Syrie: armer les rebelles violerait «la loi internationale» selon Moscou

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Les rebelles syriens poursuivent leurs offensives face au régime de Bachar al-Assad (Photo: Archives/NPR)
Les rebelles syriens poursuivent leurs offensives face au régime de Bachar al-Assad (Photo: Archives/NPR)

En pleine impasse diplomatique, le conflit syrien nourrit les désaccords entre les différentes puissances internationales. Parmi les soutiens du président Bachar al-Assad, la Russie refuse catégoriquement d’armer les insurgés syriens, une initiative à laquelle réfléchissent sérieusement les autorités françaises et britanniques.

Présent, ce mercredi, à Londres, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a maintenu la ligne directrice du président Poutine. «La loi internationale n’autorise pas, ne permet pas de fournir des armes à des acteurs non-gouvernementaux et, selon nous, il s’agit d’une violation de la loi internationale», a-t-il déclaré à l’issue d’une conférence de presse avec son homologue britannique, William Hague.

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Si la France, la Grande-Bretagne ou encore les États-Unis cherchent vainement à trouver une solution diplomatique pour écarter Bachar al-Assad du pouvoir et mettre fin à l’insurrection sanglante dans le pays, la Russie reste un soutien précieux pour le régime syrien. Prônant un règlement politique du conflit et l’entame d’un dialogue inter-syrien, Moscou se défend pour autant d’alimenter les forces armées de Damas.

«La Russie n’envisage pas d’élargir son aide militaire et technique à la Syrie. Nous réalisons les ententes déjà passées, il ne s’agit pas de nouveaux projets ou contrats. Il faut respecter les contrats existants […]. Nous devons avant tout livrer des pièces détachées et réparer les matériels de guerre déjà livrés», a notamment déclaré le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, à l’issue de la réunion de Londres, réunissant les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays.

Un «embargo allégé» selon Paris et Londres

Une chose est sure, le conflit syrien a pris une dimension internationale tant les différentes puissances mondiales s’alertent de la situation et tentent de stopper la poursuite de cette tragédie. Mais les divergences règnent et empêchent les négociations d’avancer concrètement.

Si le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a assuré, ce mardi, que la France, les États-Unis et la Russie travaillaient actuellement à établir «une liste de responsables syriens qui serait acceptable» pour dialoguer avec les insurgés, les désaccords restent bien présents au sein même de l’Union européenne. Alors que plusieurs pays comme l’Allemagne refusent d’alimenter l’insurrection syrienne, la vision franco-britannique penche vers un «embargo allégé» à destination des rebelles.

«Il nous semble que c’est la position juste. Dans les jours qui viennent, il y aura un certaine nombre de démarches qui seront faites dans ce sens», a déclaré M. Fabius devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française. L’ancien Premier ministre a également ajouté que «si on veut faire bouger Bachar al-Assad, il faut lui faire comprendre qu’il ne peut pas l’emporter par les armes, il y a un rapport de forces nouveau à créer».

Des manifestations à Mayadine contre les insurgés

Des déclarations qui font écho à celles du secrétaire d’État américain, John Kerry. En visite en Arabie Saoudite, le 4 mars dernier, l’ancien candidat à la présidentielle américaine avait assuré que «les États-Unis s’engagent à continuer d’œuvrer […] à renforcer l’opposition syrienne».

S’il avait refusé d’armer directement les insurgés, assurant qu’il n’est «pas garantie qu’une arme ou une autre ne puisse pas tomber dans de mauvaises mains», M. Kerry avait néanmoins donné son aval pour la livraison d’armes en provenance de pays du Golfe et à destinations des rebelles «modérés».

Des désaccords chroniques, des visions différentes mais une même volonté d’en terminer avec ce bain de sang. Au cœur du pays, les populations syriennes tentent également de se faire entendre.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) rapporte ainsi que, pour le troisième jour consécutif, des habitants de la localité de Mayadine, dans l’est de la Syrie, manifestent contre la présence des djihadistes du Front al-Nosra. Ils protestent ainsi contre l’imposition de la loi islamique par ce Front, combattant le régime aux côtés des rebelles, après la mise en place d’un Conseil religieux et d’une police religieuse pour gérer les affaires à Mayadine.

Alors que le conflit syrien fêtera tristement son deuxième anniversaire le 15 mars prochain, la terreur militaire et islamiste laisse craindre une impasse tant diplomatique qu’humanitaire. Car si la communauté internationale discute, réfute ou réfléchit, les populations n’en finissent plus de souffrir.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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