Les ex-dictateurs Videla et Bignone comparaissent pour crimes contre l’humanité

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L'ancien dictateur argentin Jorge Rafael Videla en 1976 à Buenos Aires (Photo: Edgardo E. Carbajal, WikiCommons)
L’ancien dictateur argentin Jorge Rafael Videla en 1976 à Buenos Aires (Photo: Edgardo E. Carbajal, WikiCommons)

C’est ce mardi qu’a commencé, en Argentine, le procès des responsables de l’opération Condor, les généraux Jorge Videla et Reynaldo Benito Bignone, et de 25 autres co-accusés. Ce procès devrait permettre de tourner la dernière page de l’histoire de la dictature militaire des années 70 en Argentine.

L’Argentine est d’ailleurs le seul pays au monde avec deux anciens présidents en prison, alors que d’autres pays d’Amérique du Sud, qui ont vécu sous le joug de dictateurs à la même époque, ont plutôt choisi l’amnistie.

Sous la présidence de Carlos Menem (1989-1999), des lois exemptant les militaires de procès avaient bien été votées, mais elles ont été abrogées sous la présidence de Nestor Kirchner, qui fut chef de l’État argentin de 2003 à 2007.

L’opération Condor est le nom de la campagne d’assassinats et de lutte anti-guérilla menée conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay au milieu des années 1970.

Dans le cadre de l’opération Condor les dictatures militaires sud-américaines, soit la dictature de Pinochet au Chili, de Stroessner au Paraguay, de Videla en Argentine, ainsi que les dictatures en Uruguay, en Bolivie et au Brésil, ont envoyé des agents secrets poursuivre et assassiner les dissidents politiques jusqu’en Europe (France, Italie, Portugal, Espagne…) et aux États-Unis, où fut notamment éliminé l’ancien ministre d’Allende, Orlando Letelier, en septembre 1976 à Washington.

Diverses techniques de terreur étaient par ailleurs employées à cette époque par les services secrets des dictatures sud-américaines, allant de la noyade jusqu’à l’audition d’enregistrements de cris de proches torturés et aux «vols de la mort» au-dessus du Rio de la Plata.

Jorge Rafael Videla, aujourd’hui âgé de 87 ans, dirigea l’Argentine et la guerre sale après le coup d’État militaire du 24 mars 1976, qui renversa Isabel Perón. En 1981, il céda la présidence de la junte au général Roberto Eduardo Viola.

Videla a été placé en résidence surveillée au retour de la démocratie en 1983, puis condamné à la prison à perpétuité lors du procès de la junte de 1985. Amnistié en 1989 par le président Carlos Menem, son dossier a toutefois été réouvert en 2007 et il a été condamné le 23 décembre 2010 à la prison à vie.

Reynaldo Benito Antonio Bignone, 85 ans, pour sa part, occupa de facto la présidence de l’Argentine du 1er juillet 1982 au 10 décembre 1983, soit la dernière présidence de la junte militaire, avec pour mission de mener la transition vers la démocratie. Il céda ensuite le pouvoir à Raúl Ricardo Alfonsín, premier président élu démocratiquement après huit ans de dictature militaire.

Jugé à partir d’octobre 2009 avec d’autres anciens cadres du régime militaire, il a été condamné à la prison à perpétuité le 14 avril 2011 pour crimes contre l’humanité, dont des disparitions forcées et la torture de prisonniers politiques, puis, le 29 décembre suivant, à 15 ans de plus.

En juillet 2012, Videla et Bignone, avaient aussi été jugés pour le vol de bébés pendant la dictature. L’ancien président de facto argentin Jorge Rafael Videla avait alors été condamné à 50 ans de prison pour avoir conçu et mis en œuvre un plan pour voler les bébés d’opposants politiques éliminés.

La Cour fédérale argentine entendra donc cette fois les accusations portés contre les deux chefs de la junte militaire pour crimes contre l’humanité dans le cadre de l’opération Condor.

Selon les dossiers de l’affaire, il y a eu 106 victimes de l’opération Condor en Argentine, pour la plupart des ressortissants uruguayens, qui avaient été conduits dans un centre de détention clandestin où il furent éliminés.

Sur cette vidéo de oncenoticias, on peut voir Raynaldo Bignone et Jorge Videla , aujourd’hui, sur les banquettes du tribunal mais aussi à l’époque où ils étaient les chefs de la junte militaire argentine. On aperçoit notamment Bignone en compagnie du dictateur chilien de l’époque le général Augusto Pinochet.


(Vidéo: Oncenoticias)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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