Le conflit syrien aux portes de l’Irak

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De violents affrontements ont eu lieu entre l'armée syrienne et des rebelles, dans la nuit de vendredi à samedi, à un poste frontalier avec l'Irak (Photo: Muhib Al-Majdi/Arrahmah.com)
De violents affrontements ont eu lieu entre l’armée syrienne et des rebelles, dans la nuit de vendredi à samedi, à un poste frontalier avec l’Irak (Photo: Muhib Al-Majdi/Arrahmah.com)

Plus de quarante soldats syriens ont trouvé la mort, ce lundi, dans une embuscade tendue par des inconnus contre leur convoi en Irak. Une nouvelle attaque qui laisse craindre une expansion du conflit syrien chez son voisin irakien.

Une embuscade meurtrière. Plus de quarante soldats syriens ainsi qu’une dizaine de soldats irakiens: voici le lourd bilan d’une attaque perpétrée, ce lundi, sur le sol irakien. Huit syriens et quatre irakiens ont également été blessés lors de cette embuscade, menée avec des obus de mortier, des armes automatiques et des mines. Un bilan confirmé par le commandant Ali Juwair al-Dulaimi, du Commandement des opérations de Anbar.

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Cibles de cette attaque, les soldats syriens s’étaient réfugiés de l’autre côté de la frontière pour fuir les violents combats les opposant aux rebelles, durant le week-end. Transférés par les autorités irakiennes de la province de Ninive, frontalière de la Syrie, vers Bagdad, ces soldats retournaient vers la frontière dans la province de Anbar, dans l’ouest du pays. Ils devaient être remis aux autorités syriennes lorsque l’attaque a eu lieu, comme l’a expliqué le colonel Mohammed Khalaf al-Dulaimi, membre des forces de protection de la frontière.

Les rebelles progressent aux abords de la frontière

Car ce week-end, les combats ont fait rage dans cette région frontalière. Rebelles et soldats syriens se sont affrontés dans la nuit de vendredi à samedi, permettant aux insurgés de prendre le contrôle de la ville syrienne de Yaarabia et d’un poste-frontière avec l’Irak, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans la journée de vendredi, un missile Scud tiré du territoire syrien était tombé à proximité d’un village de la province irakienne de Ninive, près du poste-frontière de Rabia, à 390 km au nord de la capitale irakienne Bagdad.

Une succession d’attaques et d’affrontements qui laisse craindre une possible expansion de la guérilla civile menée en Syrie de l’autre côté de la frontière. Si le Premier ministre irakien, le chiite Nouri al-Maliki, assure respecter officiellement une position de non-ingérence à l’égard de la Syrie,  de nombreux experts affirment que les intérêts de Bagdad seraient plutôt calqués sur ceux de Téhéran, principal allié de Damas.

«Un groupe terroriste» auteur de l’attaque

Le ministère de la Défense irakien a, par ailleurs, fermement condamné l’attaque de ce lundi, accusant un «groupe terroriste qui s’est infiltré en territoire irakien depuis la Syrie», dans un communiqué publié sur son site internet.

De son côté, Ali Moussaoui, porte-parole du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a assuré que Bagdad comptait lutter contre l’expansion du conflit syrien au-delà de ses frontières. «Cela confirme nos craintes sur le fait que certains tentent de propager la crise syrienne en Irak, mais nous ferons face à ces tentatives d’où qu’elles viennent avec toute notre force», a ainsi prévenu le porte-parole du chef de gouvernement.

Une propagation inquiétante du côté irakien

Mais pour Karim Sader, politologue et spécialiste du Golfe arabo-persique, ces évènements paraissent inquiétants. Dans un entretien accordé à France 24, il dresse un constat sombre d’une possible propagation de la crise sanglante qui bouscule la Syrie depuis près de deux ans, s’appuyant notamment sur ce qu’il perçoit comme une «confessionnalisation» du conflit.

«La crise syrienne, qui oppose violemment un pouvoir alaouite, une branche du chiisme, à une rébellion majoritairement sunnite ne cesse d’attiser cet antagonisme chez son voisin irakien. L’importation de cette crise ne ferait que renforcer la dimension confessionnelle du conflit, et ce de part et d’autre de la frontière», note-t-il.

Avant d’ajouter que «ce qui est certain, c’est que l’éclatement de ce pays [la Syrie, ndlr]en plusieurs entités confessionnelles risque d’encourager un scénario de partition de l’Irak». Face à une lutte sans merci entre insurgés et forces syriennes, la perspective d’un conflit régionalisé sur les bases de confessions opposées inquiète les différents experts du dossier.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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