Syrie: cri d’alarme du Haut commissariat au réfugiés et de la Croix-Rouge

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En ce deuxième anniversaire du conflit en Syrie, la crise humanitaire s’aggrave, affecte le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Irak voisins, et les violences en Syrie menacent d’embraser tout la région.

Le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés a lancé ce vendredi 15 mars à Beyrouth un cri d’alarme face aux risques d’explosion de la région en raison du conflit syrien alors que, le même jour, la Croix Rouge internationale rappelle que l’aide apportée à la population syrienne est loin de couvrir des besoins qui ne cessent de croître: «Si le conflit syrien se poursuit, il y a un réel risque d’explosion au Moyen-Orient et il sera impossible de répondre à ce défi tant sur les plans humanitaire, politique et sécuritaire», a déclaré le chef de l’agence onusienne, Antonio Guterres.

Le Haut commissaire effectue actuellement une tournée régionale qui l’a conduit en Jordanie et en Turquie.

Selon l’ONU, plus d’1,1 million de Syriens ont fui vers le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Irak voisins et quatre autres millions ont du abandonner leur domicile, ce qui signifie que près d’un quart de la population est réfugiée ou déplacée.

À la frontière jordanienne

À la frontière jordanienne, par exemple, l’armée jordanienne surveille 145 points de passage frontière, observant en moyenne l’arrivée de 2 000 Syriens par jour. Dans le cadre de sa tournée, le Antonio Guterres était à leur côté une nuit de cette semaine. Sur son site, l’agence onusienne rapporte que le chef de brigade Hussein Zyoud, commandant des forces frontalières jordaniennes, a expliqué alors au Haut commissaire qu’au moins 30 blessés sont amenés chaque soir. Nombreux sont ceux qui sont blessés par balles durant leur fuite en exil. « Nous leur disons, vous êtes maintenant entre les mains de l’armée jordanienne. Cela les soulage », explique le militaire.

Le Haut commissariat aux réfugiés rapporte qu’un haut responsable du Ministère des Affaires étrangères a déclaré à António Guterres à Amman, « Je ne nous vois pas construire des camps suffisamment rapidement pour héberger tous ces arrivants. Je ne crois pas que notre infrastructure soit capable d’absorber de tels chiffres».

Appel aux pays donateurs

António Guterres avait lancé plus tôt cette semaine un appel aux pays donateurs pour créer un fonds extraordinaires afin d’aider les victimes syriennes et les pays hôtes comme la Jordanie. « Il est impossible que nous puissions continuer à vraiment aider ces personnes avec les fonds dont nous disposons actuellement. »

Un haut responsable du ministère des Affaires étrangères a déclaré à António Guterres à Amman, « Je ne nous vois pas construire des camps suffisamment rapidement pour héberger tous ces arrivants. Je ne crois pas que notre infrastructure soit capable d’absorber de tels chiffres. » La Jordanie dit héberger aujourd’hui plus de 450 000 réfugiés syriens. La majorité d’entre eux vivent dans des villes grandes et moyennes. Environ 100 000 autres vivent à Za’atri, mais de nouveaux camps sont prévus. Le HCR travaille avec le gouvernement sur des plans d’urgence, au cas où la situation se détériorerait encore.

Lors de sa tournée, le chef de l’agence onusienne a aussi rendu visite, aux réfugiés syriens en Turquie où il a remercié le gouvernement turc pour avoir accueilli des centaines de milliers de réfugiés et, là aussi, a insisté pour dire qu’une solution politique devait être trouvée à ce conflit qui risque d.embraser toute la région.


Visite du Haut commissaire aux réfugiés de l’ONU aux réfugiés syriens, mars 2013 ((Vidéo: HCR)

Antònio Guterres a donc mis en garde vendredi 15 mars sur l’impact sécuritaire que l’afflux de réfugiés peut avoir sur les voisins de la Syrie. «La crise syrienne est à un point critique. Les choses vont encore empirer avant de s’améliorer. Mais ce n’est pas que cela ira plus mal seulement en Syrie, cela peut avoir aussi un très grand impact sur les pays avoisinants», a expliqué le chef de l’agence de Nations-Unies pour les réfugiés, soulignant que «Ce n’est pas seulement une obligation morale» [d’accroître l’aide internationale mais] «c’est aussi essentiel pour préserver la paix et la sécurité générales»,

António Guterres a prévenu que le nombre de réfugiés, actuellement estimé à plus de 1,1 million, pourrait atteindre trois millions d’ici la fin de l’année et les organisations humanitaires n’ont reçu que 30% des fonds requis pour faire face aux besoins les plus élémentaires des victimes du conflit.

Des dizaines de milliers de disparus, selon la Croix-Rouge

«Des centaines de personnes meurent chaque jour en Syrie. Des millions ont été déplacées à l’intérieur du pays, tandis que d’autres ont fui vers des pays voisins et vivent dans une grande précarité », affirme Robert Mardini, chef des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour le Proche et le Moyen-Orient, dans un communiqué du CICR. « Des dizaines de milliers de personnes sont détenues ou portées disparues. Les familles qui sont sans nouvelles de leurs proches cherchent désespérément à savoir ce qu’il est advenu d’eux. Les services de santé se sont fortement dégradés, des structures médicales sont prises pour cibles et des membres du personnel de santé sont tués, menacés ou placés en détention alors qu’ils tentent de sauver des vies. Les biens et les infrastructures ont subi d’importants dégâts, et des zones entières sont en ruine.»

Les parties au conflit ne se sont pas rapprochées d’une solution politique, et la communauté internationale n’est pas non plus parvenue à engager des négociations pour mettre un terme à ce conflit armé. Dans le même temps, et malgré les énormes efforts déployés par une poignée d’organisations humanitaires présentes sur le terrain, l’aide apportée à la population syrienne est loin de couvrir des besoins qui ne cessent de croître, souligne encore le CICR dans son communiqué.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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