Syrie: pas de livraison d’armes sans certitude pour la France

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Le président de la République française, François Hollande, lors de son entretien, ce jeudi, sur le plateau de France 2 (Photo: Présidence de la République)
Le président de la République française, François Hollande, lors de son entretien, ce jeudi, sur le plateau de France 2 (Photo: Présidence de la République)

Au cours d’une allocution télévisée sur la chaine France 2, le président de la République française, François Hollande, a assuré, ce jeudi, que Paris continuerait de respecter l’embargo sur les armes à destination de la rébellion syrienne tant qu’il ne serait pas sûr d’armer des «opposants légitimes et coupées de toute emprise terroriste».

«Il ne peut pas y avoir de livraison d’armes à la fin de l’embargo, au mois de mai, s’il n’y a pas la certitude que ces armes seront utilisées par des opposants légitimes et coupés de toute emprise terroriste […] Pour l’instant, nous n’avons pas cette certitude», a déclaré M. Hollande, ce jeudi soir.

Alors que la France et la Grande-Bretagne annonçaient récemment leur dessein commun de voir cet embargo être levé, le chef d’État français a freiné cette volonté déclarée de rééquilibrer les forces du conflit syrien. Principales justifications apportées, les dernières divisions qui scindent actuellement l’opposition syrienne apparaissent comme une crainte accrue de voir les armes livrées tomber aux mains d’extrémistes.

Évoquant des «djihadistes qui saisissent cette opportunité pour porter des coups à Bachar al-Assad mais en même temps prendre des marques pour la suite», le président français a rappelé qu’il attendait «un contrôle total de la situation par l’opposition» avant d’agir.

Assurant «qu’on ne peut pas laisser un peuple être massacré sans réagir», François Hollande a également mentionné que «cet embargo est violé par les Russes qui envoient des armes à Bachar al-Assad». «A l’opposition de se structurer, de nous donner toute garantie. Aux Russes, de favoriser la négociation politique et, à ce moment-là, de permettre enfin le départ de Bachar al-Assad», a-t-il conclu.

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Ses déclarations traduisent ainsi l’inquiétude croissante de la France et des puissances occidentales à l’égard des opposants au régime syrien. Ces derniers jours, la démission refusée du chef de la Coalition nationale syrienne (CNS), Ahmed Moaz al-Khatib, est ainsi venue s’ajouter à la nomination contestée de Ghassan Hitto au poste de Premier ministre de cette coalition.

Des divergences tenaces qui ont conduit Paris à réviser son intention déclarée d’armer la rébellion en Syrie. «Les choses se compliquent […] Nous souhaitons à la fois que l’opposition se réunisse à nouveau parce que toute division est négative et, d’autre part, nous souhaitons que l’opposition reste dans ses limites réformistes. Nous ne sommes pas d’accord pour une dérive qui serait une dérive extrémiste», confiait ainsi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, ce lundi, sur Europe 1.

La France livrerait déjà «des munitions et des fusils d’assaut»

Il n’y aura donc, pour l’heure, aucune livraison officielle d’armes en provenance de France. Pour autant, l’implication de Paris dans le conflit serait déjà avérée. C’est en tout cas ce qu’assure Vincent Jauvert, journaliste pour Le Nouvel Observateur. S’appuyant sur «une source fiable au sein de l’appareil d’État français», ce dernier affirme que «François Hollande a décidé mi-décembre de livrer des armes à l’Armée Syrienne Libre à des groupes sélectionnés par les services de renseignement», le tout «en concertation avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis» qui auraient fait de même.

Cette décision aurait été prise suite à la visite du chef de l’opposition, Ahmed Moaz Al-Khatib, à Paris, le 17 novembre dernier. Ajoutant que les premiers envois ont été effectués début janvier, Vincent Jauvert précise qu’«il s’agit pour l’instant de matériel léger, essentiellement des munitions et des fusils d’assaut type Famas», rapportant les propos de cette même source.

Lors de sa visite au Qatar, le 6 mars dernier, le secrétaire d’État américain, John Kerry, avait, pour sa part, confirmé que «de nombreux pays entrainent» les rebelles syriens. Une déclaration qui s’ajoute aux révélations du Nouvel Observateur, assurant, le 21 mars dernier, que des soldats français et britanniques formeraient d’ores et déjà des insurgés en Jordanie.

S’appuyant sur une source «familière du dossier», l’hebdomadaire français assurait que ces soldats ont dispensé «des cours à certains groupes de l’Armée syrienne libre (ASL) en matière de communication cryptée». Avant d’ajouter que «depuis peu, ils seraient passés à une étape plus pratique, ils entraîneraient ces mêmes bataillons à combattre».

La France et certains de ses alliés, américains et britanniques notamment, essaieront donc de soutenir militairement l’ASL, liée à la Coalition nationale syrienne, pour mettre fin à cette tragédie interminable. Mais entre volte-face et transparence, les stratégies géopolitiques et diplomatiques de chaque acteur international interroge sur la suite à donner pour le règlement d’un tel conflit.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

DiscussionUn commentaire

  1. Faut s 'appeler Hollande pour vouloir donner de l'armement aux islamistes , qu'elle politique lamentable