Transfert des opérations de sauvetage maritime à Halifax, le gouvernement recule

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Un exercice de sauvetage de l'Aviation royale du Canada et de la Garde côtière canadienne en 2012 (Photo: letartean, WikiC)
Un exercice de sauvetage de l’Aviation royale du Canada et de la Garde côtière canadienne en 2012 (Photo: letartean, WikiC)

Devant les récentes critiques à l’effet que la décision du gouvernement conservateur de transférer la responsabilité de la coordination des opérations de sauvetage de Québec à Halifax mettrait véritablement des vies en danger, le gouvernement recule, du moins temporairement.

Il ne procédera donc pas à l’intégration tant que le commissaire aux langues officielles ne sera pas satisfait du niveau de bilinguisme du centre conjoint des opérations de sauvetage d’ Halifax.

Mercredi 27 mars, le porte-parole libéral en matière de langues officielles et de la Francophonie, Stéphane Dion, avait des mots très durs pour dénoncer ce qu’il appelait «le plan insensé du gouvernement conservateur de fermer le centre de sauvetage maritime qui, de Québec, couvre toute la province», qualifiant d’aberrante la décision des conservateurs de couper le Québec en deux,  d’en placer la moitié Ouest sous la lointaine supervision de Trenton (Ontario) et la moitié Est sous la non moins distante Halifax (Nouvelle-Écosse).

S’agit-il simplement de sauver des emplois au Québec ou, comme le soutenait Stéphane Dion, des vies pouvaient-elles être en danger?

«La précipitation des conservateurs va mettre des vies en danger. Le manque de préparation d’Halifax est confirmé dans un rapport interne rédigé à la fin février par la Garde côtière et les Forces canadiennes à la suite d’un exercice effectué au Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage d’Halifax», déclarait Stéphane Dion.

Si on en croît un rapport interne dont 45eNord.ca a pu prendre connaissance, le transfert de la responsabilité de la coordination des opérations de sauvetage de Québec à Halifax mettrait véritablement des vies en danger, surtout si on y procédait maintenant, alors qu’Halifax n’est pas prêt.

Un rapport accablant

La zone est du fleuve Saint-Laurent, qui est actuellement desservie par le Centre de sauvetage maritime de Québec (CSSM), devait passer le 15 avril sous la responsabilité du Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage d’Halifax.

Le gouvernement fédéral a fait procéder à ce sujet, il y a un mois, soit les 27 et 28 février dernier, à une simulation pour s’assurer que le Centre de Halifax était prêt à prendre la relève du Centre de Québec.

La simulation s’est déroulée au Centre conjoint de coordination de sauvetage (Joint rescue coordination centre ou JRCC).

Au moment de la simulation, le personnel dans la Salle d’Opérations était même plus nombreux que lors d’un quart de travail habituel et des membres du personnel de divers niveaux de compétence linguistique participaient à l’exercice.

Il y a, chez le personnel du Centre, deux niveaux de compétence linguistique, BBB et CBC. La cote linguistique la plus élevée est la cote CBC : une personne ayant cette cote a un niveau de compétence élevé pour la lecture, l’écrit et la conversation.

Lors de la simulation, seul le personnel ayant la cote CBC, moins nombreux que le personnel ayant la cote inférieur, BBB, a pu s’en tirer.

Le personnel n’ayant pas la cote de compétence linguistique la plus élevé s’est avéré incapable de comprendre et de répondre adéquatement à la situation lors d’un appel de détresse en français. Le personnel ayant la cote la plus élevé devant alors traiter tous les appels en français, s’est retrouvé surchargé de travail et, à son tour, a perdu en efficacité.

Le rapport mentionne en outre que la dynamique, l’efficacité de l’ensemble de la salle d’Opération et la possibilité de travailler en équipe sur une situation donnée, s’en sont trouvée affectés, tous ne pouvant saisir et comprendre les détails d’une situation de détresse en français.

De plus, malgré toute la coopération des membres du personnel du Centre de sauvetage de Québec pour aider leurs collègues d’Halifax, le manque de familiarité du personnel qui succédera à celui de Québec avec la géographie des lieux demeure un problème. Problème qui serait, dit le rapport, tout particulièrement aigu, dans le cas de la rivière Saguenay.

Et, là encore, la barrière linguistique empêche le personnel d’Halifax de s’informer adéquatement sur les lieux lors d’un appel de détresse provenant d’un francophone.

Comme le soulignait Stéphane Dion, en entrevue à 45eNord.ca , lorsqu’un simple citoyen est en détresse, la connaissance de la langue et la familiarité avec les lieux sont nécessaires pour être en mesure d’aller chercher chez cette personne en état de panique l’information nécessaire au sauvetage.

«À une personne en détresse au beau milieu du fleuve Saint-Laurent qui, pour indiquer où elle se trouve, dit voir la tour du stade olympique, l’opérateur de Halifax, ne sachant pas qu’on peut voir la tour du stade de n’importe quel point sur le fleuve, croira avoir l’information suffisante pour le sauvetage», ce qui, bien sûr, sera loin d’être le cas, soulignait d’ailleurs Stéphane Dion.

La conclusion du rapport est on ne peut plus claire, dans l’état actuelle des choses, le Centre de Halifax n’est tout simplement pas en mesure de répondre adéquatement aux appels de détresse en français.

Ce qui rejoint ce que disait le porte-parole libéral en la matière, Stéphane Dion: «On parle de la sécurité sur le fleuve et le Golfe, une navigation souvent difficile. On parle de gens dont la vie peut être en danger et qui, sous l’effet du stress parlent vite et avec leur accent. Comment quelqu’un dont le français n’est pas la langue et qui ne connaît pas la région peut répondre au quart de tour à de tels appels de détresse?».

En cas de détresse sur le fleuve, vaudra-t-il bientôt mieux crier «Help!» qu’«Au secours!»?

Le gouvernement recule

Devant les récentes critiques au sujet de l’intégration du Centre secondaire de sauvetage maritime de Québec à Halifax, le gouvernement recule, du moins temporairement.

La Garde côtière canadienne a reconnu au sujet de l’intégration que le gouvernement doit être absolument convaincu que des services en français solides soient assurés avant de procéder à des changements.

Les responsables de la Garde côtière feront donc «appel au commissaire aux langues officielles pour s’assurer que les services en français offerts à partir du centre conjoint des opérations de sauvetage de Halifax soient de niveau égal ou supérieur à ceux qui sont offerts actuellement», précise communiqué publié par la Garde Côtière jeudi 28 mars.

Dans une lettre adressée à Graham Fraser, la députée de Québec, Annick Papillon, et le député d’Acadie-Bathurst et porte-parole en matière de langues officielles, Yvon Godin, avaient demandé récemment de mener une vérification d’urgence» à Halifax pour déterminer la situation linguistique actuelle.

La Garde côtière ne procédera donc pas, assure-t-elle, à l’intégration tant que le commissaire aux langues officielles ne partagera pas le niveau de confiance de la Garde côtière à l’égard du bilinguisme du centre conjoint des opérations de sauvetage de Halifax.

Le commissaire, Graham Fraser avait accepté de devancer le suivi des recommandations à la Garde côtière qu’il faisait dans un rapport et dans lequel il demandait notamment de rehausser les exigences linguistiques des postes de coordonnateur, recherche et sauvegarde maritime des centres d’Halifax et de Trenton et de s’assurer à ce qu’il y ait, sur chacun des quarts de travail, suffisamment de personnel bilingue.

Il restera maintenant à savoir de quelles façons et avec quels outils le commissaire réévaluera si le niveau de bilinguisme nécessaire pour répondre adéquatement aux appels de détresse des plaisanciers, des marins et des pêcheurs qui naviguent sur le Saint-Laurent a été atteint et si la situation a pu vraiment changer depuis l’exercice de simulation du mois de fin février.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

DiscussionUn commentaire

  1. Nous remarquons depuis l’élection du parti conservateur de M. Harper et sa clique que depuis ils sont aux pouvoirs, Le manque totale de respect et une attitude sauvage et raciste envers le peuple francophone du Québec nous remarquons qu’il y a des coupures importantes dans tous les secteurs. Pas fort Harper si un marin
    Demande de l’Aide en français il ne sera même pas sauver dans sa langue, tous ce qu’il va entendre sorry I dont speak french. J’ai honte d’être un canadien.
    Jean Rouleau