Mali: l’Adrar des Ifoghas et son «organisation industrielle du terrorisme»

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Les forces françaises poursuivent leurs offensives pour neutraliser les islamistes retranchés dans cette région accidentée (Photo: EMA/ECPAD)
Les forces françaises poursuivent leurs offensives pour neutraliser les islamistes retranchés dans cette région accidentée (Photo: EMA/ECPAD)

Au cœur du massif des Ifoghas, les forces de l’Opération Serval tentent de progresser «mètre après mètre». Mais dans cette région accidentée du Nord-Est du Mali, la traque des djihadistes s’avère délicate.

Une zone de refuge idéale. Berceau du peuple touareg, l’Adrar des Ifoghas est devenu au fil des semaines un repère incontournable d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). La traque des islamistes qui y sont retranchés représente ainsi la «phase finale» de l’Opération Serval, à en croire le président de la République française, François Hollande.

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Mais l’avancée des forces franco-tchadiennes reste extrêmement compliquée. Face à un environnement hostile, maîtrisé parfaitement par leurs ennemis, les soldats s’adaptent à la réalité du terrain. Une réalité loin d’être surprenante pour le chef d’état-major français des armées.

Interrogé ce lundi sur Europe 1, l’amiral Edouard Guillaud a notamment évoqué des «terroristes qui sont fanatisés et qui sont entrainés depuis des mois et même des années» avant d’assuré ne pas être surpris car «nous y étions également prêts, nous savions que ce serait dur et que ce serait la partie la plus dure de cette campagne».

Un troisième soldat français «mort au champ d’honneur»

Une dureté visible dans les affrontements récents ayant opposé les forces franco-tchadiennes aux djihadistes d’AQMI. Ce samedi, un troisième soldat français, le caporal Charenton, a perdu la vie lors de l’assaut d’une position ennemie. De son côté, l’armée tchadienne a subi de nombreuses pertes alors que l’un des dirigeants d’AQMI, Abou Zeid, aurait également péri dans ces heurts.

Quoi qu’il en soit, le chef d’état-major français des armées maintient le cap dressé par le président Hollande. Si certains y voient une avancée lente, l’amiral Guillaud assure que cette opération s’avère efficace. «Nous sommes en train de casser les reins d’Al-Qaida au Maghreb islamiste, et ça, c’était bien l’objectif tel qu’il nous avait été donné par le président de la République», s’est-il félicité. Il s’agit ainsi pour les armées française et tchadienne de «casser leur système logistique» mais aussi d’«éliminer leurs têtes de réseaux».

Ces différentes offensives à l’encontre des islamistes ne sont donc pas prêtes de cesser. S’il a évoqué «plusieurs semaines» avant la fin de l’Opération Serval, le chef d’état-major français des armées a quelque peu détaillé les manœuvres menées par les forces tricolores. «Nous avons nettoyé l’une des vallées, une vallée principale dans laquelle aussi bien les forces tchadiennes que les forces françaises avaient pénétré il y a une dizaine de jours. Nous avons fait notre jonction avec les Tchadiens hier, nous continuons à fouiller, nous avons fouillé toute la nuit et à partir d’aujourd’hui nous allons continuer sur les autres vallées pour visiter, fouiller et tout démanteler», a-t-il assuré.

«Cela dépasse l’Adrar des Ifoghas, le Mali, même le Sahel»

Car, aussi retranchée soit-elle, la résistance est féroce. Et pour cause, les djihadistes présents dans le massif des Ifoghas conservent une force de frappe importante. «Sur le terrain, nous découvrons littéralement une organisation industrielle du terrorisme», a commenté l’amiral Guillaud. «Plus d’une cinquantaine de caches dans des maisons, des hangars ou des grottes, plus d’une dizaine d’ateliers de fabrication, y compris de bombes dans l’un des ateliers, vingt bombes artisanales en cours de fabrication simultanément», a-t-il également détaillé.

Une puissance telle que la force de l’organisation islamiste «dépasse l’Adrar des Ifoghas, le Mali, même le Sahel». S’ils ne sont que «quelques centaines tout au plus», ces djihadistes semblent prêts à tout pour repousser l’avancée des forces franco-tchadiennes. Mais si certains spécialistes craignent un enlisement similaire à l’Afghanistan, la France ne relâche pas ses efforts. Près de deux mois après le déclenchement de l’Opération Serval, visant à redonner au Mali «son intégrité», l’armée tricolore avance doucement mais surement vers son objectif final.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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