Syrie: tractations et inquiétudes autour de l’enlèvement des observateurs de l’ONU

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Une vidéo diffusée jeudi soir montre six des observateurs philippins en habit militaire, l'un d'eux se présentant comme membre du «bataillon philippin au sein contingent de l'ONU» (Photo: OSDH/Youtube)
Une vidéo diffusée jeudi montre six des observateurs philippins en habit militaire, l’un d’eux se présentant comme membre du «bataillon philippin au sein du contingent de l’ONU» (Photo: OSDH/Youtube)

Au lendemain de l’enlèvement de 21 observateurs philippins des Nations Unies par des rebelles syriens, les négociations se poursuivent pour obtenir une libération imminente. Mais cette prise d’otages laisse également craindre un retrait précipité des membres de la Force de l’observation du désengagement sur le Golan (FNUOD) si leur sécurité est menacée.

A l’issue de ce rapt inédit depuis le début du conflit syrien en mars 2011, les responsables de la FNUOD ont d’ores et déjà engagé des négociations pour libérer leurs observateurs, enlevés, ce mercredi, à proximité de Jamla, à la limite du Golan. Le porte-parole des Nations Unies, Martin Nesirky, a notamment affirmé que la FNUOD avait été «en contact avec eux par téléphone et confirmé qu’ils n’ont pas été maltraités».

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Mercredi, l’ONU était déjà montée au créneau, exigeant «la libération immédiate et sans condition» de ses observateurs. «Les membres du Conseil de sécurité exigent la libération immédiate et inconditionnelle de l’ensemble des Casques bleus détenus et appellent toutes les parties prenantes à coopérer avec la FNUOD pour lui permettre de s’acquitter de son mandat et d’assurer la sécurité de son personnel», a déclaré l’Ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Churkin, actuel président du Conseil, ce mois-ci.

De son côté, le président philippin, Benigno Aquino, a assuré qu’«ils [les responsables de la FNUOD]s’attendent à ce que les observateurs soient relâchés», précisant que ces derniers étaient «bien traités» et que «pour l’instant, rien n’indique qu’ils soient en danger».

Une vidéo montre six des observateurs philippins

D’autant plus que l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a diffusé, ce jeudi, une vidéo montrant six des observateurs philippins en habit militaire. L’un d’eux se présente comme membre du «bataillon philippin au sein du contingent de l’ONU».

Il explique également que, juste avant leur arrivée à Jamla, des bombardements et des tirs d’artillerie ont éclaté. C’est alors que des «civils» les ont aidés pour assurer leur sécurité, leur offrant du logement, de la nourriture et de l’eau.

Cité par l’OSDH, un membre de «la Brigade des martyrs de Yarmouk», une vallée proche de Jamla, a confirmé que cette organisation rebelle «n’avait pas du tout l’intention de maltraiter» ces observateurs. «Ce sont nos hôtes, ils vont bien», a-t-il assuré.

En revanche, ces rebelles exigent le retrait de l’armée syrienne de la localité de Jamla, situé à 1,5 km de la ligne de cessez-le-feu, afin de libérer les observateurs philippins de la FNUOD.

Israël ne veut pas voir la FNUOD se retirer

Cette organisation onusienne est chargée depuis 1974 de veiller au cessez-le-feu entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan. Occupé en grande partie par l’État hébreu depuis 1967, ce territoire syrien reste instable, notamment à cause du conflit sanglant qui se déroule actuellement en Syrie.

Plusieurs tirs de semonce israéliens ont ainsi répondu à la chute d’obus syriens de part et d’autre de la ligne de cessez-le-feu. Mais si la situation s’est tendue entre les deux pays depuis mars 2011, les incidents sont restés rares.

Pour autant, Israël s’inquiète d’un tel enlèvement aux abords de ses frontières. L’État hébreu craint notamment un retrait total des membres de la FNUOD suite à cet incident. «Ce rapt risque de convaincre des pays disposant de contingents dans cette force de les rapatrier, ce qui créerait un vide dangereux dans la zone», a déclaré un responsable israélien. Forte de son millier de soldats, cette force a «depuis sa création, […] rempli sa mission qui était de maintenir la paix», selon ce même responsable.

«Provoquer des relations diplomatiques»

Une vision partagée par Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences Po Paris et auteur de «l’Atlas géopolitique d’Israël». Dans un entretien accordé à RFI, il note l’importance de la présence des Casques bleus dans cette région.

«Il faut bien considérer que dans cette géographie compliquée qu’est le plateau du Golan, il n’y a pas de barrières. […] Autrement dit, c’était jusqu’à présent et c’est jusqu’à présent le mince cordon, le très mince cordon – parfois pas plus de 200 mètres de large – tenu par les Casques bleus qui assuraient et qui assurent depuis 1974 le tampon entre la frontière entre la Syrie et Israël», analyse-t-il.

En attendant, la sécurité des otages ne semble, pour l’heure, pas menacée. Frédéric Encel voit donc, dans cet enlèvement, une volonté des rebelles «d’étendre le conflit ou en tout cas de provoquer des réactions diplomatiques, voire peut-être militaires d’autres Etats et en particulier dans cette région très sensible».

Alors que la guerre civile syrienne fêtera tristement son deuxième anniversaire dans quelques jours, la perspective d’une régionalisation avérée du conflit laisse craindre le pire pour la communauté internationale.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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