Liban: l’aviation syrienne bombarde la frontière pour la première fois

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Un bombardement de l'aviation syrienne a frappé, ce lundi, à la frontière syro-libanaise (Photo: Archives/OSDH)
Un bombardement de l’aviation syrienne a frappé, ce lundi, à la frontière syro-libanaise (Photo: Archives/OSDH)

Un bombardement de l’aviation syrienne a eu lieu, ce lundi, à la frontière entre la Syrie et le Liban. Il s’agit d’une première depuis le début de la rébellion, il y a plus de deux ans, alors que les autorités libanaises et internationales s’inquiètent d’une expansion du conflit.

Mise à jour du 18/03/2013 à 15h20

Washington a confirmé cette attaque syrienne à la frontière entre les deux pays. Selon la porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, «des avions et des hélicoptères du régime syrien ont tiré des roquettes sur le nord du Liban, touchant Wadi Khail, près de la ville frontalière d’Arsal». Elle a également précisé que cela représentait «une escalade significative dans les violations de la souveraineté territoriale libanaise dont la Syrie se rend coupable«très inquiets».

Cité sous couvert de l’anonymat par l’AFP, un responsable militaire libanais a déclaré, ce lundi, qu’un raid de l’aviation syrienne a été mené sur la frontière entre les deux pays. Pour autant, il a assuré ne pas être en mesure de préciser s’il s’agissait d’un bombardement ayant touché l’un ou l’autre des territoires.

Selon un gradé des services de sécurité libanais, quatre missiles auraient été tirés contre des positions de la rébellion syrienne, à Arsal, en territoire libanais, dans l’est du pays. Si aucune confirmation n’a, pour l’heure, été apportée sur le lieu du bombardement, cette localité sunnite située à proximité de la frontière soutient les insurgés contre le régime de Bachar al-Assad.

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Mais cette nouvelle attaque aux abords de la frontière entre les deux pays laissent craindre une expansion du conflit au-delà des territoires syriens. C’est en tout cas ce que redoutent les autorités libanaises.

Le Hezbollah libanais accusé de soutenir le régime syrien

Car il ne s’agit pas du premier incident dans la région. Si l’armée libanaise atteste sans cesse de sa capacité à «empêcher la contagion de la guerre au Liban», les agissements du Hezbollah dans cette zone frontalière restent un exemple concret d’un risque accru de voir le conflit s’étendre.

Une préoccupation partagée par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Dans une déclaration adoptée jeudi dernier, les 15 membres du Conseil de sécurité se sont déclarés «très inquiets» des «incidents frontaliers répétés» entre les deux pays, redoutant «l’impact de la crise syrienne sur la stabilité du Liban».

Pour autant, le président libanais, Michel Sleiman, s’efforce de maintenir le pays en sécurité face aux menaces voisines. «Il ne faut pas envoyer des militants en Syrie et ne pas en recevoir. […] Nous devons maintenir notre neutralité», a-t-il affirmé, ce week-end.

Il a également assuré avoir donné l’ordre à ses forces armées «d’arrêter tout homme armé ayant l’intention [d’aller] combattre [en Syrie]qu’il appartienne à l’opposition ou pas». Une neutralité affichée pour essayer de faire face aux divergences internes sur la question syrienne.

Un pays meurtri

Subissant de plein fouet la guerre civile voisine, le Liban traverse actuellement une grave crise économique et sociale. Si la persistance du conflit syrien divise la scène politique entre soutiens et opposants aux camps respectifs, l’économie libanaise s’effondre progressivement et alimente ainsi l’instabilité au cœur du pays.

Alors que les affrontements frontaliers étaient restés, jusqu’à présent, localisés, Damas a prévenu, jeudi dernier, qu’elle n’hésiterait pas à frapper en territoire libanais «les bandes armées» passant clandestinement en Syrie.

«Les forces syriennes font preuve de retenue en ne frappant pas ces bandes à l’intérieur du territoire libanais […] mais cela ne durera pas indéfiniment», avait alors averti le chef de la diplomatie syrienne dans une lettre adressée aux Affaires étrangères libanaises.

Il s’agit là de la première menace officielle de la Syrie à l’égard de son voisin libanais. Alors que Beyrouth a assuré avoir pris cette mise en garde très au sérieux, nul doute que les évènements survenus ce lundi raviveront un peu plus les tensions déjà palpables aux abords des deux frontières.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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