Syrie: la CIA favorise la livraison d’armes aux rebelles

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David Petreaus (Photo: DoD)
L’ancien chef de la CIA, David Petraeus, aurait joué un rôle important dans la coordination de l’aide aux rebelles syriens, selon un ancien responsable américain, cité par le New York Times (Photo: Archives/DoD)

À en croire les informations révélées par le New York Times, ce lundi, l’Agence centrale de renseignement américain (CIA) a apporté une aide importante à la Turquie et aux pays arabes afin de livrer des armes à la rébellion syrienne.

Alors que le conflit syrien parait de plus en plus indécis entre un régime attaqué et attaquant de toute part et une opposition rebelle profondément divisée, le quotidien américain affirme que la CIA a eu une importance prépondérante dans le renforcement de l’aide armée aux opposants syriens.

S’il ne s’agit que d’un rôle «en grande partie consultatif», selon plusieurs responsables américains cités par le journal, la CIA a ainsi favorisé la mise en œuvre de ces livraisons d’armes. Les agents de renseignements américains ont aidé les gouvernements arabes à acheter des armes, dont un chargement venant de Croatie, et les ont examinées attentivement avec les rebelles qui devaient recevoir ces armes.

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Le journal évoque également la présence de la Turquie mais aussi de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite ou encore du Qatar dans cette aide à l’opposition syrienne. Alors qu’un pont aérien avait été mis en place début 2012, celui-ci a été de plus en plus utilisé au fil de l’année pour renforcer le soutien devenu nécessaire aux rebelles.

Plus de 160 avions militaires jordaniens, saoudiens ou qataris transportant du matériel ont ainsi atterri sur l’aéroport Esenboga, près d’Ankara, ou sur d’autres aéroports turcs ou jordaniens. Si les autorités de ces différents pays nient toute implication officielle dans le conflit syrien, les différents témoignages de responsables anonymes de plusieurs pays ou de commandants rebelles attestent de ces agissements répétés.

«Une estimation basse des chargements transportés par ces vols serait de 3500 tonnes d’équipement militaire», a souligné dans le quotidien Hugh Griffiths, du Stockholm International Peace Research Institute. Il a également ajouté que leur «intensité et [leur]fréquence suggèrent qu’il s’agit d’une opération logistique militaire clandestine bien préparée et coordonnée».

Pour autant, les responsables de l’opposition ont affirmé avoir besoin d’une aide bien plus importante pour espérer lutter contre le régime de Bachar al-Assad. Car face aux chars et missiles de l’armée régulière, les munitions rebelles apparaissent bien désuètes pour donner un résultat significatif.

Une aide américaine pour organiser les livraisons d’armes

Le journal évoque également le rôle joué par David Petraeus, directeur de la CIA jusqu’en novembre dernier, lors de ces achats et livraisons d’armes à destination de l’opposition syrienne. Selon un ancien responsable américain, M. Petraeus a ainsi permis de renforcer la coopération à ce sujet et de rendre plus efficace l’acheminement des armes à travers ce fameux pont aérien.

Ce même ancien responsable américain a également évoqué que cet engagement américain était dû au sentiment que d’autres pays souhaitaient armer les rebelles d’une façon ou d’une autre. Organisant ces livraisons de façon plus ordonnée, les États-Unis ont ainsi veillé à écarter toute menace de voir ces armes tombées aux mains de groupes islamistes. Selon le New York Times, ils ont notamment persuadé les donateurs voisins de la Syrie de ne pas livrer de missiles antiaériens portables «qui pourraient être utilisés dans de futures attaques terroristes contre des avions civils».

Une crainte partagée actuellement par la communauté internationale. Si la Russie et l’Iran poursuivent leurs soutiens politique et militaire au régime syrien, les alliés occidentaux semblent diviser sur le comportement à adopter pour mettre fin à cette tragédie.

La France et la Grande-Bretagne se sont ainsi positionnées en faveur d’une livraison d’armes à destination des rebelles pour «un rééquilibrage des forces sur le terrain militaire», comme l’a répété, ce lundi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, au micro d’Europe1.

Une opposition plus que jamais divisée

Mais les profondes divisions qui minent actuellement l’opposition syrienne laissent craindre un effritement des organisations rebelles et une dérive extrémiste dans ce conflit. Après la nomination controversée de Ghassan Hitto comme Premier ministre au sein de la Coalition nationale syrienne (CNS), son président, Moaz Al-Khatib a présenté sa démission, ce dimanche. Une démission refusée par la principale instance d’opposition reconnue par la communauté internationale.

La présence de groupes islamistes au sein de l’opposition reste, pour l’heure, le principal frein à l’appui militaire des insurgés. Lors de son déplacement en Jordanie, Barack Obama, s’est ainsi déclaré «très inquiet» quant à la situation en Syrie. Lors d’une conférence de presse tenue en compagnie du roi Abdallah II de Jordanie, le président américain a constaté que «les extrémistes prospèrent dans une situation de chaos, prospèrent en cas de vide du pouvoir».

Par ailleurs, le Wall Street Journal a évoqué l’accroissement du rôle de la CIA en Syrie à travers un réseau d’informations fournies à certains groupes rebelles. Les renseignements américains tentent ainsi de contrer la montée en puissance des groupes islamistes, parmi lesquels le Front djihadiste Al-Nosra, figurant sur la liste des organisations terroristes de la Maison Blanche.

Arrivé dimanche à Bagdad pour une visite surprise, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a demandé au Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, d’interdire le survol de son espace aérien par les avions reliant l’Iran et la Syrien, jugeant que ces vols avaient pour but de soutenir le régime syrien. Une nouvelle preuve de l’investissement diplomatique effectué par les États-Unis dans ce conflit.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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