Le général Bignone condamné pour la disparition d’opposantes et le vol de bébés

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Le président argentin Néstor Kirchner , en 2004, observe l'enlèvement du portrait du général Bignone des murs de l'École militaire de Buenos-Aires (Photo: Presidencia argentina)
Le président argentin Néstor Kirchner , en 2004, observe l’enlèvement du portrait du général Bignone des murs de l’École militaire de Buenos-Aires (Photo: Presidencia argentina)

En Argentine, l’ex général Reynaldo Bignone, a été condamné, mardi 12 mars,  une 2e fois à la réclusion criminelle à perpétuité, cette fois pour crimes contre l’humanité commis au Campo de Mayo, un centre clandestin de détention d’opposants politiques.

Les centres clandestins de détention étaient des installations secrètes des forces armées et de sécurité argentine utilisées pour exécuter le plan systématique de « disparition » de personnes, dans le cadre de la « guerre sale » de la dictature militaire argentine de 1976 à 1983.

Sept femmes enceintes et leurs maris ont disparu après avoir été détenus au Campo de Mayo, près de Buenos Aires, alors que M. Bignone était le responsable de la zone militaire où était situé le Campo de Mayo, au nord-ouest de la capitale argentine.

Le Campo de Mayo (Camp de Mai ), qui fonctionna de mars 1976 à 1980, était un des principaux centres d’emprisonnement et de torture pendant la dictature militaire. Situé à 30 km du centre ville de Buenos Aires, il comportait quatre centre de détention clandestin doint un était commandé par Bignone.

Dans l’hôpital militaire du Campo de Mayo, une unité était dédiée aux accouchements clandestins.

Après les accouchements clandestins, les bébés étaient séquestrés, leur identité supprimée et on les remettait le plus souvent à des couples stériles de militaires. Dans plusieurs cas, les « parents adoptifs » ont même participé aux assassinats des parents biologiques des enfants.

Bignone: jugé, amnistié, puis rejugé

Reynaldo Benito Antonio Bignone, 85 ans, qui avait dirigé un des centres clandestins de Campo de Mayo, occupa de facto plus tard la présidence de l’Argentine du 1er juillet 1982 au 10 décembre 1983, soit la dernière présidence de la junte militaire, avec pour mission de mener la transition vers la démocratie. Il céda ensuite le pouvoir à Raúl Ricardo Alfonsín, premier président élu démocratiquement après huit ans de dictature militaire.

Bignone avait été jugé en 1985 pour séquestrations, tortures et assassinats commis durant sa direction du camp de concentration de Campo de Mayo et reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Il est par contre amnistié et libéré, avec les autres militaires, de par les lois du « point final » et de « l’obéissance due ».

Toutefois, les lois exemptant les militaires de procès ont été abrogées sous la présidence de Nestor Kirchner, qui fut chef de l’État argentin de 2003 à 2007 et jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême argentine, en 2007.

Jugé à partir d’octobre 2009 avec d’autres anciens cadres du régime militaire, il a déjà été condamné à la prison à perpétuité le 14 avril 2011 pour crimes contre l’humanité, dont des disparitions forcées et la torture de prisonniers politiques.

Le 29 décembre 2011, reconnu coupable d’autres crimes contre l’humanité, il a étécondamné à 15 années de plus pour avoir mis sur pied un centre de torture secret dans un hôpital lors du coup d’État de 1976.

Et, le 5 juillet 2012, il est condamné encore à 15 ans pour avoir mis en place un plan systématique dans l’affaire du vol de bébés d’opposantes détenues

La sentence prononcé aujourd’hui par le tribunal fédéral de San Martin (nord-ouest de Buenos Aires) est donc la quatrième contre Reynaldo Bignone alors que de nombreux procès de responsables militaires ou policiers de l’époque de la dictature sont actuellement en cours en Argentine où plus de 400 personnes ont déjà été condamnés et des centaines d’autres attendent leur jugement.

Opération Còndor

Mardi dernier, le 6 mars, a aussi commencé en Argentine le procès des responsables de l’opération Condor, les généraux Jorge Videla et Reynaldo Benito Bignone, et de 25 autres co-accusés.

L’opération Condor est le nom de la campagne d’assassinats et de lutte anti-guérilla menée conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay au milieu des années 1970.

Dans le cadre de l’opération Condor les dictatures militaires sud-américaines, soit la dictature de Pinochet au Chili, de Stroessner au Paraguay, de Videla en Argentine, ainsi que les dictatures en Uruguay, en Bolivie et au Brésil, ont envoyé des agents secrets poursuivre et assassiner les dissidents politiques jusqu’en Europe (France, Italie, Portugal, Espagne…) et aux États-Unis, où fut notamment éliminé l’ancien ministre d’Allende, Orlando Letelier, en septembre 1976 à Washington.

L’Argentine est d’ailleurs le seul pays au monde avec deux anciens présidents en prison, alors que d’autres pays d’Amérique du Sud, qui ont vécu sous le joug de dictateurs à la même époque, ont plutôt choisi l’amnistie (sous la présidence de Carlos Menem (1989-1999), des

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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