les affirmations selon lesquelles les rebelles syriens auraient eu recours aux armes chimiques.

«Une fois les faits établis, j’ai clairement dit que le recours à des armes chimiques change la règle du jeu», a dit le président américain, ajoutant que, si «si elles étaient confirmées, [les allégations d’utilisation d’armes chimiques]cela exigerait une réaction internationale.»

«Assad a perdu sa légitimité comme dirigeant en attaquant le peuple syrien avec presque toutes les armes dans son arsenal conventionnel, y compris des missiles Scud. Et nous avons été clair que l’utilisation d’armes chimiques contre le peuple syrien serait une erreur grave et tragique. Nous partageons également la grave préoccupation d’Israël au sujet du transfert de systèmes d’armes chimiques ou autres à des terroristes – comme le Hezbollah – qui pourraient être utilisées contre Israël. Le régime d’Assad doit comprendre qu’ils seront tenus pour responsables de l’utilisation d’armes chimiques ou de leur transfert à des terroristes.».

Le mot de la fin revient peut-être au ministre israélien des renseignements et des affaire stratégiques, Youval Steinitz, qui, assurant mercredi que des armes chimiques avaient bel et bien été utilisées en Syrie, par les rebelles ou par le gouvernement, déclarait :

«Il est clair que des armes chimiques ont été utilisées contre des citoyens (syriens) par les rebelles ou par le gouvernement. […]. C’est un fait très inquiétant pour nous et dont nous devons nous occuper en urgence».

Que les armes chimiques aient été utilisées par le régime syrien ou les rebelles importe peu, finalement. Ce qui compte c’est que, avec l’utilisation par une partie, ou l’autre, ou les deux, de l’arme chimique…le génie soit peut-être sorti de la bouteille.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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