RDC: le M23 scindé en deux factions rivales engagées dans une lutte fratricide

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Les rebelles du mouvement M23 avaient quitté la ville de Goma le 1er décembre comme l'ont exigé les présidents de la région (Photo: Al Jazeera English)
Les rebelles du mouvement M23 avaient quitté la ville de Goma le 1er décembre comme l’avaient exigé les présidents des pays de cette région de l’Afrique (Photo:  Archives/Al Jazeera English)

Samedi 9 mars, après une semaine de trêve, deux factions rivales des rebelles du M23 ont repris les combats l’une contre l’autre, faisant au moins une dizaine de morts et plusieurs blessés, les deux factions s’accusant mutuellement d’être à l’origine de la rupture de la trêve, rapporte l’AFP.

La faction du général Sultani Makenga avait le mois dernier destitué le président politique du M23, Jean-Marie Runiga, l’accusant de soutenir le général rebelle Bosco Ntaganda, un général de la République démocratique du Congo d’origine rwandaise, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité . Le 7 mars, la faction pro-Makenga du M-23 a désigné Bertrand Bisimwa comme nouveau président du mouvement rebelle.

Jean-Marie Runiga, pour sa part, nie s’être allié au général Ntaganda, accuse le général Makenga d’avoir fait défection après avoir reçu de l’argent du chef de l’État congolais Joseph Kabila,  déclare qu’il n’y a qu’un seul M23 et que c’est lui, Jean-Marie Runiga, qui en est le chef, affirmant contrôler huit brigades du mouvement rebelles sur neuf.

Les deux factions du M23, pro-Makenga et pro-Runiga, qui se partagent des zones adossées au Rwanda et à l’Ouganda voisins, s’affrontent donc dans des combats meurtriers depuis le 24 février,  date pourtant de la signature d’un accord cadre de l’ONU pour la pacification de l’Est congolais.

«Ce matin, [samedi 9 mars]vers 05h00 (03h00 GMT), les hommes du général Ntaganda et de Runiga, conduits par le colonel Ngaruye Baudouin, sont venus attaquer la base militaire de Rumangabo», a déclaré samedi à l’agence de presse le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire pro-Makenga.

Rumangabo est située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Goma, capitale du Nord-Kivu, dont s’étaient emparés les rebelles le 20 novembre dernier pour s’en retirer deux semaines après, le 1er décembre.

La rébellion des M23 était alors  menée par les combattants issus d’un groupe rebelle qui avait accepté de déposer les armes le 23 Mars 2009, en échange de l’autorisation de rejoindre les rangs de l’armée congolaise. M23 tire son nom de la date de cet accord.

La rébellion avait commencé en avril dernier quand des centaines de soldats e ce groupe ont déserté l’armée, disant que les conditions de l’accord n’avaient pas été respectées.

En fait, la plupart des observateurs estiment que l’origine de la rébellion est plutôt un combat pour les richesses minérales du Congo dont une bonne partie se trouve justement dans la province du Nord-Kivu, dont Goma est la capitale. On soupçonne le voisin rwandais d’être le sponsor des rebelles du M23.

En outre, selon l’ONU, le Rwanda et l’Ouganda voisins, accusés, malgré leurs démentis, de soutenir les rebelles, avaient participé à la chute de Goma.

Des experts de l’ONU ont en effet accusé le Rwanda d’avoir activement soutenu la rébellion du M23. Plus de mille soldats rwandais auraient facilité la prise de Goma par le M23. Selon l’organisation internationale, plusieurs compagnies des Forces de défense du Rwanda, FDR, sont entrées en territoire congolais et ont pris part à l’offensive sur Goma. Ces forces auraient aussi pris part aux combats à l’aéroport de la capitale de la province du Nord-Kivu.

Le rapport de l’ONU se base sur différentes sources, principalement d’anciens responsables militaires rwandais et ougandais, ainsi que des responsables des Forces armées de la RDC et des sources diplomatiques.

Lutte sur le terrain et situation humanitaire préoccupante

Mais, aujourd’hui, le mouvement rebelle s’est scindé en deux, chacune des deux factions rivales accusant l’autre de faire le jeu de puissances extérieures au mouvement et tentant de battre la faction rivale sur le terrain:  «Nous avons repoussé l’ennemi et nous sommes en train de continuer à les poursuivre avec la dernière énergie (…) en direction de Kibumba», a déclaré le porte-parole militaire pro-Makenga samedi 9 mars.

Kibumba, ville-frontière avec le Rwanda, située à une vingtaine de kilomètres au Nord de Goma, est le nouveau fief de Jean-Marie Runiga. C’est de cette localité que les rebelles du M23, à l’époque où ils étaient encore unis, étaient partis pour s’emparer de Goma.

Le lieutenant-colonel Kazarama a affirmé samedi que «l’ennemi a perdu beaucoup de positions», ajoutant: «Nous sommes dans les combats, mais l’ennemi est en train de perdre du terrain. Nous avons repoussé l’ennemi de 10 kilomètres, au-delà de Rugari.[en direction de Kibumba]»

Le chef politique du M-23, dont la faction rivale du général Makenga ne reconnaît plus l’autorité, Jean-Marie Runiga, a affirmé pour sa part à l’agence française que, vers 04h00 (02h00 GMT), les pro-Makenga «ont essayé d’attaquer nos positions au niveau de Rugari et ont causé la mort de 6 civils” quand ils étaient en train de bombarder.» «Ils ont été repoussés», a-t-il précisé, niant que les forces du général Makenga aient délogé les forces  qui lui sont loyales: «C’est un mensonge, ils [les forces de la faction adverse]sont en débandade. Nous nous rapprochons de Rumangabo,[à 50 km de Goma] nous allons prendre Rumangabo, peut-être ce soir.»

Pendant ce temps, partout au Congo, les agences humanitaires bravent des conditions sécuritaires précaires pour apporter de l’assistance et évaluer les besoins, dénonçait tout récemment l’OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, déclarant, dans un communiqué, que «la persistance des affrontements compromet la quasi-totalité des opérations humanitaires pouvant aider à répondre aux besoins les plus urgents, dont celui de la protection des civils», qui ajoute que «la communauté humanitaire réclame un accès sans entrave, appelant toutes les parties au conflit et en particulier les autorités congolaises à une implication active et efficace dans la protection des civils et des travailleurs humanitaires.»

Le Nord-Kivu abrite plus de 799 000 de personnes déplacées, soit le tiers de la population déplacée interne de la RDC, estimée à 2,6 millions de personnes au 31 janvier 2013, souligne encore l’OCHA.

L’assistance humanitaire n’a donc pas non plus été épargnée par des violences, précise l’ONU. Des entrepôts humanitaires ont été incendiés, des structures sanitaires détruites et les réseau municipaux de distribution d’eau ont été endommagés.


Le 7 mars, le chef politique du M-23, Jean-Marie Runiga, en entrevue sur la Voix de l’Amérique(Vidéo: Zapping infos congolaises)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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