Vétérans d’Irak ou d’Afghanistan: des bombes prêtes à exploser

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Le syndrome de stress post-traumatique figure parmi les préoccupations des Canadiens (Photo: Cplc Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes, © 2012 DND-MDN Canada)
Le syndrome de stress post-traumatique figure parmi les préoccupations des Canadiens (Photo: Archives/DND-MDN Canada)

La participation aux combats en Irak ou en Afghanistan a fait de certains vétérans britanniques, qui avaient déjà des antécédents de violence avant de s’enrôler, des bombes prêtes à exploser.

Une étude qui paraîtra bientôt dans le journal médical The Lancet montre que les soldats britanniques de moins de 30 ans ayant servis en Irak ou en Afghanistan, et particulièrement ceux qui avaient des antécédents judiciaires avant de s’enrôler, sont inculpés pour crimes violents près de quatre fois plus souvent que les jeunes gens du même âge qui n’ont pas fait la guerre, soit 20,6% chez les vétérans contre 6,7% pour le même groupe d’âge dans la population générale.

«Il y a eu une grande couverture médiatique et un débat public sur les actes de violence commis par des vétérans des conflits en Irak et en Afghanistan. Notre étude, qui a utilisé des dossiers criminels officiels, a constaté que la délinquance avec violence était plus fréquente chez les jeunes hommes dans les rangs inférieurs de l’armée et qu’elle était fortement associée à des antécédents d’infractions avec violence avant de rejoindre l’armée. Servir dans un rôle de combat et les expériences traumatisantes lors du déploiement a également augmenté le risque de comportement violent», explique le Dr Deirdre MacManus, du Kings College de Londres, qui a dirigé cette étude.

Première recherche de ce type d’une aussi grande envergure, cette étude a relié les dossiers de 13 856 militaires et ex militaires, choisis au hasard, ayant servi en Irak ou en Afghanistan, aux casiers judiciaires nationaux afin d’évaluer l’impact du déploiement, de l’exposition au combat et des problèmes de santé mentale sur le comportement ultérieur de ces soldats.

«[Les résultats de cette étude] montrent pour la première fois le lien entre le combat et la violence interpersonnelle … [et]attire l’attention sur la nécessité d’un effort plus concerté pour comprendre les mécanismes spécifiques qui affectent la façon dont les expériences de combat peuvent augmenter le risque de violence après le déploiement. Par la compréhension de ces facteurs, nous pourrions mieux développer des outils de prévention et des programmes d’intervention pour les soldats qui réintègrent la vie civile.», a déclaré à propos de cette étude David Forbes, le directeur du Centre for Posttraumatic Mental Health de l’Université Melbourne, en Australie.

Traumatismes et antécédent de violence

Le taux de criminalité violente chez les militaires ayant servi dans ces deux guerres était nettement plus élevé, montre l’étude, que le taux comparable dans la population générale. Les chercheurs ont constaté que 17% du soldats masculins  étudiés avaient un casier judiciaire. Alors que le taux délinquance générale (toutes infractions confondues) était plus faible que dans la population générale, les crimes avec violence, par contre (allant des menaces de violence aux agressions physiques graves ou pire encore) était plus fréquents chez ces militaires (11% chez les militaires contre 8,7 % dans la population générale).

Un historique de violence avant de s’enrôler, le jeune âge et le rang se sont révélés être les principaux facteurs de risque en ce qui a trait aux crimes violents. Les hommes qui ont été déployés en Irak ou en Afghanistan avec exposition directe au combat étaient 53% plus susceptibles de commettre un crime avec violence que les hommes n’ayant pas été au combat. Être témoins d’évènements traumatisants lors du déploiement démontre l’étude, accroît aussi le risque de commettre plus tard un crime violent.

L’abus d’alcool, le trouble de stress post-traumatique (SSPT), et des niveaux d’agressivité élevés lors du retour d’un déploiement se sont avérés aussi être de bons «prédicteurs» de la délinquance avec violence.

«Perte morale»

En outre, l’étude britannique fait aussi état d’un problème de «perte morale» qui survient lorsque le soldat a été amené à «commettre, ou n’a pu prévenir, ou a été témoin ou a eu connaissance d’actes qui transgressent profondément ses convictions morales et ses attentes».

Les militaires, selon l’étude, ne sont donc pas seulement exposés à un risque élevé de contact direct avec les combattants ennemis, mais risquent d’être responsables de décès de non-combattants, avec toutes les conséquences que cela entraîne.

Tuer une autre personne ou ne pas protéger un de ses camarades, pourrait alors conduire à une détresse qui se caractérise par la honte, la culpabilité et la colère, qui peut être dirigée contre soi-même ou contre les autres.

Les expériences vécues pendant les conflits pourraient ainsi violer l’ensemble des valeurs morales de base d’un individu au point où il en vient à adopter des comportements violents et antisociaux après le déploiement. D’autant plus que la formation militaire favorise l’utilisation de l’agression comme réponse appropriée à la menace pendant le combat.

Toujours selon le Dr MacManus, «Les résultats [de l’étude]fournissent des informations qui peuvent permettre une meilleure évaluation du risque de violence [chez les militaires et les ex militaires]. Ils attirent l’attention sur le rôle des problèmes de santé mentale et sur l’effet potentiel que la gestion appropriée de l’abus d’alcool, des troubles associés au stress post-traumatique (les symptômes d’hyper excitation en particulier) et du comportement agressif pourrait avoir sur la réduction des risques de violence.»

En envoyant ces jeunes soldats à la guerre, on a amorcé une bombe. Maintenant, il convient de la désamorcer!

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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