Mali: la situation des réfugiés et des déplacés pourrie par l’insécurité et la peur

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Au Mali, les combats, les attentats-suicides, les exactions, les représailles, la peur, la pauvreté et l’insécurité pourrissent la situation des personnes déplacées et des réfugiés.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés (le HCR) a déclaré vendredi 8 mars qu’il y a encore, près de deux mois après le lancement de l’intervention militaire française au Mali, de nombreuses personnes déplacées internes et, dans les pays voisins, un grand nombre de réfugiés, qui n’a d’ailleurs pas encore cessé d’augmenter.

«Les attaques et les combats des derniers jours, la présence d’engins explosifs non éclatés, les craintes de représailles et le manque de services de base sont autant de facteurs qui les dissuadent [les réfugiés et les personnes déplacées]de rentrer chez eux», a décalré Hélène Caux, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Sur les 430 000 personnes environ qui sont déracinées depuis début 2012 au Mali, selon le HCR, quelque 260 665 personnes sont des déplacées internes alors que la population réfugiée s’élève, elle, à environ 170 000.

Plus de 70 000 ont trouvé refuge en Mauritanie, quelque 47 200 au Burkina Faso, 50 000 au Niger et environ 1 500 en Algérie.

Une situation sécuritaire précaire

Selon un autre porte-parole du HCR, Adrian Edwards, abonde dans le même sens qu’Hélène Caux.Les retours spontanés parmi les personnes déplacées sont en effet encore bien faibles, bien que les services d’autobus aient repris la semaine dernière entre Bamako, la capitale du Mali, et la ville de Gao dans le nord et que les bateaux aient également repris les liaisons pour desservir les villes de Mopti et de Tombouctou.

La situation sécuritaire, toujours préocuopante, explique la peur des réfugiés et des personnes déplacées: «La poursuite des combats, les attentats-suicides, les attaques de représailles contre certaines communautés, la présence de mines terrestres et de munitions non explosées dans les régions de Mopti, Gao et Tombouctou, sont cités comme motifs de reporter le retour», souligne à son tour Adrian Edwards.

En outre, la majorité des réfugiés sont des «peaux claires», touaregs ou arabes, qui ont le plus à caindre des exactions et des représailles, les autres maliens les assimilant à l’occupant islamiste qui s’étaient emparé du Nord du pays.

Une situation politique et économique difficile

Interrogés par IRIN, le service d’analyses et d’information humanitaire de l’OCHA, plusieurs réfugiés ont aussi ont évoqué la rébellion touareg, qui avait secoué le Nord en 1990-1991 et les avait poussés à s’enfuir.«Tant qu’il n’y aura pas de solution durable, nous ne rentrerons pas », a déclaré à IRIN Amhedo Ag Hamama le directeur d’une école de Tombouctou « pas si dans un, deux ou trois ans nous sommes forcés de fuir à nouveau … Nous avons peur des représailles. Nous avons peur des attaques des soldats maliens. Personne n’ose rentrer.»

Finalement, pour compliquer encore davantage les choses, bon nombre d’éleveurs qui avaient fui le Nord avaient dû vendre leur bétail pour pouvoir payer leurs frais de transport et n’ont plus les moyens de revenir, affirme pour sa part Judy Dacruz, porte-parole de l’OIM (Office international des migrations), ajoutant aussi « Bon nombre d’agriculteurs n’ont pas pu planter leurs semences, car ils se sont déplacés ; ils ne pourront pas subvenir à leurs besoins cette année.»

Conséquemment, loin d’un retour des réfugiés et des déplacés, il y a encore aujourd’hui des personnes qui fuient le pays, les affrontements qui se poursuivent dans la région montagneuse au nord de Kidal et dans la ville de Gao, provoquant de nouveaux déplacements.

En février, précise le HCR, les arrivées en Mauritanie étaient encore de plus de 1 500 personnes en moyenne par semaine et, pendant ce temps, même s’il n,a pas augementé, le nombre de réfugiés au Burkina Faso et au Niger, est resté inchangé.

Alors que, en l’absence de réconciliation et de rétablissement de la sécurité, la crise se prolonge, le sort des réfugiés devient chaque jour plus problématique.

«Le nord et le sud du pays doivent se faire mutuellement confiance, nous avons besoin de la réconciliation», déclare Fama, une femme touareg de 56 ans réfugiée à Bamako, où elle se dit considérée avec suspicion par les Maliens de la capitale.

Une autre réfugiée, qui s’était réfugiée à Bamako, Fatoumata, âgée de 18 ans, déclare pour sa part:« Ici nous vivons dans de très mauvaises conditions, avec un accès limité à l’électricité et à l’eau courante. Nous ne pouvons pas trouver d’emploi».

Appel à l’aide de l’OCHA

Pendant ce temps, le Bureau de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU, l’OCHA, appelle à l’aide la communauté internationale.

Son directeur des Opérations, John Ging, presse «la communauté internationale d’intensifier les efforts pour aider des centaines de milliers de personnes au Mali qui ont souffert à cause de la violence brutale et de l’effondrement économique depuis le début du conflit dans le nord en 2012.», dit un communiqué de l’OCHA

«Dans le nord, dit M. Ging, [ces personnes]veulent reprendre pied après une année de brutalité et de dévastation. « Elles veulent une protection, elles veulent envoyer leurs enfants de nouveau à l’école, avoir un service de santé qui fonctionne, rouvrir les marchés et semer à temps pour obtenir une bonne récolte».

Les familles, précise le communiqué de l’agence de l’ONU, ont de plus en plus du mal à obtenir assez de nourriture dans la région, qui connaît des sécheresses à répétition, à cause de la perturbation des routes commerciales et de l’augmentation des prix de la nourriture.

Les agences de l’ONU et d’autres organisations humanitaires ont donc lancé une campagne de 373 millions de dollars américains pour fournir une aide vitale et renforcer les moyens de subsistance en 2013 mais n’ont reçu jusqu’à présent que 17 millions de dollars, alors qu’elles ont besoin d’au moins 53 millions de dollars pour pouvoir fournir une assistance urgente dans les 6 mois à venir.


La crise humanitaire s’exacerbe au Nord Mali, malgré l’intervention de la Croix-Rouge (Vidéo: Algeria Son)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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