Liban: entre menaces et réfugiés, le conflit syrien s’exporte

0
Bushra, la millionième réfugiée syrienne, à Tripoli, au Liban, avec ses enfants (Photo: HCR/E.Byun)
Bushra, la millionième réfugiée syrienne, à Tripoli, au Liban, avec ses enfants (Photo: HCR/E.Byun)

La guerre civile sanglante qui touche la Syrie depuis bientôt deux ans semble s’exporter peu à peu au-delà de ses frontières et notamment au Liban. Alors que le Haut Commisariat aux réfugiés (HCR) a annoncé, ce mercredi, que plus d’un million de réfugiés ont d’ores et déjà fui la Syrie, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appelé Beyrouth à maintenir sa «politique de distanciation» à l’égard de ce conflit.

Entre craintes, inquiétudes et impatience, le conflit syrien n’en finit plus de faire la une de l’actualité. Car de jour en jour, cette guerre civile débutée il y a près de deux ans semble prendre une envergure d’autant plus importante qu’elle semble se régionaliser.

NOTRE DOSSIER SUR LA SYRIE >>


Parmi les pays frontaliers avec la Syrie, le Liban apparaît de plus en plus comme acteur plutôt que spectateur du conflit. Symbole de cet impact croissant, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a mis en garde Beyrouth quant à une possible implication directe dans la lutte entre le régime de Bachar al-Assad et les rebelles syriens.

Composé des six monarchies pétrolières du Golfe (l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar), le CCG a indiqué, dans un communiqué obtenu mercredi par l’AFP, que son secrétaire général Abdellatif al-Zayani avait communiqué cette mise en garde au président libanais Michel Sleimane, lors d’un entretien mardi à Beyrouth.

Il a alors témoigné «la profonde inquiétude des pays du CCG face aux récentes prises de positions du Liban, et de certaines parties libanaises (en particulier), à l’égard de la situation en Syrie», peut-on lire dans ce communiqué.

M. Zayani attend notamment que les autorités libanaises «prennent l’initiative d’éviter tout ce qui est de nature de mettre en danger la sécurité et la stabilité du Liban», en s’en tenant «à la politique de distanciation que le Liban s’était engagé à respecter».

Le Hezbollah libanais, une menace pour la stabilité du pays

Soutien de la rébellion en Syrie, les membres du CCG craignent l’implication de Beyrouth dans cette guerre civile suite notamment à plusieurs agissements aux abords de la frontière syro-libanaise. Au début du mois de février, deux soldats libanais avaient été tués dans des heurts avec des islamistes.

Le chef de l’armée libanaise, Jean Kahwaji, s’était montré ferme et intransigeant face aux volontés extérieures d’impliquer le Liban dans le chaos régional. «Nous couperons la main de quiconque agresse l’armée et nous poursuivons les attaquants où qu’ils se trouvent et quel que soit le parti auxquels ils appartiennent», avait-il déclaré dans les colonnes du quotidien As-Safir.

De son côté, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, avait également mis le Liban en garde, fin février, face aux menaces pesant autour notamment du Hezbollah. «Les informations sur l’implication de certains éléments libanais dans le conflit en Syrie vont à l’encontre de la politique de non implication du Liban», écrivait-il dans un rapport au Conseil de sécurité de l’ONU.

Des déclarations qui faisaient suite à la mort de combattants du Hezbollah libanais du côté de la frontière syrienne. Preuve de l’implication présumée de l’organisation considérée comme un soutien du régime de Bachar al-Assad.

4 400 réfugiés supplémentaires chaque jour

Face aux menaces extérieures, le Liban doit également subir l’afflux incessant de réfugiés. Ce mercredi, le Haut Commissariat des réfugiés (HCR) a annoncé que le cap du million de réfugiés hors de Syrie avait été franchi. Une situation qui alarme le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres.

«Avec la fuite en exil d’un million de personnes, des millions d’autres déplacés internes et des milliers de personnes qui continuent à traverser les frontières chaque jour, la crise syrienne dérive toujours plus vers une catastrophe à grande échelle», a-t-il déclaré.

Depuis le début de l’année 2013, ce sont près de 400 000 personnes qui ont fui les combats ravageant le pays depuis près de deux ans. Environ la moitié de ces réfugiés s’avèrent être des enfants, pour la plupart de moins de 11 ans.

Symbole de cette immense fuite, la population du Liban a d’ores et déjà augmenté de près de 10%. Selon Ninette Kelley, représentante du HCR au Liban, ce sont 4 400 personnes en moyenne qui arrivent chaque jour dans le pays pour se réfugier des affrontements violents en Syrie.

Une situation humanitaire alarmante

Outre le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Irak et l’Egypte sont également touchés par ces mouvements de population, mais aussi, de plus en plus, l’Afrique du Nord et l’Europe. «Ces pays ne devraient pas être reconnus seulement pour leur engagement sans faille à garder leurs frontières ouvertes pour les réfugiés syriens, ils devraient également recevoir un appui massif», a précisé António Guterres.

Car jusqu’à présent, le soutien financier international fait état de nombreuses promesses. Mais seulement 25% de celles-ci ont d’ores et déjà été versées. António Guterres a notamment estimé «qu’au minimum, les acteurs humanitaires devraient recevoir les fonds nécessaires pour sauver des vies et alléger les souffrances».

Le conflit continue, les affrontements se poursuivent et les populations fuient. A quelques jours de son deuxième anniversaire, le soulèvement des rebelles syriens face au régime de Bachar al-Assad devient «une catastrophe absolue».

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.