Syrie: l’opposition divisée par une vague de démissions

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Au moins douze membres de la Coalition nationale syrienne (CNS) ont annoncé, mercredi, le gel de leur participation à cette coalition d'opposition  (Photo: CNS)
Au moins douze membres de la Coalition nationale syrienne (CNS) ont annoncé, mercredi, le gel de leur participation à cette coalition d’opposition (Photo: CNS)

Seulement deux jours après l’élection de Ghassan Hitto en tant que Premier ministre intérimaire de l’opposition, la Coalition nationale syrienne (CNS) a subit, ce mercredi, le gel de la  participation d’au moins douze de ses membres.

L’opposition syrienne reste encore et toujours minée par des désaccords persistants en son propre sein. Si les démissionnaires ont évoqué la présence de plusieurs raisons justifiant leur geste, certains n’ont pas caché leur désapprobation à l’égard du choix de Ghassan Hitto en tant que chef du gouvernement intérimaire.

Parmi eux, le porte-parole de la CNS, Walid al-Bounni. «Chacun de nous a des raisons différentes de geler sa participation. Nous allons publier un communiqué qui nous représente tous dans les prochains jours», a-t-il assuré.

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Alors que plusieurs désaccords ont alimenté les 14 heures de négociation, ce lundi, à Istanbul, le Premier ministre intérimaire, Ghassan Hitto, doit désormais former un gouvernement de transition afin de gérer les territoires passés aux mains des rebelles.

S’il a été élu avec 35 voix sur 49 exprimées, plusieurs membres de la Coalition n’ont pas souhaité prendre part à ce vote. Un geste que justifie l’un d’eux, Kamal Labwani, dans une déclaration rapportée par l’AFP. Pour lui, la Coalition est un corps qui n’a pas été élu et n’a donc pas le droit de choisir un Premier ministre sur la base d’un vote majoritaire.

M. Labwani a également déclaré qu’il considérait que Ghassan Hitto ne représentait que les 35 personnes ayant voté pour lui et non l’ensemble de la Coalition nationale syrienne, précisant qu’il s’agissait ainsi d’un cadeau pour le régime de Bachar al-Assad.

Autre personnalité à avoir refusé de siéger, ce mercredi, la vice-présidente de la CNS, Souhair al Atassi, a tenu à expliquer son choix sur sa page Facebook. «Parce que je suis une citoyenne syrienne, je refuse de suivre aveuglément et d’être un instrument», peut-on y lire.

De quoi alimenter un peu plus la vision fragilisée d’une opposition fragmentée par ses divergences internes. Si le chef de la Coalition, Ahmed Moaz al-Khatib, avait ouvert la porte, en janvier dernier, à un dialogue avec les membres du régime de Bachar al-Assad qui n’ont pas «de sang sur les mains», Ghassan Hitto a d’ores et déjà refusé tout dialogue avec Damas.

«Nous confirmons au grand peuple syrien qu’il n’y aura pas de dialogue avec le régime d’Assad», a ainsi déclaré le Premier ministre intérimaire lors de son discours inaugural. Il rejoint ainsi les positions défendues par plusieurs membres de la Coalition, fermant toute négociation diplomatique avec le régime en place.

Moscou prend acte «avec déception»

Mais les divergences actuelles parmi les quelques 70 membres de la CNS interpellent même les alliés occidentaux de la rébellion. «Il y a environ six mois, nous avions une image très floue de l’opposition, et maintenant je dirais qu’elle l’est encore plus», a ainsi déclaré, ce lundi, le général américain Martin Dempsey, chef d’état-major interarmées et principal conseiller militaire du président américain, Barack Obama.

De son côté, Moscou n’a pas tardé à remettre en cause ce choix des insurgés. Principal allié de Damas, la Russie a témoigné sa «déception» à l’égard de «cet acte de la Coalition nationale syrienne (CNS) qui ne contribue pas au règlement pacifique de la crise syrienne», selon le chef de la diplomatie russe, Alexandre Loukachevitch.

Ce dernier a également ajouté que cette élection «risque d’aggraver l’instabilité politique en Syrie» et «augmente le risque de désintégration du pays puisqu’elle ne tient pas compte des intérêts de ceux qui soutiennent le gouvernement légitime en place et des structures d’opposition ne faisant pas partie de la Coalition».

Damas demande une enquête des Nations Unies sur l’arme chimique

En attendant, les invectives entre la rébellion et le régime n’observent aucune trêve. Ce mardi, les forces gouvernementales et les rebelles se sont mutuellement accusés d’avoir eu recours à des armes chimiques lors de différentes attaques dans le pays, notamment à Alep.

Aujourd’hui, Damas a franchi un nouveau cap en demandant aux Nations Unies d’enquêter à ce sujet. «Le gouvernement syrien a demandé au secrétaire général [de l’ONU, Ban Ki-moon, ndlr]de fournir de l’aide pour former une mission technique spécialisée, indépendante et neutre, afin d’enquêter sur des attaques par des groupes terroristes en Syrie utilisant des armes chimiques contre des civils», a déclaré l’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari.

Face aux accusations des insurgés, M. Jaafari a également rappelé que le régime syrien avait «averti en décembre dernier [l’ONU] de la possibilité que des groupes terroristes aient recours à des armes chimiques et tentent ensuite d’accuser le gouvernement d’utiliser du matériel chimique».

De quoi rajouter une nouvelle part d’ombre au cœur de cette tragédie syrienne. Une tragédie qui dure déjà depuis plus de deux ans et dont l’issue semble, pour l’heure, bien méconnue.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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